Le séminaire des 28 et 29 juillet 2026 ouvert par le ministre des Finances, visait à adapter le budget l’Etat au défi du renforcement de l’état de service des investissements publics, pour stimuler la croissance et améliorer des conditions de vie des populations.
Questionner les outils utilisés tout le long du processus de préparation du budget, revisiter les méthodes et process, partager les innovations et contraintes liés au contexte macroéconomique et budgétaire de cette préparation et harmoniser la compréhension des différents extrants attendus. Tels ont été les objectifs du séminaire des 28 et 29 juillet 2026 marquant le lancement officiel des activités de préparation du Budget de l’Etat. Présidé par le ministre des Finances en présence de plusieurs membres du Gouvernement, il a été meublé d’échanges autour du thème principal : « Le budget de l’Etat face au défi du renforcement de l’état de service des investissements publics, en vue de la stimulation de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations ». L’objectif étant l’amélioration de la qualité et de la présentation des projections budgétaires de l’Etat. Dans ce contexte, « la mise en œuvre des projets devra davantage viser l’efficacité des investissements réalisés, à travers l’amélioration de leur état de service, afin que les infrastructures construites soient sources d’une plus grande croissance économique et apportent des réponses concrètes et pertinentes aux préoccupations des populations », a lancé le ministre Louis Paul Motaze dans son discours de circonstance.
Le diagnostic approfondi fait interpelle les acteurs gouvernementaux en charge de la préparation du budget de l’Etat sur la qualité des services rendus par les investissements publics réalisés au cours des exercices antérieurs avec les fonds publics. Le constat étant que « lesdits investissements n’ont pas toujours produit les effets multiplicateurs attendus en matière de croissance, de développement et d’amélioration des conditions de vie, en raison d’une lenteur dans leur réalisation, d’une détérioration rapide des ouvrages réalisés et d’une faible mobilisation des fonds pour leur entretien ». Il a donc été question de réfléchir sur la performance globale des investissements publics, en questionnant notamment la sélection des projets, leur préparation, leur maturation, la qualité des infrastructures réalisés, leur fonctionnalité, leur entretien, ainsi que la pertinence des modes de financement retenus. Les actions à budgétiser en 2027 devraient donc viser la pleine fonctionnalité des ouvrages à réaliser, afin d’induire une croissance économique plus forte et partagée entre toutes les composantes de la société.
De nombreux défis à relever en 2027
Face à cette volonté d’amélioration du rythme de la croissance économique, les défis à relever restent nombreux et préoccupants. Il s’agira d’abord d’intensifier la production locale des produits de première nécessité afin de réduire le déficit de la balance commerciale et renforcer la sécurité alimentaire. Ensuite, il faudra restaurer l’équilibre financier et l’efficacité de l’État actionnaire dans le secteur énergétique, de même qu’il va falloir finaliser le plan de redressement des entreprises publiques du secteur notamment la Socadel, afin d’accroitre l’offre d’énergie sur l’étendue du territoire national et de réduire son coût pour les entreprises et pour les ménages. De même, l’accélération de la réforme foncière s’avère être un impératif pour catalyser les investissements privés et opérationnaliser les projets de développement industriel, tout comme la poursuite du programme de renforcement des infrastructures routières et de transport, afin de dynamiser le secteur productif, ainsi que des actions visant la modernisation de l’administration publique et la réduction du train de vie de l’Etat. D’autre part, il faudra renforcer les mécanismes de ciblage, de redistribution et de soutien aux couches les plus vulnérables, approfondir le processus de décentralisation, par une allocation plus importante et plus équitable des ressources aux communes et aux régions.
Les solutions envisageables
Pour relever ces défis dans le contexte de rareté des ressources, les administrations de l’Etat devront opérer un choix judicieux des actions à mener. Il s’agira d’intensifier la mise en œuvre du Plan intégré d’import substitution agropastoral et halieutique (Piisah), dont quelques résultats sont déjà perceptibles, de manière à faire basculer ledit plan vers une échelle agro-industrielle, afin de juguler les déficits structurels de la balance commerciale. A cela s’ajoute la poursuite de la mise en œuvre du programme d’impulsion initiale (P21) et d’autres initiatives vigoureuses destinées à renforcer le processus de transformation structurelle du pays. Aussi, le renforcement de l’offre énergétique et hydraulique est prioritaire. Pour les pouvoirs publics, cela passe notamment par la maturation ou le lancement de certains projets tels que la construction de la centrale hydroélectrique de Kikot, les projets des Compacts énergie et eau, ainsi que la poursuite de la mise en œuvre de ceux en cours, à l’instar de la valorisation du barrage de Nachtigal ou l’optimisation des réseaux de transport de l’énergie. D’autre part, la reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la mise en œuvre des grands projets portuaires, routiers, autoroutiers et énergétiques à travers le pays, ainsi que l’extension de la couverture sanitaire universelle à toutes les couches de la population, sont également préconisés.
A côté de ces dépenses qui exige une mise à niveau rapide du budget d’investissement, se trouvent d’importantes charges courantes qui exercent une pression supplémentaire sur les ressources de l’Etat. Il s’agit de la poursuite du nécessaire effort visant à sécuriser toutes les zones en crise à travers le pays, à y ramener la paix et à favoriser leur reconstruction. Il y a également la prise en charge des loyers de l’Etat, dont les inscriptions budgétaires restent en dessous de la facture annuelle et des redevances consenties par l’Etat au profit des opérateurs engagés dans le cadre des projets financés à travers le modèle du partenariat public-privé. Le paiement de la dette publique, dont le service annuel représente environ le tiers de l’ensemble des ressources de l’Etat est également une priorité. Il en est de même du règlement des arriérés de l’Etat vis-à-vis des entreprises, afin de renforcer leur trésorerie pour une exécution diligente des prestations qu’elles lui rendent et une contribution significative de ces entités à l’effort fiscal global.
L’équation du financement
Afin de préserver l’équilibre des finances publiques et compte tenu de la baisse progressive des recettes pétrolières, en lien avec celle de la production, il importe d’accroitre les recettes internes non pétrolières, de scruter de nouvelles sources de financements et de rationaliser la dépense. Pour ce faire, l’Etat entend élargir l’assiette à tous les contribuables assujettis au paiement des impôts et taxes, sans pour autant sacrifier l’efficacité de la politique gouvernementale actuelle de promotion de l’import substitution, en faveur de laquelle des mesures spécifiques continueront d’être prises, en conformité avec les objectifs de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). « Les efforts entamés dans l’exploitation des niches de recettes non fiscales devraient se poursuivre et s’intensifier car le potentiel d’au moins 600 milliards de Fcfa n’étant pas encore réalisé », selon le ministère des Finances (Minfi).
Quant aux nouvelles sources de financement et en dehors des importants appuis budgétaires espérés de la conclusion d’un nouveau programme économique et financier avec le FMI et les autres partenaires techniques et financiers, les actions des administrations devraient, plus que par le passé, cibler la signature, par le Gouvernement, des accords de financement dans le cadre des divers guichets internationaux relatifs aux fonds climat et environnement. A cet effet, la mise en œuvre urgente par celles-ci, des actions contenues dans la Contribution déterminée nationale (CDN) s’avère impérative. En ce qui concerne la dépense, l’orientation reste sa rationalisation et la maitrise de son évolution.