Le communiqué signé le 23 février 2026 par la ministre des Enseignements secondaires, Pauline Nalova Lyonga, révélant 3 442 enseignants présumés en abandon de poste après un départ à l’étranger, a ravivé un débat latent. Derrière cette liste se profile une réalité préoccupante : l’accélération de l’exode des compétences éducatives, avec le Canada comme principale destination.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur actuelle interpelle. La première cause demeure le différentiel salarial. Au Cameroun, la rémunération d’un enseignant peine à suivre l’inflation et les charges sociales croissantes. À l’inverse, le Canada, confronté à une pénurie dans plusieurs provinces, offre des salaires et des conditions de travail nettement plus attractifs, ainsi que de meilleures perspectives d’évolution.
À ces motivations financières s’ajoutent des facteurs structurels : classes surchargées, déficit d’infrastructures, lenteurs administratives, retards de paiement pour certains contractuels, sentiment de déclassement social et insécurité croissante en milieu scolaire. Pour beaucoup, l’émigration apparaît moins comme une défection que comme une quête de dignité.
Les conséquences pour le Cameroun sont lourdes. Il y a tout d’abord la perte de milliers d’enseignants qui fragilise un système déjà sous tension et accentue les inégalités, notamment dans les zones rurales. Sur le plan économique, l’État investit dans la formation de ces cadres, souvent dans des établissements publics, avant de voir ce capital humain valorisé ailleurs. Il s’agit d’un transfert de compétences sans retour immédiat.
Certes, les transferts de fonds de la diaspora soutiennent de nombreuses familles. Mais ils ne compensent ni la désorganisation du service public de l’éducation ni l’ancrage d’un imaginaire où la réussite passe par l’exil.
Par ailleurs, l’intégration au Canada n’est pas toujours aisée. Il se pose pour les immigrés les problèmes de reconnaissance des diplômes, l’adaptation aux normes locales et les certifications complémentaires. Si certains réussissent pleinement, d’autres connaissent un déclassement temporaire.
Face à cette hémorragie, la réponse ne peut être uniquement disciplinaire. La menace de radiation, juridiquement fondée, ne traite pas les causes profondes. Il devient urgent de revaloriser le métier d’enseignant : amélioration progressive des salaires, meilleures conditions de travail, gestion transparente des carrières et incitations au retour.
Sans réforme ambitieuse, l’école camerounaise risque de devenir la victime silencieuse de la mondialisation des talents.