Flux financiers illicites : Plus de 1 630 milliards de Fcfa perdus par le Cameroun en 10 ans dans le secteur forestier

D’après le rapport « Secrets financiers des forêts : comment le secret financier alimente la déforestation au Brésil et au Cameroun », rendu public le mois dernier, l’opacité des bénéficiaires effectifs et la faiblesse des mécanismes de contrôle favorisent la déforestation illégale. Une situation préoccupante pour le Cameroun, devenu en 2025 le sixième pays le plus touché au monde par la perte de forêts primaires.

Les crimes environnementaux représentent chaque année des pertes financières considérables à l’échelle mondiale. La déforestation illégale en constitue la principale composante. Au Cameroun, les flux financiers illicites (FFI) liés à la sous-évaluation des exportations de bois ont entraîné des pertes moyennes de 289 millions de dollars par an entre 2013 et 2023, selon le rapport réalisé par le Centre régional africain pour le développement endogène et communautaire (Cradec), la Financial Transparency Coalition (FTC) et le Cefilat.

Ce montant est près de cinq fois supérieur aux estimations officielles, évaluées à 59 millions de dollars par an. Sur l’ensemble de la décennie, les pertes cumulées atteignent ainsi 2,89 milliards de dollars, soit plus de 1 630 milliards de Fcfa.

Pour Jean Mballa Mballa, directeur exécutif du Cradec, ce chiffre illustre l’ampleur des défaillances du système de gouvernance forestière. Il déplore notamment l’impossibilité d’identifier les véritables bénéficiaires des entreprises impliquées dans l’exploitation illégale du bois ou dans des pratiques de sous-facturation. Selon lui, l’absence de transparence compromet également l’efficacité des nouvelles réglementations internationales contre la déforestation.

Le rapport révèle par ailleurs que certaines entreprises sanctionnées pour commerce illicite ont continué à obtenir des licences forestières et à exporter du bois vers des marchés exigeants comme l’Europe, la Chine ou encore le Vietnam. Ce dernier représentait d’ailleurs 23 % des exportations camerounaises de grumes entre 2024 et 2025, selon des données du Centre pour l’environnement et le développement (CED).

Au-delà des pertes financières, le bilan environnemental est particulièrement lourd. Le Cameroun a perdu près de 110 000 hectares de forêts primaires en 2025, générant environ 130 millions de tonnes équivalent CO₂ d’émissions de gaz à effet de serre. L’exploitation illégale du bois et l’expansion de l’agriculture commerciale figurent parmi les principales causes de cette dégradation.

Pour établir leurs conclusions, les auteurs de l’étude ont croisé l’analyse des flux douaniers avec la cartographie de la valeur des produits issus des zones déboisées. Cette méthodologie a permis d’identifier les manipulations de prix à l’exportation ainsi que les acteurs économiques qui en tirent profit.

Face à cette situation, la FTC recommande la création de registres publics des bénéficiaires effectifs dans le secteur forestier, la publication de rapports fiscaux pays par pays pour les grandes entreprises ainsi que la mise en place de registres exhaustifs des actifs liés aux concessions forestières. L’objectif est de renforcer la traçabilité des flux financiers, d’améliorer la transparence et de sanctionner plus efficacement les responsables de la déforestation illégale.

Ces recommandations prennent un relief particulier à l’approche de l’entrée en vigueur, en décembre 2026, du nouveau règlement européen sur la déforestation, qui interdira l’accès au marché de l’Union européenne aux produits issus de terres déboisées après le 31 décembre 2020.

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