{"id":22769,"date":"2026-09-15T09:06:00","date_gmt":"2026-09-15T09:06:00","guid":{"rendered":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/?p=22769"},"modified":"2026-09-15T09:05:13","modified_gmt":"2026-09-15T09:05:13","slug":"celestin-tawamba-une-route-degradee-est-un-impot-que-le-consommateur-paie-a-letalage-sans-le-savoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/2026\/09\/15\/celestin-tawamba-une-route-degradee-est-un-impot-que-le-consommateur-paie-a-letalage-sans-le-savoir\/","title":{"rendered":"C\u00e9lestin Tawamba :\u00a0\u00ab Une route d\u00e9grad\u00e9e est un imp\u00f4t que le consommateur paie \u00e0 l\u2019\u00e9talage sans le savoir \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Dans cet entretien, le pr\u00e9sident du Gecam dresse\u00a0un constat sans concession\u00a0en passant\u00a0au crible les blocages structurels qui asphyxient le tissu productif national et appelle \u00e0 une v\u00e9ritable doctrine industrielle d\u2019\u00c9tat.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Malgr\u00e9 les r\u00e9formes majeures engag\u00e9es depuis le lancement de la SND30, le d\u00e9ficit en infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques persiste. Comment expliquez-vous ce d\u00e9calage entre les ambitions affich\u00e9es et les r\u00e9alit\u00e9s du terrain pour les entreprises ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ann\u00e9e 2026 a commenc\u00e9 sous le signe d\u2019une intense activit\u00e9 institutionnelle dans le secteur de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, avec, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la nationalisation du segment de la distribution et, de l\u2019autre, la mise en \u0153uvre du Compact \u00e9nerg\u00e9tique national en ao\u00fbt 2025, d\u2019un montant de 12,5 milliards de dollars, soit 7 750 milliards de Fcfa. La v\u00e9rit\u00e9 du terrain, elle, demeure implacable : malgr\u00e9 les annonces, malgr\u00e9 les r\u00e9formes, malgr\u00e9 les c\u00e9r\u00e9monies, la crise \u00e9nerg\u00e9tique n\u2019est pas derri\u00e8re nous, elle s\u2019aggrave. La r\u00e9alit\u00e9 quotidienne des op\u00e9rateurs \u00e9conomiques reste celle d\u2019une \u00e9nergie rare, co\u00fbteuse, instable et trop souvent inaccessible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les enqu\u00eates Enterprise Surveys de la Banque mondiale, 65% des entreprises camerounaises recourent \u00e0 un groupe \u00e9lectrog\u00e8ne pour maintenir leur activit\u00e9. Ce chiffre dit \u00e0 lui seul l\u2019\u00e9cart entre les ambitions affich\u00e9es et les conditions r\u00e9elles de production. Il dit la fragilit\u00e9 de notre appareil productif, il dit le co\u00fbt du sous-investissement, il dit surtout l\u2019urgence d\u2019un sursaut collectif. Or, l\u2019autoproduction par groupe \u00e9lectrog\u00e8ne repr\u00e9sente un co\u00fbt de 200 \u00e0 350 Fcfa par kilowattheure, quand le tarif industriel se situe entre 50 et 99 Fcfa, En d\u2019autres termes, produire soi-m\u00eame son \u00e9lectricit\u00e9 co\u00fbte de deux \u00e0 sept fois plus cher que l\u2019\u00e9nergie fournie par Socadel. L\u2019entr\u00e9e en production du barrage de Nachtigal, avec ses 420 MW suppl\u00e9mentaires, constitue une avanc\u00e9e que nul ne saurait nier. Mais une capacit\u00e9 install\u00e9e n\u2019a de valeur que si elle est transport\u00e9e, distribu\u00e9e et absorb\u00e9e. Et c\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side le blocage : nous disposons d\u2019une \u00e9nergie qui entre en production, mais qui n\u2019atteint pas les usines, les ateliers et les zones industrielles. Mieux, le m\u00e9canisme financier du \u00ab take or pay \u00bb fait par ailleurs peser sur l\u2019\u00c9tat une charge mensuelle estim\u00e9e \u00e0 10 milliards de Fcfaau