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Le défi de la relance économique post-Covid-19 au Cameroun

« La pandémie du Coronavirus a donc un impact négatif sur l’économie mondiale ainsi que sur la nôtre. Il nous faudra, bien sûr, retrouver plus tard le chemin de la croissance tout en veillant à ce que, pendant cette période d’incertitude et de difficulté, les emplois soient préservés dans la mesure du possible ». Ainsi s’est exprimé le chef de l’Etat, Paul Biya lors de son adresse à la Nation, le 19 mai 2020. Pour parvenir à relever ces challenges (défis), des mesures conséquentes doivent être mises en œuvre.

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Le relèvement qualitatif et quantitatif de l’offre

 

Deux scenarii sont envisageables selon les experts. Il s’agit entre autres de l’augmentation de l’offre nationale ou de la demande. Pour ce qui est du cas du Cameroun, la première hypothèse semble appropriée selon Dr Ariel Gnitedem, économiste. « En ce qui concerne le contexte camerounais, je suggère qu’on relance l’offre. Ceci en boostant l’offre des services et des biens. Pour cela, il faut donner aux entreprises, les moyens de produire en quantité suffisante et à des coûts abordables. Il serait difficile de booster la croissance par la demande dans le contexte camerounais, parce que l’Etat n’a pas les moyens pour allouer des ressources suffisantes aux consommateurs. Raison pour laquelle, il faut procéder par l’accroissement de l’offre », explique-t-il. En le faisant, les produits sur le marché seront à la portée des bourses des Camerounais selon lui. Pour y parvenir, plusieurs mécanismes peuvent être implémentés. « Soit l’Etat lui-même devient un agent économique, capable de produire des biens et services qu’il vendrait moins chers à la population, soit, il passe par des subventions afin d’amener les entreprises à produits des biens et services vendus à des prix abordables à une population qui a un pouvoir d’achat assez faible, ou alors opter pour des incitations fiscalo-douanières », explique l’universitaire.

 

Le maintien des équilibres financiers

 

En outre, le gouvernement est appelé dans un contexte social inédit, à « se montrer ingénieux et inventif pour maintenir nos équilibres financiers, contenir le taux d’inflation, assurer la continuité du service public, notamment dans le secteur éducatif, et réguler l’activité économique de manière à sauvegarder la stabilité et la paix sociales », recommande le chef de l’Etat camerounais. Le groupe de la Banque mondiale tout en préconisant « la suspension du remboursement du service de la dette bilatérale » des pays en développement parmi lesquels figure le Cameroun, les exhorte à « renforcer la transparence autour de leurs engagements financiers ». Ce qui leur permettra non seulement de renforcer « la confiance des investisseurs, qui seront davantage enclins à s’engager dans des opérations plus bénéfiques et à mobiliser des ressources supplémentaires » selon David Malpass, président de ladite institution.

 

De l’enquête menée par le Groupement inter patronal du Cameroun sur les effets de la Covid-19 sur les entreprises, il est ressorti que 40% d’entre elles ont déclaré « que leur production est directement affectée ». Même si cette proportion masque de fortes hétérogénéités observées au niveau sectoriel et suivant la taille de l’entreprise, « 69% des entreprises industrielles affirment que leur production est directement affectée contre 26% seulement des entreprises de service ». Les grandes entreprises déclarent à 50% que leur production est directement affectée contre 36% chez les PME. Toute chose qui a des effets sur leur chiffre d’affaires. « 85% des entreprises estiment que leur chiffre d’affaires est directement affecté. Cette tendance semble être la même indépendamment des deux grands secteurs considérés », poursuit le Gicam. On note néanmoins une démarcation des grandes entreprises. 92% des grandes entreprises estiment que leur chiffre d’affaires est directement affecté selon le Gicam. 77% des entreprises indiquent que leur chiffre d’affaires hors taxes du mois de mars 2020, est en baisse par rapport à la même période l’année dernière. « Cette proportion est plus importante chez les PME (83%) que les grandes entreprises (62%), et chez les entreprises de services (81%) que chez les entreprises industrielles (68%). Autrement dit les PME et les entreprises de services subissent plus sévèrement l’impact du Covid-19 », note le rapport du Gicam.

 

Un accompagnement accru du secteur productif

 

Face à la forte baisse des places boursières, à la chute des cours des matières premières et à un fort ralentissement imprévu des échanges commerciaux, il est plus que jamais urgent de recourir aux « solutions endogènes ». Cela passe par un accompagnement accru des secteurs productifs par l’Etat. « J’insiste sur le volet subvention non seulement en termes d’intrants de produits agricoles, de transformation, des semences améliorées etc. Le Cameroun importait déjà l’huile de palme du Gabon bien avant la Covid-19. Pourtant, il a un potentiel de production d’huile de palme assez élevé. Un potentiel qui n’est pas réalisé à hauteur de 50%. Or, des spécialistes sont unanimes sur le fait que la production de l’huile de palme dépend essentiellement des intrants agricoles. Il faut par exemple des engrais. Ça c’est le premier problème que connait cette filière. Le deuxième a trait à la transformation des exploitations de palmiers à huile. La production de l’huile de palme est artisanale. Ce qui induit beaucoup de pertes au cours du mécanisme de transformation. La subvention de cette filière en intrants, pourrait lui permettre de réaliser de bonnes performances », suggère l’économiste Ariel Gnitedem. Ce dernier pense que cela est aussi valable pour le riz, le poisson et bien d’autres produits de grande consommation. « On continue d’importer beaucoup de riz dans ce pays. Il en est de même du poisson. Cela entraine un déséquilibre de la balance commerciale. On pourrait produire beaucoup de poissons parce que le pays dispose de nombreux cours d’eau et rivières et même des étangs piscicoles. L’Etat devrait subventionner ces producteurs. La production de maïs devrait également être subventionnée. C’est toute une filière. En le faisant, on crée une niche en termes de valeur ajoutée », poursuit-il. L’Etat devrait également subventionner la transformation de bois au Cameroun. A défaut, il pourrait même créer une société de transformation du bois. Cela va générer beaucoup d’emplois pour les Camerounais au lieu de continuer à exporter les grumes.

 

Le renforcement du partenariat public-privé

 

La réussite du pari de la croissance économique post Covid-19 suppose également le renforcement du partenariat public-privé (PPP) notamment dans les secteurs productifs. Dans ce cadre, l’Etat s’occuperait des investissements longs et onéreux qui intéressent peu le secteur privé plutôt attiré par l’exploitation de ceux-ci, parce que rentables sur le court terme. « Donc, il faut penser à la mise en place des partenariats public-privé dans des secteurs tels que la production de l’huile de palme, du riz, du poisson, du maïs, etc. Aussi, l’Etat devrait en même temps qu’il subventionne, mettre en place des partenariats public-privé pour l’industrialisation tout en contribuant à la promotion du « made in Cameroon ». A la réalité, les Camerounais ne consomment pas ce qu’ils produisent », conclut Dr Ariel Gnitedem. Des initiatives sont déjà amorcées dans ce sens. Mais, elles demeurent insuffisantes aux yeux des producteurs et des entreprises qui pensent que les pouvoirs publics pourraient en faire davantage.

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