À l’occasion d’un échange avec la presse animé par son Directeur Général, Pierre Ngon, l’entreprise a dressé le bilan depuis le début de sa concession au Cameroun, marqués par des investissements, une sécurité non négociable, la relance du trafic voyageurs et le développement du fret.
La Cameroon Railways (Camrail), filiale d’Africa global logistics, s’est lancée dans un nouveau chapitre de sa modernisation. Le 22 juin dernier, son Directeur général (DG) Pierre Ngon, a dressé un état des lieux chiffré de ses 26 années de concession au Cameroun et dévoiler les ambitions de son Programme quinquennal n°2.
Avant la mise en concession en 1999, le réseau ferroviaire camerounais souffrait d’un déficit d’entretien chronique. Le parc de traction ne comptait que neuf locomotives et les ateliers étaient exsangues. En un quart de siècle, la trajectoire s’est inversée grâce à trois programmes d’investissement successifs menés main dans la main avec l’État.
Au total, plus de 300 milliards de Fcfa ont été investis depuis l’arrivée de l’entreprise, dont 288 milliards consacrés exclusivement à la maintenance des infrastructures et du matériel. Le parc de locomotives est passé de neuf à quarante-trois unités. De plus, un tiers du réseau a été renouvelé, remplaçant les anciens rails de 36 kg par du matériel de 54 kg, soutenu par des traverses en béton bi-blocs et la rénovation de près de 1 800 ouvrages hydrauliques.
La sécurité : un principe non négociable
Marquée par le tragique accident d’Eséka, la direction générale réaffirme que la sécurité des circulations demeure sa priorité centrale. « C’est un principe non négociable », insiste Pierre Ngon. Pour l’illustrer, Camrail a intensifié ses investissements technologiques et matériels. Le budget de maintenance ferroviaire atteindra d’ailleurs 5,2 milliards de Fcfa en 2025.
Les ateliers centraux de Bassa intègrent désormais des équipements de pointe : bancs d’essai de frein pilotés par ordinateur, contrôle des essieux par magnétoscopie et endoscopie des moteurs diesel. Sur les voies, les locomotives intègrent désormais des systèmes GPS et des caméras de surveillance.
Relancer le trafic voyageur et booster le fret
Le retrait des voitures CSR après le drame d’Eséka a paralysé les liaisons InterCity pendant cinq ans. Depuis juillet 2021, le Train Express reconstitue progressivement l’offre entre Douala et Yaoundé, transportant 359 000 passagers en 2025. Si les volumes restent inférieurs à 2016, Pierre Ngon précise que cela est dû à la réduction des fréquences (deux rotations quotidiennes actuelles contre quatre autrefois) et non à un recul de la demande. L’acquisition future par l’État de 25 voitures voyageurs et de 5 modules autorails permettra de démultiplier l’offre.
Côté fret, Camrail s’impose comme un poumon économique majeur avec plus de 1,5 million de tonnes de marchandises transportées chaque année. Pour soutenir la montée en puissance des flux industriels et miniers, l’entreprise s’appuie sur 1 250 wagons, renforcés par l’arrivée prochaine de 100 wagons plateformes supplémentaires.
Impact social et ambition régionale
Avec 1 564 collaborateurs, Camrail mise sur la jeunesse locale. Depuis 2017, plus de 600 jeunes Camerounais ont été formés et recrutés pour un montant de 400 millions de Fcfa. De plus, 200 milliards de Fcfa ont été injectés dans le tissu entrepreneurial local via la sous-traitance. L’avenir s’inscrit désormais à l’échelle régionale. Le protocole d’accord signé entre l’État, AGL et Camalco pour la ligne ferroviaire Edéa–Kribi-Lolabe-Campo marque une étape décisive pour connecter les bassins de production minière aux ports internationaux, positionnant durablement Camrail comme le pivot logistique de l’Afrique centrale.