b\u00e9n\u00e9fice de Nhpc, \u00e0 quoi s\u2019ajoute la hausse du co\u00fbt des hydrocarbures qui rench\u00e9rit les centrales thermiques&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autrement dit, plus le syst\u00e8me tente de tenir debout, plus il s\u2019enfonce dans ses propres d\u00e9s\u00e9quilibres. Ce que nous demandons est simple et mesurable : le raccordement effectif des zones industrielles \u00e0 la capacit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e et un calendrier public de r\u00e9sorption du d\u00e9ficit du secteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>D\u00e9gradation des corridors Douala-Yaound\u00e9 ou Kribi, surco\u00fbts de transport, d\u00e9lais logistiques\u2026 Dans quelle mesure l\u2019\u00e9tat de nos infrastructures routi\u00e8res et ferroviaires p\u00e9nalise-t-il la comp\u00e9titivit\u00e9 du Cameroun ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La loi de finances 2026 a consacr\u00e9 une enveloppe de 660,4 milliards de Fcfa \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement des grands projets de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration ainsi qu\u2019au lancement de nouveaux chantiers annonc\u00e9s par le Chef de l\u2019\u00c9tat. Elle traduisait une ambition forte, avec pr\u00e8s de 650 km de routes bitum\u00e9es et plus de 1 300 m\u00e8tres lin\u00e9aires d\u2019ouvrages d\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, le bilan constat\u00e9 sur le terrain demeure pr\u00e9occupant. Les grands axes \u00e9conomiques continuent de se d\u00e9grader, tandis que les r\u00e9habilitations avancent trop lentement, lorsqu\u2019elles ne sont pas tout simplement absentes. Il en est ainsi de plusieurs corridors majeurs, notamment les principales liaisons sous-r\u00e9gionales et les interconnexions entre nos principaux p\u00f4les \u00e9conomiques, \u00e0 savoir Douala-Bafoussam, Douala-Yaound\u00e9, Ed\u00e9a-Kribi ou encore Ngaound\u00e9r\u00e9-Kousseri. Les co\u00fbts de transport ont progress\u00e9 de 11,5% en 2023 puis de 12,3% en 2024. Sur le corridor ferroviaire Douala-Ngaound\u00e9r\u00e9, les dysfonctionnements du r\u00e9seau g\u00e9n\u00e8rent, pour les marchandises destin\u00e9es au Nord-Cameroun, au Tchad et \u00e0 la R\u00e9publique centrafricaine, un surco\u00fbt logistique estim\u00e9 entre 15 et 20 %.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Disons les choses telles qu\u2019elles sont : une route d\u00e9grad\u00e9e est un imp\u00f4t. Un imp\u00f4t que nul n\u2019a vot\u00e9, que nul ne recouvre, dont personne ne rend compte, mais que l\u2019entreprise acquitte chaque jour, en carburant, en pneumatiques, en camions immobilis\u00e9s. Et elle ne l\u2019acquitte pas seule : elle le r\u00e9percute quand elle peut. C\u2019est le consommateur camerounais qui le paie, \u00e0 l\u2019\u00e9talage, sans savoir qu\u2019il paie une route. Nous ne r\u00e9clamons pas du bitume par confort. Nous le r\u00e9clamons parce que chaque kilom\u00e8tre de route ab\u00eem\u00e9e est une part de pouvoir d\u2019achat perdu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Il y a quelques semaines, vous avez \u00e9chang\u00e9 avec le directeur g\u00e9n\u00e9ral des Imp\u00f4ts dans le cadre de l\u2019\u00e9laboration de la loi de finances 2027. Voyez-vous un r\u00e9el changement ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je veux d\u2019abord saluer la qualit\u00e9 du dialogue engag\u00e9 avec l\u2019administration fiscale sous l\u2019impulsion du ministre des Finances. Nous avons encore re\u00e7u le directeur g\u00e9n\u00e9ral des Imp\u00f4ts au Gecam il y a trois semaines, dans le cadre de la pr\u00e9paration de la loi de finances 2027. Cette \u00e9coute est r\u00e9elle, et elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre dite. