Alors que les combats se poursuivent entre l’armée et les Forces de soutien rapide, Khartoum tente de maintenir les principaux rouages de l’économie, notamment le pétrole, l’électricité, le transport et le commerce.
Plus de trois ans après le déclenchement de la guerre entre les Forces armées soudanaises et les rebelles Forces de soutien rapide (FSR), le Soudan reste confronté à une crise multidimensionnelle dont les conséquences économiques sont de plus en plus lourdes. Alors que les combats se poursuivent sur plusieurs fronts, les autorités tentent de préserver les secteurs indispensables au fonctionnement de l’économie et de préparer les conditions d’une reconstruction. Le rapport gouvernemental couvrant la période du 27 juillet au 2 août 2026 fait notamment état de réunions consacrées au pétrole, à l’électricité, au transport fluvial et au commerce.
Le pétrole et l’électricité sous surveillance
Le gouvernement soudanais accorde en effet une attention particulière à la disponibilité des produits pétroliers et de l’électricité. Le Premier ministre Kamel Al-Tayeb Idris a ainsi réuni le ministre de l’Énergie, le gouverneur de l’État de la Mer Rouge, le directeur général de la compagnie d’électricité et celui de la raffinerie de Khartoum afin d’examiner la production, la distribution et les importations. L’objectif affiché est de stabiliser l’approvisionnement du marché et de maintenir des prix accessibles aux populations.
Cette priorité traduit les difficultés d’une économie dont les infrastructures ont été durement affectées par le conflit. Dans le même temps, les autorités cherchent à réduire les coûts logistiques en misant sur le transport fluvial. Lors d’un forum soudano-arabe consacré au transport intelligent, le vice-président du Conseil souverain, Malik Agar, a appelé à moderniser les infrastructures et la réglementation afin de relancer la navigation entre le Soudan et le Soudan du Sud et de renforcer l’intégration régionale.
L’or et la gomme arabique au cœur de l’économie de guerre
Mais derrière ces efforts de stabilisation se trouve une autre réalité. Il s’agit des ressources naturelles du Soudan qui contribuent chaque jour à prolonger le conflit. Un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme publié en juillet dernier décrit une « économie de guerre » dans laquelle les parties au conflit tirent des revenus du contrôle des territoires, des routes commerciales et des matières premières.
L’or occupe une place centrale dans ce système. Selon les données citées par les Nations unies, environ 65 tonnes ont été produites en 2024 dans les zones contrôlées par l’armée, dont 28 tonnes exportées via Port-Soudan, pour des recettes estimées à 1,6 milliard de dollars. La production aurait atteint 70 tonnes en 2025, mais une part importante de l’or continuerait d’échapper aux circuits officiels. La gomme arabique, autre ressource stratégique, constitue également une source de revenus pour les acteurs armés.
Face à une situation qui complique les efforts de reconstruction, le gouvernement soudanais cherche à renforcer les douanes et à lutter contre la contrebande d’or, de drogues et de marchandises, afin de protéger l’économie nationale et d’accroître les recettes publiques.
Khartoum veut desserrer l’étau de la dette
Dans ce contexte particulièrement contraint, le Soudan tente également de renouer avec les institutions financières internationales. A cet effet, le ministère des Finances a échangé avec une mission du Fonds monétaire international (FMI) sur une feuille de route destinée à faire avancer le processus d’allègement de la dette extérieure dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Ppte). Le processus prévoit notamment une évaluation, l’établissement d’un cadre de performance et, à terme, un accord sur un programme de facilité de crédit élargie.
Une éventuelle avancée sur ce dossier constituerait un levier important pour le redressement économique, en ouvrant la voie à une amélioration des relations financières du pays avec ses partenaires et à la mobilisation de nouveaux financements pour la reconstruction.
Une crise humanitaire qui absorbe les capacités du pays
L’économie reste toutefois indissociable de la catastrophe humanitaire. Début août, les Nations unies estimaient à 35 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire au Soudan, soit environ les deux tiers de la population. Plus de 9 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays et 4,5 millions avaient fui vers l’étranger.
Le dispositif humanitaire demeure donc essentiel. Durant la période couverte par le rapport, 4 725 tonnes de farine ont été acheminées vers plusieurs États, tandis que des médicaments, équipements médicaux, kits de santé et produits nutritionnels ont été distribués dans plusieurs régions.
Sur le plan militaire enfin, les combats restent intenses. Le 13 août, l’armée soudanaise a affirmé avoir repoussé une attaque des forces de soutien rapide dans la région de Jabra Al-Sheikh, dans le Nord-Kordofan, menée selon elle avec plus de 250 véhicules de combat. Cette affirmation émane de l’armée soudanaise et n’a pas, à elle seule, valeur de bilan indépendant.
Le Soudan demeure ainsi enfermé dans un cercle particulièrement difficile à briser : les ressources qui pourraient financer la reconstruction contribuent aussi à alimenter la guerre, tandis que le conflit détruit les infrastructures, désorganise les échanges et accroît les besoins humanitaires. La sortie de crise dépendra donc autant d’un règlement politique et militaire que de la capacité à remettre les ressources naturelles, les infrastructures et les recettes publiques au service de l’économie nationale.