Pour en tirer profit et s’attaquer aux causes profondes du chômage dans cette catégorie d’âge, le continent doit miser sur les compétences numériques, l’innovation et l’entrepreneuriat.
D’ici à 2050, le continent africain concentrera près d’un quart de la population mondiale et disposera de la plus importante réserve de main-d’œuvre de la planète. Ce potentiel, souvent présenté comme un « dividende démographique », demeure pourtant largement sous-exploité. Derrière les statistiques de croissance se cache une réalité plus préoccupante : chaque année, des millions de jeunes arrivent sur le marché du travail sans trouver d’emplois à la hauteur de leurs compétences ou de leurs aspirations.
Le partenariat signé le 25 juin 2026 entre la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en faveur de cinq pays africains, dont le Cameroun, rappelle que la question de l’emploi des jeunes ne peut plus être abordée sous le seul prisme du chômage. Le véritable défi réside dans l’inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins réels des économies africaines.
En effet, pendant plusieurs décennies, les systèmes éducatifs ont continué à former des diplômés pour des administrations publiques dont les capacités de recrutement se réduisent progressivement. Dans le même temps, les secteurs porteurs de croissance, à l’instar du numérique, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, l’analyse de données, l’économie verte ou encore l’industrie de transformation, peinent à trouver une main-d’œuvre qualifiée. Ce décalage alimente un chômage diplômé en constante progression et fragilise la compétitivité des économies africaines.
À cette inadéquation des compétences s’ajoutent d’autres obstacles structurels : un accès limité au financement pour les jeunes entrepreneurs, la faiblesse des écosystèmes d’innovation, le poids du secteur informel, des réglementations parfois peu favorables à la création d’entreprise et une industrialisation encore insuffisante pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail.
Face à ces défis, les réponses ne peuvent être ponctuelles. Elles exigent des politiques publiques cohérentes et de long terme. Et de ce fait, investir dans l’éducation reste indispensable, sauf que celle-ci doit désormais être pensée en fonction des besoins futurs des économies africaines. Les formations professionnelles, les compétences numériques, l’apprentissage en entreprise et les partenariats entre universités et secteur privé doivent devenir des priorités.
L’entrepreneuriat constitue également une partie de la solution, à condition de ne plus le considérer comme un simple recours face au manque d’emplois salariés. Les jeunes entreprises ont besoin d’un environnement propice : accès au crédit, fonds d’amorçage, accompagnement technique, incubateurs performants et marchés publics plus ouverts aux PME innovantes. Enfin, l’emploi des jeunes dépendra largement de la capacité des pays africains à accélérer leur transformation économique.
Le partenariat entre la BAD et l’OIF constitue, à cet égard, un signal encourageant. En misant sur les compétences numériques, l’innovation et l’entrepreneuriat, il s’attaque à plusieurs causes profondes du chômage des jeunes. Mais son véritable succès dépendra de sa capacité à être reproduit à grande échelle et surtout à s’inscrire dans des stratégies nationales de développement économique.