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que ce dialogue existe que je peux parler franchement. Le Code g\u00e9n\u00e9ral des imp\u00f4ts n\u2019a connu aucune refonte structurelle depuis 2002, et il a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 plus de 2 500 fois. Le rythme s\u2019acc\u00e9l\u00e8re : la seule loi de finances 2026 a modifi\u00e9 127 articles, contre 57 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. S\u2019y ajoutent plus de quarante nouveaux frais et redevances, relevant d\u2019une quinzaine de minist\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concr\u00e8tement, le chef d\u2019entreprise camerounais r\u00e9apprend chaque ann\u00e9e les r\u00e8gles qui s\u2019appliquent \u00e0 lui, paie un conseil pour les comprendre et r\u00e9vise ses proc\u00e9dures pour s\u2019y conformer. Ce travail ne produit rien : ni emploi, ni capacit\u00e9, ni produit. Et il faut dire d\u2019o\u00f9 vient ce mouvement. L\u2019essentiel des mesures nouvelles poursuit un objectif de rendement budg\u00e9taire. Les mesures d\u2019accompagnement de l\u2019activit\u00e9 restent marginales. Nous en arrivons \u00e0 cette situation singuli\u00e8re o\u00f9 l\u2019entreprise ouvre le Code g\u00e9n\u00e9ral des imp\u00f4ts moins pour conna\u00eetre ce qu\u2019elle doit que pour mesurer ce qu\u2019elle risque. Le Code des imp\u00f4ts ne peut pas devenir un code de proc\u00e9dure p\u00e9nale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre difficult\u00e9 ne tient pas seulement \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 des r\u00e8gles. Elle tient aussi \u00e0 la mani\u00e8re dont l\u2019imp\u00f4t est assis. Nous l\u2019avons plusieurs fois expliqu\u00e9 et l\u2019administration fiscale en est aujourd\u2019hui consciente. La refonte du Code g\u00e9n\u00e9ral des imp\u00f4ts n\u2019est plus une r\u00e9forme parmi d\u2019autres. C\u2019est la condition de toutes les autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les cr\u00e9dits bancaires distribu\u00e9s au premier trimestre ont chut\u00e9 de 550 milliards de F<\/strong><strong>cfa<\/strong><strong>. Pourquoi l\u2019acc\u00e8s au financement est-il devenu un parcours du combattant pour le secteur priv\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019acc\u00e8s au financement demeure, pour nos entreprises et plus encore pour nos PME, l\u2019un des principaux freins \u00e0 l\u2019investissement et \u00e0 l\u2019emploi. Les chiffres de cette ann\u00e9e le disent mieux que tout commentaire. Au premier trimestre 2026, les banques camerounaises ont distribu\u00e9 1 337 milliards de Fcfa de cr\u00e9dits nouveaux, contre 1 887 milliards un an plus t\u00f4t : pr\u00e8s de 550 milliards de moins en douze mois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et pourtant, le nombre de dossiers a augment\u00e9. Plus de demandes, beaucoup moins d\u2019argent. Dans le m\u00eame temps, le taux d\u00e9biteur moyen est pass\u00e9 de 8,26 % \u00e0 9,03%. Le cr\u00e9dit ne dispara\u00eet pas : il r\u00e9tr\u00e9cit et il se rench\u00e9rit. Ce mouvement intervient alors que l\u2019\u00c9tat occupe d\u00e9sormais dans le secteur bancaire une place sans pr\u00e9c\u00e9dent. Reconnaissons-le : les sauvetages ont pr\u00e9serv\u00e9 la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me, et l\u2019\u00c9tat n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 devenir banquier, il l\u2019est devenu pour \u00e9viter des faillites. Mais la BAD qualifie aujourd\u2019hui cette situation de source de pr\u00e9occupation majeure, et le FMI rel\u00e8ve les risques budg\u00e9taires, op\u00e9rationnels et de gouvernance qu\u2019elle emporte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce ne sont pas les mots du Patronat. Car la question n\u2019est pas celle