Interopérabilité, intelligence artificielle, dématérialisation des procédures et innovation locale ont constitué les principaux axes de la première édition du sommet, organisée du 15 au 17 octobre 2026 à Yaoundé.
La transformation numérique des administrations africaines doit désormais se traduire par des résultats tangibles pour les citoyens et les entreprises. C’est l’une des principales recommandations issues de la première édition du E-Gov’A Africa Summit Expo and Awards, organisée du 15 au 17 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé. La rencontre a réuni des responsables publics, des entreprises technologiques, des experts et des universitaires autour des solutions numériques susceptibles d’améliorer l’efficacité des services publics.
Organisé conjointement par Digital Business Africa et l’association Smart Click Africa, sous le haut patronage du ministère des Postes et Télécommunications, l’évènement a notamment enregistré la participation d’une délégation gabonaise, tandis que des acteurs d’autres pays africains ont suivi les travaux en ligne. Au terme de cette première expérience, Beaugas-Orain Djoyum, promoteur du salon et directeur général d’ICT Media Strategies, retient la qualité des échanges et les perspectives ouvertes par les solutions présentées. « La transformation numérique de l’État ne se mesure pas au nombre de plateformes créées. Elle se mesure au nombre de difficultés supprimées dans la vie des citoyens », a-t-il rappelé lors des travaux. Une orientation qui place l’amélioration de l’expérience des usagers au cœur des politiques de gouvernance électronique.
L’interopérabilité comme priorité
Parmi les principaux leviers identifiés figure l’interopérabilité des systèmes informatiques publics. Elle doit permettre aux administrations d’échanger des données de manière sécurisée, afin d’éviter aux citoyens de fournir plusieurs fois les mêmes pièces ou de multiplier les déplacements pour accomplir une seule démarche. La dématérialisation des documents, les paiements électroniques et l’automatisation de certaines opérations figurent également parmi les solutions susceptibles de réduire les délais de traitement, d’améliorer la traçabilité des recettes publiques et de limiter les coûts administratifs.
Déjà à l’ouverture des travaux, le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Lé, avait présenté l’application Aigles, dédiée à la gestion des effectifs et de la solde de l’État. Opérationnelle depuis le 1er janvier 2025, cette plateforme vise notamment à unifier la gestion des carrières et de la rémunération des agents publics, tout en renforçant la maîtrise des effectifs et de la masse salariale.
La ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, a, pour sa part, mis en garde contre l’adoption précipitée des nouvelles technologies. « L’un des premiers dangers avec ces innovations technologiques, c’est que nous avons tendance à acheter avant de comprendre », a-t-elle averti. L’intelligence artificielle ne saurait donc produire tous ses effets sans une digitalisation préalable, une simplification des procédures, des compétences adaptées et une bonne préparation des administrations.
Des retombées économiques attendues
Au-delà de la qualité du service public, les enjeux de ces assises étaient également économiques. En effet, une administration plus rapide, mieux connectée et plus transparente peut contribuer à réduire les coûts de transaction, à simplifier les formalités des entreprises et à améliorer le climat des affaires. La digitalisation offre aussi des possibilités de renforcement du contrôle des recettes et de réduction de certaines lourdeurs administratives.
Mais la concrétisation de ces gains suppose des investissements dans les infrastructures, la formation des agents publics, la sécurisation des données et l’accessibilité des services numériques. Elle nécessite également une meilleure coordination entre les administrations, afin d’éviter la multiplication de plateformes isolées et difficilement compatibles. « Notre prochain défi pour les prochaines éditions, c’est de mobiliser davantage les départements ministériels, de mobiliser davantage les entreprises technologiques qui proposent des solutions », a indiqué à cet effet Beaugas-Orain Djoyum. Le promoteur envisage également l’invitation d’un pays d’honneur afin de partager des expériences de transformation numérique et de favoriser les échanges de compétences.
Les étudiants mis à contribution
L’innovation universitaire a constitué l’un des temps forts de cette première édition. Organisé pendant deux jours au ministère des Postes et Télécommunications, le hackathon a réuni sept étudiants issus d’établissements de formation aux technologies de l’information et de la communication et aux télécommunications. Les participants ont conçu des solutions destinées à répondre à des problèmes concrets rencontrés par les administrations publiques.
A l’issue du hackathon, trois établissements ont été récompensés pour les solutions présentées par leurs étudiants. Au terme des délibérations, le remier prix a été attribué à ICT University qui repart avec une récompense de 500 000 Fcfa. Le deuxième prix est revenu à Institut africain d’informatique (IAI), récompensé à hauteur de 300 000 Fcfa. Et enfin le troisième prix a été décernée à lUniversité Saint Jean Ingénieur qui a obtenu une enveloppe de 200 000 Fcfa.
Ces distinctions consacrent la contribution des jeunes talents à la recherche de solutions numériques adaptées aux besoins des administrations et soulignent le rôle que les établissements de formation peuvent jouer dans l’accélération de la transformation digitale au Cameroun et en Afrique.
Le promoteur d’E-Gov’A a d’ailleurs jugé ces projets susceptibles d’être mis en œuvre rapidement. Des discussions doivent ainsi être engagées avec le ministère des Postes et Télécommunications et l’Agence de développement des technologies de l’information et de la communication (Antic) afin d’examiner les possibilités d’accompagnement et de concrétisation des propositions retenues. Il s’agit en somme d’encourager les universités à contribuer davantage à la résolution des difficultés des administrations, des entreprises et des populations.