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Une grande majorité de Camerounais connectés se concentre sur le divertissement

Un rapport d’enquête rendu public par l’organisation Adisi Cameroun en partenariat avec Ifex relève que 548 sur 602 personnes en ligne se concentrent sur ce divertissement.

Adisi Cameroun a présenté le 10 février 2022, son rapport d’enquête sur « les dynamiques de l’accès à Internet au Cameroun : Tendances, défis et perspectives ». Ce rapport dont l’objectif principal était d’étudier le niveau d’accès à l’internet et l’exercice des droits numériques au Cameroun, ainsi que les défis auxquels est confronté l’écosystème numérique du pays, met en lumière de nombreux aspects sur l’accessibilité à internet.

D’après cette étude, environ 31% des participants ont révélé qu’ils passaient 4 à 6 heures en ligne chaque jour, contre 28 % qui passaient 1 à 3 heures, 13 % qui passaient 7 à 9 heures, 10% qui passaient 10 à 12 heures et 30% qui n’étaient pas précis quant à leurs activités quotidiennes. Et en ce qui concerne l’objet de leur attention en ligne, la majorité, soit 548 sur les 602 répondants, a révélé qu’ils se concentrent souvent sur le divertissement, 499 sur l’étude/recherche, 447 sur l’apprentissage/la formation, 431 sur les actualités, 408 sur la messagerie instantanée, 282 sur les affaires, 278 sur les jeux, 231 sur le football, 186 sur les réseaux sociaux, 108 sur la politique et 94 sur les blogs.

Toujours selon ce rapport, les résultats précédents révèlent également que la majorité des utilisateurs d’Internet au Cameroun sont des jeunes de moins de 40 ans, qui passent la plupart de leur temps sur des sites de divertissement, de messagerie instantanée, d’actualités, de football et des sites académiques. « Ces résultats contrastent fortement, mais s’alignent également avec certaines des conclusions précédentes de We Are Social et HootSuite, qui révèle qu’en dehors des sites orientés vers la recherche, y compris google.com, google.cm, google.fr, Wikipedia org, et researchgate.net, de nombreux utilisateurs d’Internet au Cameroun passent plus de temps sur les réseaux sociaux et les sites de divertissement tels que youtube.com, yahoo.com, facebook.com, et même la pornographie (xvideos.com) », relève Adisi Cameroun.

D’après l’organisation, le fait que beaucoup de jeunes et des chômeurs, en particulier les garçons et les hommes passent plus de temps sur des sites de jeux d’argent comme cm1xbet.com, luckyforbet.com et la pornographie que sur des sites qui offrent des opportunités d’emploi comme jobsinfocamer.com, donne encore plus à réfléchir. Et, « c’est sur la base de ces faits que certaines personnes, en particulier les parents, les décideurs politiques et les autorités religieuses, ont eu tendance à plaider en faveur d’une réglementation stricte des médias sociaux par le gouvernement afin de faire respecter certaines normes morales dans la société. »

CADRE JURIDIQUE

Au Cameroun il existe une kyrielle de dispositions légales et institutionnelles sur l’internet. On peut citer : le préambule de la Constitution camerounaise de 1996 qui prévoit clairement la liberté d’expression, la liberté de la presse et de la communication par tous les moyens, conformément à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948 ; la Loi n° 98/014 de juillet 1998 régissant les télécommunications au Cameroun ; la Loi n° 2001/0130 du 23 juillet 2001 établissant le service minimum dans les télécommunications , fixant les modalités d’exploitation des réseaux de télécommunications ; la Loi n° 2005/13 du 29 décembre 2005 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 98/14 du 14 juillet 1998 régissant les télécommunications au Cameroun ; la Loi n° 2010/013 du 21 décembre 2010 sur le commerce électronique et ses amendements d’avril 2015 ; la Loi n° 2010/012 du 21 décembre 2010 sur la cybersécurité et la cybercriminalité (cadre de sécurité) ; la Loi n°2011/012 du 6 mai 2011 relative à la protection des consommateurs. Cette loi a été promulguée pour protéger les consommateurs en prévoyant une action en justice individuelle ou collective, autorisant le régulateur des télécommunications du Cameroun, le Conseil de régulation des télécommunications à être responsable de la médiation et du règlement des conflits en cas de non-conformité des opérateurs (AI4A 2014) ; et la dernière en date la Loi de finances 2019. L’article 8 stipule que la taxe d’imposition sur les téléchargements d’applications logicielles produites hors du Cameroun est de 200 Fcfa.

