Au terme de la 3e session de son CPM, le 29 septembre 2026 à Yaoundé, Yvon Sana Bangui, son Gouverneur, a indiqué que cette mesure vise la poursuite d’une politique monétaire prudente, crédible et adaptée aux évolutions.
L’environnement international demeure caractérisé par un nombre élevé d’incertitudes, faisant planer le spectre d’une crise durable susceptible d’avoir des répercussions sur les économies de la Cemac. Selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) de juillet 2026, l’inflation remonterait à 4,7 % en 2026, contre 4,1 % en 2025, tandis que la croissance économique mondiale reviendrait à 3,0 % en 2026, contre 3,5 % en 2025, en raison notamment des tensions géopolitiques.
Malgré cette conjoncture morose, le Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), réuni en sa troisième session ordinaire le 29 septembre 2026 à Yaoundé, sous la présidence d’Yvon Sana Bangui, son président statutaire, a décidé de maintenir inchangés ses principaux taux directeurs. Le taux d’intérêt des appels d’offres (Tiao) reste à 4,50 %, le taux de la facilité de prêt marginal (Tfpm) à 5,75 %, le taux de la facilité de dépôt à 0,00 %, tandis que les coefficients des réserves obligatoires restent fixés à 6,50 % sur les exigibilités à vue et à 4,00 % sur les exigibilités à terme.
Ainsi, la politique monétaire au troisième trimestre 2026 se focalisera sur la consolidation de la stabilité monétaire et la lutte contre l’inflation, selon le Gouverneur de la banque centrale. L’objectif est « la poursuite d’une politique monétaire prudente, crédible et adaptée aux évolutions », a-t-il indiqué.
Une décision de prudence selon la Beac
Pour le CPM, le maintien de cette politique monétaire restrictive vise à protéger les réserves de change, contenir l’inflation et relancer le crédit. Il s’agit d’une décision de prudence. L’inflation se situerait à 2,2 % en 2026, contre 2,0 % en 2025 dans la sous-région. Cette hausse serait notamment liée à l’inflation importée, principalement à travers les coûts du transport.
En effet, le relèvement de l’inflation au niveau sous-régional serait en lien avec la hausse des coûts des matières premières et du fret maritime. En maintenant ainsi inchangés ses principaux taux directeurs, la Beac entend favoriser le crédit et soutenir le financement des PME et de l’économie réelle.
Or, la structuration des taux d’intérêt demeure une préoccupation majeure dans la Cemac. Les principaux bénéficiaires des conditions de financement liées au Tiao sont les États, alors que les taux d’intérêt des titres publics se situent autour de 7 %, tandis que les crédits accordés aux entreprises sont assortis de taux élevés, dépassant parfois deux chiffres. Avec près de 10 000 milliards de FCFA d’encours de titres publics, les banques de la Cemac sont fortement exposées au risque souverain, tout en tirant également des revenus importants de ces placements.
Des mesures devraient être prises par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) dans les prochains jours afin de contraindre les établissements bancaires au respect des règles prudentielles relatives à leur exposition aux titres publics et au financement de l’économie réelle.
Baisse annoncée de la croissance économique en Cemac
D’autre part, les prévisions des services de la Beac, mises à jour en septembre pour l’année 2026, tablent sur un ralentissement de la croissance économique, qui se situerait à 3,0 %, contre 3,7 % en 2025.
Pour mettre l’espace communautaire à l’abri d’une crise majeure, la banque centrale recommande aux États d’engager des actions urgentes pour accélérer la croissance économique. « On peut tirer la croissance de la Cemac par la structuration de notre économie : développement des infrastructures, réduction de la dépendance vis-à-vis des importations, diversification économique, etc. Des programmes économiques (PER, Pref-Cemac), les stratégies nationales d’import-substitution, sont autant de leviers devant être activés pour accélérer la croissance », a déclaré Yvon Sana Bangui.
L’urgence d’une consolidation budgétaire communautaire dès 2027
En outre, la Beac prévoit un repli du déficit budgétaire, sur base des engagements et hors dons, de 4,5 % du PIB en 2025 à 3,3 % du PIB en 2026. Le déficit du compte courant, dons officiels compris, s’améliorerait également à 2,8 % du PIB, contre 4,2 % du PIB en 2025.
Concernant le déficit budgétaire, susceptible d’entraîner une dégradation du déficit extérieur et d’avoir un impact négatif sur les réserves de change, la situation demeure préoccupante malgré les mesures prises par les chefs d’État à cet effet. Plusieurs pays sont en attente de la conclusion de leurs programmes avec le FMI, dont les services viennent d’achever leurs missions dans la sous-région.
Ayant pris part aux discussions avec l’institution financière à Washington, le Gouverneur de la Beac indique que cette dernière attend que « la consolidation budgétaire soit prise en compte par les États de la sous-région dans le cadre de l’élaboration de leurs lois de Finances 2027 », a-t-il confié à la presse.
Entre-temps, au terme de l’année 2026, la masse monétaire devrait augmenter de 10,6 %. Les réserves de change, exprimées en mois d’importations de biens et services, représenteraient 4,53 mois, après 4,07 mois en 2025. Enfin, le taux de couverture extérieure de la monnaie s’établirait à 72,4 %, contre 65,2 % en 2025.