Echanges sous-régionaux : 16 milliards de Fcfa pour moderniser le port de Garoua 

Après un atelier juridique tenu à Garoua, le projet de rénovation des infrastructures fluviales entre dans une phase opérationnelle. L’investissement doit permettre de rétablir la navigation sur la Bénoué, de réduire les coûts logistiques et de renforcer les échanges avec le Nigeria, le Tchad et la Centrafrique.

Le projet de réhabilitation et de rénovation des équipements du port fluvial de Garoua franchit une nouvelle étape. Estimé à 16 milliards de Fcfa, l’investissement vise à moderniser cette infrastructure stratégique du Nord et à relancer la navigation sur la Bénoué, avec pour ambition de renforcer les échanges commerciaux avec les pays voisins.

Les études de faisabilité remontent à 2002. Après plusieurs années de démarches et de concertations, un atelier de relecture des instruments juridiques s’est tenu du 14 au 19 septembre à Garoua. La finalisation de ces textes doit ouvrir la voie à la signature d’un protocole d’accord entre les différentes institutions parties prenantes.

La rencontre était dirigée par Alim Garga, inspecteur général des Services régionaux du Nord, représentant le gouverneur Jean Abate Edi’i. Les travaux ont réuni des cadres du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), conduits par Roger Bafakan, conseiller technique n°1, ainsi que des représentants des ministères des Finances, de la Décentralisation et du Développement local et de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable.

La Communauté urbaine de Garoua, le Port autonome de Douala et le Port autonome de Garoua prennent également part à l’élaboration des documents stratégiques. La feuille de route prévoit notamment la finalisation de la convention de partenariat entre les deux ports autonomes. Celle-ci doit préciser les modalités de rénovation des installations, le modèle de gestion transitoire du site et le cahier des charges opérationnel. La désignation du Port autonome de Douala pour conduire les travaux découle d’une décision prise en août 2024.

Un hub logistique régional

Le plan d’investissement de 16 milliards de Fcfa repose sur quatre principaux axes. Le premier concerne le rétablissement de la navigation sur la Bénoué, ainsi que l’amélioration de la navigabilité sur les plans d’eau de Lagdo et de Maga. Le deuxième porte sur la création d’un hub logistique multimodal, avec des raccordements routiers et ferroviaires destinés à connecter le septentrion aux plateformes portuaires de Douala et de Kribi.

Le troisième axe vise à faciliter le commerce transfrontalier avec le Nigeria, le Tchad et la République centrafricaine. Le quatrième concerne la sécurisation des échanges, la maîtrise des flux marchands et l’amélioration de la collecte des recettes fiscales au profit de la Communauté urbaine de Garoua.

Au-delà des infrastructures, le projet présente un enjeu économique important pour les filières agricoles. La réduction des coûts de transport devrait notamment profiter à la Société de développement du coton (Sodecoton) pour l’acheminement de ses importations d’engrais, notamment l’urée et le potassium. Elle pourrait également faciliter l’exportation de l’huile de coton vers le marché nigérian.

L’infrastructure doit par ailleurs améliorer l’évacuation des surplus céréaliers produits dans les bassins agricoles du Nord vers les marchés régionaux. Une meilleure fluidité des approvisionnements pourrait contribuer à limiter les variations de prix pendant les périodes de soudure et à réduire l’impact des crises alimentaires dans la sous-région.

Le défi du dragage

La réussite du projet reste toutefois liée à des travaux techniques et environnementaux dans le bassin de la Bénoué. Lors d’une rencontre avec les représentants du Minepat et du Port autonome de Douala, le gouverneur Jean Abate Edi’i a notamment insisté sur la situation du lac de retenue de Lagdo.

L’accumulation des sédiments dans le bassin du barrage réduit sa capacité de stockage, pèse sur les installations hydroélectriques et modifie l’écosystème aquatique. Le dragage apparaît ainsi comme un préalable important pour garantir la continuité des activités agricoles et de la navigation fluviale.

À terme, la modernisation du port de Garoua doit également permettre de mieux encadrer les flux de marchandises, de réduire le commerce informel et d’accroître les recettes des collectivités territoriales décentralisées. La signature du protocole d’accord devrait préciser le calendrier d’exécution des travaux de génie civil et d’équipement de l’infrastructure.

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