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Les pistes de relance de l’agriculture camerounaise

Elles ont été définies par Henri Foss,  consultant international en agribusiness au cours d’un entretien au Gicam.

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Jean Pépin Ndjo

Depuis son accession à l’indépendance le 1er janvier 1960 pour la partie francophone et le 1er octobre 1961 pour la partie anglophone, le Cameroun a fait de l’agriculture sa principale source de croissance et de devises. Ce secteur contribue à environ 22.9% au Produit intérieur brut (PIB) et emploie près de 62% de la population active. Pourtant, l’agriculture est considérée dans le pays comme un sous-métier. Ce qui a pour conséquence, une largement dépendance aux importations des produits alimentaires. Le résultat étant l’augmentation du déficit de la balance commerciale du Cameroun, lequel s’est accru de 22,8% en 2018 par rapport à 2017 selon les autorités camerounaises. A titre d’illustration, l’importation de la farine de froment coûte chaque année entre 250 à 300 milliards de Fcfa au pays selon Pr Isaac Tamba, directeur général de l’Economie et de la planification des investissements publics au ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat).

Pourtant, le Cameroun dispose des zones agro écologiques propices au développement de diverses cultures selon Henri Fosso, consultant international en agribusiness par ailleurs ancien vice-président du Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam). « C’est l’un des rares pays au monde qui a les pieds dans l’eau et la tête au soleil. Entre l’eau, c’est-à-dire le Wouri et le soleil à savoir le lac Tchad, il y a une diversité écologique qui fait qu’on peut cultiver presque n’importe quoi au Cameroun », relève-t-il. Selon « Mediaterre », les nuances climatiques (climat équatorial – tropical humide – tropical sec) ainsi que pédologiques, engendrent un potentiel agricole riche de diversité. La gamme de produits cultivés s’étend des culturelles vivrières telles que le mil, le sorgho ou encore le manioc aux cultures d’exportation à l’instar de la banane, le cacao, l’ananas, le coton etc. Dans le même temps, quelques cultures non traditionnelles comme la pomme de terre ou l’oignon ont fait leur apparition. Une véritable révolution agricole est susceptible d’accroître le PIB du pays à un rythme exponentiel surtout en cette période de crise sanitaire causée par la Covid-19. Pour y parvenir, des actions concrètes doivent impérativement être menées à la fois au plan politique, scientifique et stratégique.

Au plan politique

Pour l’expert, Henri Fosso, un diagnostic sans complaisance des maux qui minent l’agriculture camerounaise de 1960 à nos jours est la première étape à franchir. Cela doit se faire en se référant aux pays tels que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, et le Ghana qui étaient presque sur la même ligne que le Cameroun. « On peut se demander pourquoi ces pays ont pu prendre une telle avance par rapport à nous », indique-t-il. Une fois que cela sera fait, il suggère la mise sur pied « d’une véritable coalition » en faveur de l’agriculture. Dans celle-ci, « chaque ministère qui qu’il soit, doit avoir un volet agricole », ajoute-il. Aussi, les pouvoirs publics doivent définir « le statut de planteur » selon l’expert en faisant de cette activité, « un métier particulier qui doit avoir son financement particulier, et sa protection sociale particulière ». A cela s’ajoute la résolution du problème de l’accès à la terre et même celui de l’entrepreneuriat féminin etc.

Au niveau de la planification agricole, l’ex vice-président du Gicam préconise la définition d’une ou de deux cultures phares en fonction des zones agro écologiques. « Souvenez-vous que le colon a fait introduire le café et le cacao au Cameroun et en a fait des cultures phares. Nous nous comportons aujourd’hui comme si c’était notre choix. Ce n’est pas vrai. Nous pouvons aussi redéfinir une cartographie agricole dans notre pays en définissant nous-mêmes, quelles sont les cultures phares ? Cependant, il va falloir opérer un équilibre bien mesuré entre ce qui est plantation familiale et plantation industrielle », explique-t-il. Enfin, la transformation agricole si elle est encouragée devrait booster la production.

L’aspect scientifique et stratégique

L’aspect science doit s’occuper de la recherche plus particulièrement de la semence du fait de son potentiel de production et de rendement. Ensuite, doivent intervenir la mécanisation, l’irrigation, la fertilisation ainsi que la protection contre les maladies et tout ce qui est comme contrariété au niveau du prédateur. Ensuite, la stratégie ou les moyens pose les problématiques relatives à la formation aux financements, et aux infrastructures sans oublier les aspects transversaux liés entre autres à l’accès aux bassins de production, à l’énergie, et aux marchés. La conjonction de tous ces facteurs est susceptible de réduire le chômage en particulier celui des jeunes tout en boostant la croissance économique du pays.



Interview :

Henri Fosso, consultant international en agribusiness

« La relance de notre agriculture est tributaire de plusieurs facteurs »

Dans un entretien accordé au Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam), il énumère les pistes de relance du secteur.

Source : Gicam

Quels sont les principaux facteurs de production agricole au Cameroun ?

