Monnaie divisionnaire : Le déficit de communication sur le retrait des anciennes pièces alimente la discorde

À deux semaines de la démonétisation des pièces des gammes 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985, le manque d’information favorise les refus anticipés de paiement dans les commerces. Une situation qui pénalise les consommateurs et appelle les instances monétaires à une sensibilisation urgente des populations.

Une décision monétaire ne suffit pas à garantir sa réussite si son application n’est ni expliquée ni préparée. Le retrait des anciennes pièces de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) dans les six États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), prévu à compter du 1er novembre 2026, en apporte une illustration préoccupante. À Yaoundé et à Douala notamment, certains commerçants, faute d’informations suffisantes, anticipent cette échéance et refusent désormais des pièces qui ont pourtant encore cours légal. La confusion va jusqu’au rejet des pièces de 500 Fcfa de la gamme 2006, pourtant exclues de l’opération.

Cette situation entraîne des conséquences sociales préoccupantes. Des populations se retrouvent dans l’incapacité d’effectuer des achats de première nécessité ou de payer leurs frais de transport. Pire encore, cet état de chose entraine quelquefois des disputes qui peuvent dégénérer en bagarres et nécessiter l’intervention de la police. « Je n’ai pas pu acheter le petit-déjeuner de mes enfants, en l’occurrence du pain et des œufs, parce que je ne disposais que d’une ancienne pièce de 500 Fcfa. Ils ont dû attendre jusqu’à midi, le temps que leur père envoie de l’argent pour manger », déplore Clarisse Mballa, apprentie couturière rencontrée samedi dernier au quartier Nlongkak, à Yaoundé.

La veille, au quartier Omnisports, Hervé T., étudiant à l’Université de Yaoundé II, a vécu une mésaventure similaire. « J’ai été conduit dans un poste de police par la tenancière d’un bar après avoir voulu régler ma consommation de nourriture et de boisson avec trois “grosses pièces” de 500 Fcfa. Le plus amusant est que, quand les policiers m’ont donné raison, la dame a encore refusé de prendre l’argent, qu’elle a abandonné au poste », raconte, amusé, le jeune homme.

Dans une économie où les espèces demeurent essentielles, notamment en raison de l’adoption encore inégale des moyens de paiement numériques, ces situations pénalisent les consommateurs, perturbent les transactions commerciales et fragilisent la confiance dans la monnaie.

Des dispositions claires pour le retrait des anciennes pièces

Il convient de rappeler les dispositions arrêtées par l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac). Les pièces des gammes 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985 perdront leur cours légal le 1er novembre 2026. D’ici là, elles peuvent encore être utilisées pour acheter des biens ou régler des services. Ce n’est qu’à compter de cette date qu’elles ne pourront plus servir comme moyen de paiement. Toutefois, elles ne seront pas immédiatement dépourvues de valeur, un dispositif d’échange étant prévu jusqu’au 31 octobre 2027, selon une note du gouverneur de la Beac, Yvon Sana Bangui.

En effet, du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027, les détenteurs pourront échanger gratuitement ces pièces auprès des banques commerciales, des établissements de microfinance et aux guichets de la Beac, contre des pièces des gammes 2006 ou 2024, pour une valeur équivalente. Du 1er août au 31 octobre 2027, l’échange se poursuivra exclusivement aux guichets de la Banque centrale.

En clair, ce calendrier et ces explications doivent être connus de tous. Surtout que le délai d’à peine trois semaines entre l’annonce de la démonétisation par l’Umac, le 7 octobre, et son entrée en vigueur le 1er novembre 2026 paraît particulièrement court pour sensibiliser l’ensemble des populations de la sous-région. 

Un communiqué officiel ne garantit pas la compréhension

La transition vers les nouvelles gammes de pièces nécessite une communication suffisamment précoce et accessible. Un communiqué officiel ne garantit pas que la mesure soit comprise dans les marchés, les boutiques, les bars et les transports. La Beac gagnerait ainsi à mobiliser, au-delà de ses propres services, les ministères chargés des Finances, du Commerce et de l’Économie, les banques, les associations de commerçants et les autorités locales autour d’une vaste campagne de sensibilisation.

Celle-ci devrait s’appuyer sur les médias, mais aussi sur des affiches et des actions de proximité auprès des détaillants, des chauffeurs de taxis et de moto-taxis. L’objectif est d’expliquer clairement les pièces concernées, les dates à retenir, les lieux d’échange et la gratuité de l’opération.

En même temps, les usagers doivent comprendre que les pièces visées conservent leur cours légal jusqu’au 31 octobre 2026 et ne doivent donc pas être refusées avant cette échéance au seul motif de leur prochain retrait. Les commerçants ne peuvent ni anticiper la date de démonétisation ni étendre la mesure à des pièces qui ne sont pas concernées.

Il s’agit, en somme, de dépasser la communication institutionnelle pour aller directement vers les usagers. Car la confiance dans la monnaie, au cœur des échanges économiques quotidiens, repose aussi sur la clarté des règles qui organisent sa circulation.

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