Alerté par des éditeurs, le ministère du Commerce a fait une descente musclée le 30 septembre 2026 sur le site de production de ces ouvrages scolaires contrefaisants, saisissant ainsi plusieurs milliers de spécimens.
Moins d’un mois après le début de la rentrée scolaire le 7 septembre, le ministère du Commerce (Mincommerce), à travers sa Brigade nationale des contrôles et de la répression des fraudes, a mis fin le 30 septembre dernier, au quartier Tsinga à Yaoundé, aux activités lucratives d’une imprimerie clandestine spécialisée dans la production des copies de manuels scolaires agréés, destinées à alimenter le marché local. Au terme dune opération musclée soutenue par les éléments de la Gendarmerie nationale, plusieurs milliers d’ouvrages contrefaisants ont été saisis.
Selon la Cellule de communication (Celcom) du Mincommerce, l’affaire est partie d’une alerte lancée par un groupe d’éditeurs auprès de ce département ministériel. Ceux-ci dénonçaient la reproduction et la commercialisation de livres agréés par le Conseil national d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques (Cnamsmd). Des instructions ont alors été données pour remonter la filière. Sous la conduite de Mme Barbara Aline Elemva-Amana, chef de la Brigade nationale des contrôles et de la répression des fraudes, les équipes du Mincommerce ont effectué des descentes dans plusieurs librairies de Yaoundé, Douala et Bafoussam.
Les saisies opérées ont finalement permis de remonter jusqu’au lieu de production situé à Tsinga. Le site a été démantelé et ses responsables interpellés. Ils devront répondre de leurs actes devant la justice. Pour le Micommerce, l’opération est toutefois loin d’avoir épuisé le phénomène. « Nous travaillons à les débusquer », a déclaré Mme Elemva-Amana, citée par la Celcom du Mincommerce, alors que des contrôles se poursuivent pour identifier d’autres ateliers clandestins à travers le pays.
Au-delà de la protection des droits des éditeurs, cette affaire met en lumière les fragilités de la chaîne d’approvisionnement du livre scolaire au Cameroun. La persistance de la contrefaçon traduit aussi l’existence d’un marché important, porté chaque année par des millions d’élèves et la nécessité de disposer de manuels en quantité suffisante et dans les délais.
Produire localement pour sécuriser l’offre
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse donc la seule répression de la contrefaçon. Il pose la question de la capacité du pays à développer une véritable industrie locale du manuel scolaire. En effet, une production réalisée sur place permettrait notamment de réduire la dépendance aux importations et de mieux maîtriser les délais de mise à disposition des ouvrages au moment de la rentrée scolaire.
Le Gabon voin a déjà commencé à emprunter cette voie en développant la production locale de certains manuels scolaires. Une telle orientation peut générer des retombées sur plusieurs maillons de l’économie à l’instar de l’imprimerie, le papier, le transport, la distribution, l’emploi et a sous-traitance. Elle peut également contribuer à réduire certains coûts logistiques et à améliorer la disponibilité des ouvrages.
L’objectif ne serait donc pas seulement de combattre les faux manuels, mais de créer les conditions d’un marché légal, compétitif et suffisamment approvisionné. Pour le Cameroun, produire davantage de manuels scolaires localement pourrait ainsi constituer à la fois un levier d’industrialisation et une réponse concrète aux difficultés récurrentes d’approvisionnement à l’approche des rentrées scolaires.