de la propri\u00e9t\u00e9. Elle est celle de la position. L\u2019\u00c9tat est aujourd\u2019hui actionnaire de plusieurs banques, leur principal emprunteur et le d\u00e9biteur en retard de nombre de nos entreprises. Ces trois r\u00f4les se contredisent. Une entreprise \u00e0 qui l\u2019\u00c9tat doit de l\u2019argent voit son bilan se d\u00e9grader ; cette d\u00e9gradation la rend in\u00e9ligible au cr\u00e9dit d\u2019une banque dont l\u2019\u00c9tat est actionnaire, et qui pr\u00e9f\u00e8re de toute fa\u00e7on pr\u00eater \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Ce n\u2019est pas une accusation, c\u2019est une m\u00e9canique : pourquoi une banque prendrait-elle le risque d\u2019une PME quand un titre souverain lui offre du rendement sans risque ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne demandons pas que l\u2019\u00c9tat se retire brutalement du secteur ; ce serait irresponsable. Nous demandons un calendrier public de d\u00e9sengagement progressif, l\u2019apurement des arri\u00e9r\u00e9s dus aux entreprises, la politique de financement la moins co\u00fbteuse qui soit, puisqu\u2019il s\u2019agit de restituer ce qui est d\u00fb, et un r\u00e9gime fiscal qui cesse de p\u00e9naliser le cr\u00e9dit-bail, alors qu\u2019il devrait \u00eatre le premier outil d\u2019\u00e9quipement de nos PME.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>M\u00e9tallurgie, emballage, quincaillerie\u2026 Le tissu industriel national s\u2019efface au profit des importations. La strat\u00e9gie d\u2019import-substitution a-t-elle \u00e9chou\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les pesanteurs qui brident notre \u00e9conomie, il en est une dont nous parlons trop peu : les conditions dans lesquelles s\u2019exerce la concurrence sur notre propre march\u00e9. L\u2019ouverture, lorsqu\u2019elle n\u2019est pas encadr\u00e9e, ne produit pas la comp\u00e9tition : elle produit l\u2019\u00e9viction. Elle nous laisse deux h\u00e9ritages. Le premier est ce d\u00e9ficit commercial structurel, nourri pour l\u2019essentiel par l\u2019importation de produits de consommation finale. Le second est plus grave parce qu\u2019il est irr\u00e9versible : l\u2019effacement d\u2019un tissu industriel b\u00e2ti au fil des d\u00e9cennies par des pionniers camerounais, face \u00e0 des investissements \u00e9trangers dont les avantages consentis rendent, dans bien des cas, toute concurrence loyale impossible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faute de garde-fous, il ne reste \u00e0 l\u2019op\u00e9rateur national que la reconversion ou la disparition. Des secteurs entiers y sont pass\u00e9s. La m\u00e9tallurgie, la quincaillerie, l\u2019emballage, hier port\u00e9s par des capitaux nationaux, ont chang\u00e9 de main sans que nous obtenions ce que d\u2019autres \u00e9conomies ont su exiger en pareilles circonstances : un transfert r\u00e9el de technologie et de savoir-faire. Nous avons c\u00e9d\u00e9 les entreprises ; nous n\u2019avons pas acquis les comp\u00e9tences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que nul ne se m\u00e9prenne sur le sens de notre appel. Le patriotisme \u00e9conomique n\u2019est ni la fermeture ni le rejet de l\u2019investissement \u00e9tranger. Il est l\u2019exigence que chaque politique \u00e9conomique r\u00e9ponde \u00e0 une question simple : permet-elle aux entreprises camerounaises d\u2019investir, d\u2019innover, d\u2019acc\u00e9der aux march\u00e9s, d\u2019exporter, en un mot, d\u2019accumuler des capacit\u00e9s ? C\u2019est dire que le \u00ab Made in Cameroon \u00bb ne peut demeurer un slogan, ni l\u2019import-substitution une affaire de tarifs douaniers. Il y faut une doctrine industrielle d\u2019\u00c9tat. Car pendant que le Piisah a pour objet de r\u00e9duire notre d\u00e9pendance