Le 15 juillet 2025, l’État camerounais a finalisé le rachat de 58,08 % des parts de Société Générale dans sa filiale camerounaise, portant sa participation à 83,68 %.
L’opération réalisée par l’Etat du Cameroun à travers le ministère des Finances (Minfi), vise à garantir la pérennité de la banque et à protéger les intérêts des clients et employés. Selon les experts, ce rachat permettra d’améliorer l’accès des PME aux financements, de mobiliser davantage de ressources financières et d’optimiser les financements bancaires et hors bancaires.
Les clauses de la convention de rachat
La convention stipule que l’État reprendra toutes les activités de la filiale, y compris les portefeuilles clients et les collaborateurs. Cette transaction devrait avoir un impact positif sur le ratio CET1 du groupe Société Générale. Cependant, certains experts estiment que l’État pourrait être amené à céder des parts à une banque de référence à l’avenir, s’appuyant sur des exemples similaires dans d’autres pays.
Une aubaine pour les PME
L’économiste Bernard Ouandji considère que ce rachat est une opportunité pour les PME, souvent évincées du système bancaire. Il plaide pour une nationalisation du système bancaire afin d’améliorer l’accès au financement des PME et de favoriser le dialogue entre les acteurs financiers et les entreprises. Georges Meka Abessolo, un autre expert, souligne que cette acquisition pourrait permettre de bâtir une nouvelle architecture financière publique et souveraine, essentielle pour le développement économique.
Vers une nouvelle architecture financière publique
En contrôlant Société Générale Cameroun, l’État pourrait augmenter significativement le portefeuille de crédits et dépôts des banques où il est actionnaire majoritaire. Actuellement, l’État détient des parts dans plusieurs banques, mais la majorité des crédits et dépôts sont contrôlés par des banques à capitaux étrangers. Le rachat de Société Générale Cameroun pourrait donc renforcer la position de l’État dans le circuit de financement.
Les quatre effets financiers escomptés
L’augmentation de la participation de l’État dans le secteur bancaire pourrait permettre de restructurer la nouvelle architecture financière publique, basée sur un modèle de financement mixte public-privé. Cela impliquerait d’affecter une partie du budget d’investissement public à des projets dans des secteurs souverains tels que l’agriculture, l’énergie solaire et l’économie numérique, tout en diversifiant les risques et en mobilisant davantage de ressources financières.
Réactions
Louis Paul Motaze, ministre des Finances

« Assurer la continuité des activités de cette banque de référence »
Comme vous le savez, le Groupe Société Générale a amorcé une réorganisation stratégique de ses activités, laquelle démarche l’a amené à redéfinir ses priorités et ajuster sa présence à l’international, notamment en Afrique. C’est dans ce cadre que s’inscrit la décision du Groupe de se désengager de certaines de ses filiales, dont Société Générale Cameroun. Face à ce repositionnement du Groupe Société Générale, le gouvernement a entrepris, en exécution des très hautes instructions du président de la République, d’exercer le droit de préemption sur l’intégralité des actions à céder, conformément aux dispositions de l’article 10.2 des statuts de Société Générale Cameroun. La prise de contrôle par l’Etat vise d’une part à s’assurer de la pérennité et de la continuité des activités de cette banque de référence dans le paysage financier camerounais et, d’autre part, à protéger et garantir les intérêts des clients, des partenaires ainsi que des employés. Au moment où nous nous apprêtons à franchir cette étape décisive du processus, il m’est apparu nécessaire de transmettre un message clair et sans équivoque, aussi bien à l’opinion nationale qu’à la communauté internationale.
Georges Meka Abessolo, expert financier

« L’Etat peut restructurer la nouvelle architecture financière publique du Cameroun »
En contrôlant la Société Générale Cameroun, l’Etat va respectivement augmenter le portefeuille des crédits et dépôts des banques pour lesquelles il est actionnaire majoritaire de 10,8% à 25,8% pour les crédits et 7,7% à 22,4% pour les dépôts. L’Etat peut donc avec l’augmentation de sa participation dans le secteur bancaire, restructurer et « ingénieriser » la nouvelle architecture financière publique et souveraine de l’Etat du Cameroun qui devra être basée sur un modèle de « blended finance » ou financement mixte public-privé en affectant 3% à 6% du Budget d’investissement public (BIP) combiné à l’apport des bras financiers de l’Etat que sont la Société Nationale d’Investissement (SNI), la Caisse des dépôts et consignations (Cdec), la Banque des PME (en cours de restructuration), la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (Cnps), le Crédit foncier du Cameroun, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), et les autres banques commerciales privées dans le but de mobiliser davantage de ressources financières, optimiser les financements hors bancaires et bancaires, diversifier les risques et investir davantage avec un mécanisme de capital-risque public dans des entreprises privées à fort potentiel dans des secteurs souverains comme l’agriculture, l’énergie solaire et l’économie numérique.