Les enquêteurs ont constaté malgré la pléthore de mesures réglementaires et de lois relatives à l’espace numérique et médiatique au Cameroun, que de nombreuses personnes ont exprimé leur ignorance à leur sujet. En fait, sur les 602 participants à l’enquête, seuls 15% ont déclaré connaître l’une des lois relatives au numérique et aux médias, contre 53% qui n’en ont aucune connaissance et à peine 30% qui en ont une connaissance partielle.

Certains rapports antérieurs, notamment ceux de Statistica, We Are Social et Hootsuite, ont noté que le taux de pénétration d’Internet au Cameroun était d’environ 34% en janvier 2021, comparé à une moyenne régionale d’à peine 26%, ce qui représente le taux le plus bas d’Afrique et du monde. Sur la base de l’analyse de multiples sources de données, le même rapport Digital classe le Cameroun à 44,15 en termes de score global de l’indice pays, 41,44 pour l’infrastructure mobile, 40,81 pour l’accessibilité des appareils et des services, 54,76 pour la préparation des consommateurs et 41,01 pour la disponibilité de contenus et de services pertinents.

Jusqu’à présent, les résultats et l’analyse qui ont suivi révèlent qu’il y a plusieurs dimensions à prendre en compte lorsqu’on examine les droits numériques, l’accès à l’internet et les activités des médias au Cameroun en particulier et dans le monde en général. « Il n’est pas surprenant de voir que Facebook.com est l’un des sites les plus visités au Cameroun avec plus de 4 millions d’utilisateurs de Facebook sur les 9,15 millions de Camerounais en ligne. Une autre dimension critique à considérer dans cette étude est celle des facteurs qui influencent la disponibilité, l’accessibilité, l’abordabilité et l’utilisation de divers services liés à l’internet », font savoir les enquêteurs.

DEFIS

Concernant les facteurs critiques qui influencent négativement l’accès et les activités sur les plateformes numériques au Cameroun, les participants ont souligné les fausses nouvelles (85%), la désinformation (81%), les coupures d’électricité constantes (81%), les mauvais services Internet (80%), la mauvaise infrastructure Internet (76%), le coût élevé des forfaits de données/appels (75%), les services Internet limités (65%), Le piratage informatique (62%), les discours de haine (59%), la limitation de la vie privée (55%), la surveillance par l’Etat et les FAI (48%), l’analphabétisme numérique (38%) et le fossé numérique entre les sexes (28%). Ces facteurs selon eux, sont les principaux obstacles à leurs activités numériques et médiatiques au Cameroun.

D’après Paul Joël Kamtchang, Promoteur d’Adisi Cameroun, « ces défis corroborent succinctement l’argument selon lequel, malgré l’évolution comparativement impressionnante des politiques et initiatives nationales et internationales visant à favoriser la disponibilité, l’accessibilité et l’abordabilité de l’Internet ainsi que l’ensemble de l’écosystème numérique au Cameroun, ces obstacles persistants exigent une attention urgente ».

SOLUTIONS

Pour promouvoir les libertés du numériques au Cameroun, ledit rapport relève quelques propositions à savoir : la réduction des coûts des paquets des données et des appels, l’amélioration de l’infrastructure internet ainsi que les services internet, et la disponibilité d’internet. A la suite de leur recherche, les enquêteurs proposent aussi d’ assurer un approvisionnement constant en électricité, d’ augmenter les programmes d’initiation à l’internet, de lutter contre la fracture du numérique entre les hommes et les femmes, d’instituer davantage les lois sur la cybersécurité contre le piratage informatique, d’appliquer efficacement la nouvelle loi contre les discours de haine, d’introduire une loi sur la protection des données et la confidentialité en ligne, de favoriser la lutte collective contre les fake news et la désinformation.

Notons qu’un total de 602 répondants ont participé avec succès à cette enquête de terrain dans six villes et régions métropolitaines du Cameroun, notamment Yaoundé, Douala, Buea, Bamenda, Bafoussam, et Maroua, représentant respectivement les régions du Centre, du Littoral, du Sud-Ouest, du Nord-Ouest, de l’Ouest et de l’Extrême-Nord.

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