alimentaire, nos importations de riz ont progress\u00e9 de 37 702 tonnes et celles de poisson de 60 193 tonnes. Les chiffres commandent ici la lucidit\u00e9. En 2025, notre d\u00e9ficit commercial a atteint 2 145 milliards de Fcfa, contre 1 747 milliards l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente : pr\u00e8s de 400 milliards de d\u00e9gradation en douze mois. Notre taux de couverture est tomb\u00e9 de 65,1% \u00e0 59%. Autrement dit, le Cameroun ne finance plus que 59 % de ses importations par ses exportations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre souverainet\u00e9 \u00e9conomique se jouera sur trois exigences : la mise aux normes de notre offre locale, une protection cibl\u00e9e et temporaire de nos \u00e9cosyst\u00e8mes \u00e9mergents face aux importations \u00e0 bas co\u00fbts, et le maintien de certains secteurs strat\u00e9giques entre des mains camerounaises. Car une nation qui ne produit plus ce qu\u2019elle consomme ne n\u00e9gocie plus rien : elle subit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Avec 10 emplois informels pour un seul dans le priv\u00e9 structur\u00e9, notre syst\u00e8me fiscal ne pousse-t-il pas les entreprises \u00e0 fuir le secteur formel ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question de l\u2019informalit\u00e9 ne peut plus \u00eatre trait\u00e9e sous le seul angle du civisme fiscal ou du contr\u00f4le. Pour une petite entreprise, se formaliser rel\u00e8ve d\u2019un calcul : la d\u00e9cision devient rationnelle lorsque les avantages attendus d\u00e9passent les co\u00fbts, les obligations et les risques encourus. Or, lorsque la formalisation signifie imm\u00e9diatement davantage de fiscalit\u00e9, de charges et de contr\u00f4les, sans garantir en retour un meilleur acc\u00e8s au cr\u00e9dit et aux march\u00e9s, demeurer informel devient un choix \u00e9conomiquement rationnel. Nous devons donc inverser la logique. Il ne suffit plus de demander aux entreprises informelles de rejoindre le secteur formel : il faut faire du secteur formel un espace dans lequel il devient \u00e9conomiquement avantageux d\u2019entrer et de rester.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019urgence se mesure. Selon l\u2019Institut national de la statistique, 52% des emplois rel\u00e8vent du secteur informel non agricole, quand le priv\u00e9 formel n\u2019en repr\u00e9sente que 5,1 %. Autrement dit, pour un emploi dans une entreprise formelle, il en existe dix hors du syst\u00e8me. Encore faut-il distinguer deux r\u00e9alit\u00e9s que l\u2019on confond trop souvent. Il y a l\u2019informalit\u00e9 de n\u00e9cessit\u00e9 : celle de l\u2019artisan, du commer\u00e7ant, de la tr\u00e8s petite unit\u00e9 de production dont la tr\u00e9sorerie ne supporte pas le co\u00fbt d\u2019entr\u00e9e dans le formel. Celle-l\u00e0 ne rel\u00e8ve pas de la sanction, mais du d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et il y a l\u2019autre : celle d\u2019op\u00e9rateurs de taille r\u00e9elle, disposant de moyens r\u00e9els, qui choisissent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de rester hors du syst\u00e8me ou de n\u2019y figurer qu\u2019\u00e0 demi. Celle-l\u00e0 n\u2019est pas de l\u2019informalit\u00e9, c\u2019est une soustraction organis\u00e9e \u00e0 l\u2019imp\u00f4t. Elle prosp\u00e8re aux d\u00e9pens de ceux qui d\u00e9clarent, et elle installe une concurrence \u00e0 laquelle aucune entreprise honn\u00eate ne peut r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gecam la d\u00e9nonce sans r\u00e9serve et demande qu\u2019elle soit trait\u00e9e pour ce qu\u2019elle est. \u00c0 la premi\u00e8re, nous avons adress\u00e9 plusieurs propositions et r\u00e9formes \u00e0 l\u2019administration fiscale permettant d\u2019am\u00e9liorer leurs contributions \u00e0 