Les facteurs qui interviennent dans le processus de la croissance de la plante sont ceux là même qui sont responsables de la productivité de celle-ci. Il y a le sol, le climat, l’eau, la semence, les maladies et les prédateurs, ainsi que la maîtrise des techniques agronomiques. C’est-à-dire l’irrigation, la mécanisation, l’hydro technologie, les cultures sélectives, et les technologies. Evidemment chacun de ces facteurs peut être décortiqué pour voir quels sont les impacts ou les conséquences politiques et économiques. Par exemple, le sol, c’est le problème du foncier. Le climat et l’eau, c’est l’environnement. Les semences, c’est le problème de la recherche scientifique. Les prédateurs et les maladies, c’est les problèmes de protection phytosanitaire. Ce qui concerne les techniques agronomiques, c’est l’irrigation, la mécanisation. Les cultures alternées, c’est l’hydro technologie.

Quelles sont les causes du faible développement agricole notamment en agriculture familiale ?

Parler des causes du faible développement de l’agriculture camerounaise notamment l’agriculture familiale, revient à faire une analyse diagnostique des facteurs clés qui sont à la base de la productivité agricole. Il s’agit des facteurs économiques, des facteurs politiques, sociaux, technologiques, environnementaux et législatifs. Comme disait Michael Borter, c’est l’analyse de ces facteurs qui permette de définir l’avantage concurrentiel qui permette de booster notre agriculture.

Comment inciter la jeunesse urbaine à pratiquer l’agriculture ?

Je crois que si nous voulons inciter la jeunesse urbaine ou la jeunesse tout court à pratiquer l’agriculture, il y a cinq préalables. Le premier, c’est la promotion du métier de planteur. C’est extrêmement important. Il faut un cadre dans lequel les jeunes agriculteurs peuvent bénéficier d’un traitement spécifique, avoir accès au crédit, et la protection sociale.

Le deuxième volet, c’est le foncier. Le troisième, c’est le financement. L’agriculture a besoin de financements particuliers qu’on appelle financements de campagne. Le quatrième préalable, c’est la modernisation. La modernisation de la production, des infrastructures, avec l’énergie et la technologie. Je veux dire, toute la technologie qui va avec la production agricole. Et enfin, l’accès au marché.

Comment faire de l’agriculture le vecteur sinon, le pilier de la croissance économique du Cameroun ?

Pour que l’agriculture devienne le vecteur, sinon, le pilier de la croissance économique du Cameroun, il faut trois choses : Il y a la politique, la science ou la technologie et la stratégie. En matière de politique, il faut d’une part, faire un diagnostic sans complaisance de ce qui est arrivé à notre agriculture de 1960 à ce jour. Car, nous avons des pays sur lesquels on peut se repérer : C’est le Sénégal, la Côte d’Ivoire, et le Ghana qui étaient presque sur la même ligne que le Cameroun. On peut se demander : qu’est ce qui s’est passé en son temps pour que ces pays puissent prendre une telle avance par rapport à nous ? Deuxièmement, une fois que ce diagnostic sera fait, il va falloir faire une véritable coalition en faveur de l’agriculture. Et que chaque ministère qui qu’il soit, doit avoir un volet agricole dans cette coalition. La troisième chose, c’est le statut de planteur. C’est extrêmement important parce que c’est un métier particulier qui doit avoir son financement particulier, et sa protection sociale particulière. C’est extrêmement important. La quatrième chose, c’est le foncier. Il va falloir régler le problème d’accès à la terre et même celui de l’entrepreneuriat féminin etc. La cinquième chose, vu le contexte agro écologique du Cameroun, vous savez qu’il a des zones agro écologiques tellement différentes, on peut faire toutes les cultures. Il faudrait donc dans chaque zone agro écologique, définir une ou deux cultures phares. Souvenez-vous que le colon a fait introduire café et le cacao au Cameroun et en a fait des cultures phares. Nous nous comportons aujourd’hui comme si c’était notre choix. Ce n’est pas vrai. Nous pouvons aussi redéfinir une cartographie agricole dans notre pays en définissant nous-mêmes, quelles sont les cultures phares ? Attention, il va falloir opérer un équilibre bien mesuré entre ce qui est plantation familiale et plantation industrielle. Enfin, et, c’est très important, il va falloir encourager la transformation. C’est elle qui apporte la valeur ajoutée. Voilà, l’aspect politique.

Maintenant, nous allons arriver à l’aspect science. Cet aspect va s’occuper de la recherche plus particulièrement au niveau de la semence, parce que c’est elle qui a le potentiel de production et de rendement. La deuxième chose, c’est la mécanisation. La troisième, c’est l’irrigation. Et, la quatrième, c’est la fertilisation. Je peux même ajouter une cinquième chose relative à la protection contre les maladies et tout ce qui est comme contrariété au niveau du prédateur.

Enfin, il y a la stratégie ou les moyens. Les moyens c’est quoi ? Ce sont les hommes. Ça pose le problème de formation. C’est l’argent. Et, ça pose le problème des financements et enfin les infrastructures et tout ce qui peut être transversal ; c’est-à-dire l’accès aux bassins de production, l’énergie, et le marché.

Quelles peuvent être les cultures niches au Cameroun ?

Je vais commencer par dire que le Cameroun est l’un des rares pays au monde qui a les pieds dans l’eau et la tête au soleil. Entre l’eau, c’est-à-dire le Wouri et le soleil à savoir le lac Tchad, vous avez une telle diversité écologique qui fait qu’on peut cultiver presque n’importe quoi au Cameroun. C’est dans cette diversité que l’on peut déceler quelles peuvent être des niches. Je prendrai par exemple, la pomme dans les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest, la fraise pour le Sud Ouest, l’anacarde pour le Nord, le blé pour l’Adamaoua et on peut en créer d’autres.

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