Baccalauréat 2026 : Derrière la baisse des résultats, une école en crise

Avec un taux de réussite national de 42,14% pour la session 2026, contre 47,45 % en 2025, soit une baisse de 5 points, les résultats du baccalauréat de cette année viennent rappeler, une fois de plus, les fragilités du système éducatif camerounais. 

Sur les 131 628 candidats inscrits au baccalauréat général au Cameroun lors de la session 2026, seuls 55 108 ont été déclarés admis. Autrement dit, près de six candidats sur dix n’ont pas obtenu le précieux sésame. Au-delà de la déception des familles et des candidats, cette situation devrait surtout susciter une véritable introspection sur l’état du système éducatif camerounais.

Certes, le tableau n’est pas totalement sombre. Le taux de réussite a en effet progressé dans neuf filières sur quatorze. L’enseignement technique industriel affiche même des performances remarquables, à l’image du baccalauréat F, dont le taux de réussite est passé de 51,55% en 2025 à 69,67% en 2026. Au probatoire, les brevets professionnels industriels atteignent même 99,17% cette année, contre 87,61% l’année précédente. Ces résultats de l’enseignement technique montrent donc que lorsque les conditions d’apprentissage, l’encadrement et l’adéquation entre formation et filière sont réunis, les élèves camerounais sont capables de performances élevées.

Pour revenir au baccalauréat général qui concentre l’essentiel des effectifs, la contre-performance des candidats reste préoccupante. A côté, l’on observe des disparités entre les régions et les établissements. Le Sud-Ouest, le Littoral et l’Ouest se distinguent, tandis que d’autres bassins scolaires enregistrent des performances moins reluisantes. Cette géographie du succès et de l’échec pose frontalement la question de l’égalité des chances devant l’éducation.

Un taux d’échec qui renvoie à des problèmes beaucoup plus profonds

Il serait toutefois hasardeux d’attribuer cette baisse à la seule difficulté des épreuves. Puisque d’après les professionnels de l’éducation, cet échec renvoie à des problèmes beaucoup plus profonds. Depuis plusieurs années, ces derniers alertent sur la dégradation des conditions d’apprentissage. Dans certains établissements publics, les classes de terminale peuvent compter plus de 90 élèves. Dans de telles conditions, comment exiger d’un enseignant qu’il assure un suivi individualisé et efficace de chaque apprenant ? À la surcharge des effectifs dans le public, s’ajoutent les infrastructures insuffisantes, le déficit d’équipements pédagogiques et les perturbations récurrentes du calendrier scolaire qui empêchent souvent les professeurs de terminer les programmes.

À cela s’ajoute la question de la motivation des enseignants. En effet, un système éducatif ne peut durablement produire de bons résultats avec des personnels qui évoluent dans des conditions difficiles, et dont les revendications sociales et professionnelles restent régulièrement au cœur de l’actualité. En somme, la qualité de l’enseignement dépend aussi de la capacité de l’État à offrir aux enseignants les conditions nécessaires à l’exercice de leur métier.

Une réelle fracture entre établissements publics et privés

La fracture entre établissements publics et privés mérite également d’être interrogée. Dans un contexte de morosité économique, de nombreuses familles ne peuvent se permettre les frais de scolarité de plus en plus élevés pratiqués des établissements privés, notamment confessionnels, qui affichent généralement de meilleurs résultats. L’éducation de qualité ne devrait donc pas devenir un privilège réservé à ceux qui disposent des moyens financiers suffisants.

Enfin, il faut s’interroger sur les mécanismes d’évaluation eux-mêmes. Là encore, des professionnels dénoncent depuis longtemps des situations où des candidats peuvent être déclarés admis avec des moyennes particulièrement faibles. Si l’objectif est de faire réussir le plus grand nombre, celui-ci ne saurait se réduire à l’amélioration artificielle des statistiques. Le véritable enjeu est de garantir que le diplôme sanctionne effectivement un niveau de connaissances et de compétences selon les exigences de l’enseignement supérieur et du marché du travail.

Face à cette baisse des performances, l’heure n’est ni à la recherche de boucs émissaires ni à la résignation. Elle est à l’évaluation sans complaisance du système, à l’identification des défaillances et surtout à l’action. Car comme l’indique l’Unesco, l’éducation est l’un des instruments les plus puissants de lutte contre la pauvreté et les inégalités. Elle prépare aussi les compétences dont l’économie camerounaise aura besoin pour se transformer.

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