l\u2019effort fiscal. Ces r\u00e9formes ne sont pas des concessions faites aux entreprises. Elles sont la condition d\u2019une assiette fiscale qui s\u2019\u00e9largira parce que les contribuables seront plus nombreux, et non parce que les m\u00eames paieront davantage. Nous ne demandons pas que l\u2019on aille chercher l\u2019informel. Nous demandons que l\u2019on cesse de le fabriquer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet entretien, le pr\u00e9sident du Gecam dresse\u00a0un constat sans concession\u00a0en passant\u00a0au crible les blocages structurels qui asphyxient le tissu productif national et appelle \u00e0 une v\u00e9ritable doctrine industrielle d\u2019\u00c9tat.&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":22770,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","footnotes":""},"categories":[6656],"tags":[8388,7518,8489,8363],"class_list":["post-22769","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interview","tag-celestin-tawamba","tag-gecam","tag-rentree-economique","tag-snd30"],"author_meta":{"display_name":"Ghislaine Deudjui","author_link":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/author\/lefinancier3\/"},"featured_img":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Tawamba-1-300x177.jpg","coauthors":[],"tax_additional":{"categories":{"linked":["<a href=\"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/category\/interview\/\" class=\"advgb-post-tax-term\">Interview<\/a>"],"unlinked":["<span class=\"advgb-post-tax-term\">Interview<\/span>"]},"tags":{"linked":["<a href=\"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/category\/interview\/\" class=\"advgb-post-tax-term\">C\u00e9lestin Tawamba<\/a>","<a href=\"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/category\/interview\/\" class=\"advgb-post-tax-term\">Gecam<\/a>","<a href=\"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/category\/interview\/\" class=\"advgb-post-tax-term\">Rentr\u00e9e \u00e9conomique<\/a>","<a href=\"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/category\/interview\/\" class=\"advgb-post-tax-term\">SND30<\/a>"],"unlinked":["<span class=\"advgb-post-tax-term\">C\u00e9lestin Tawamba<\/span>","<span class=\"advgb-post-tax-term\">Gecam<\/span>","<span class=\"advgb-post-tax-term\">Rentr\u00e9e \u00e9conomique<\/span>","<span class=\"advgb-post-tax-term\">SND30<\/span>"]}},"comment_count":"0","relative_dates":{"created":"Publi\u00e9 1 mois il y a","modified":"Mis \u00e0 jour 1 mois il y a"},"absolute_dates":{"created":"Publi\u00e9 le septembre 15, 2026","modified":"Mise \u00e0 jour le septembre 15, 2026"},"absolute_dates_time":{"created":"Publi\u00e9 le septembre 15, 2026 9:06 am","modified":"Mise \u00e0 jour le septembre 15, 2026 9:05 am"},"featured_img_caption":"filter: 0; fileterIntensity: 0.0; filterMask: 0; captureOrientation: 0; module: photo; \nhw-remosaic: false; \ntouch: (-1.0, -1.0); \nmodeInfo: ; \nsceneMode: 8; \ncct_value: 0; \nAI_Scene: (0, 0); \naec_lux: 62.0; \naec_lux_index: 0; \nhist255: 0.0; \nhist252~255: 0.0; \nhist0~15: 0.0; \nalbedo:  ; \nconfidence:  ; \nmotionLevel: 0; \nweatherinfo: null; \ntemperature: 41;","series_order":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22769","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22769"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22769\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22771,"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22769\/revisions\/22771"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22769"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22769"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lefinancierdafrique.com\/open\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22769"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}