La question est au centre de la 8e Conférence ministérielle de la Koafec qui s’est ouverte à Séoul le 8 septembre 2026.
Deux décennies après sa création, la Coopération économique Corée-Afrique (Koafec) n’a plus besoin de démontrer qu’elle existe. Elle doit désormais prouver qu’elle peut changer d’échelle. C’est tout l’enjeu de sa 8e Conférence ministérielle, qui se tient à Séoul du 8 au 11 septembre prochain, sous le thème : « Exploiter l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques pour la transformation de l’Afrique »
Le choix de ce thème est loin d’être anodin. Pour l’Afrique effet, l’IA peut être un formidable accélérateur de développement, mais elle peut aussi creuser davantage le fossé technologique si le continent reste simple consommateur de solutions conçues ailleurs. Derrière la fascination pour les algorithmes se pose la question de savoir qui possédera les infrastructures, les données, les compétences et, surtout, la valeur créée par cette révolution numérique ?
La réponse dépendra en partie de la capacité du partenariat avec la Corée à dépasser la logique traditionnelle du financement de projets. Séoul dispose d’une expertise reconnue dans les TIC, l’industrie, l’énergie, les infrastructures et l’innovation. L’Afrique, elle, possède ce dont les économies avancées auront de plus en plus besoin, notamment, une population jeune, des marchés en expansion et d’immenses ressources, notamment en minerais critiques. Le véritable intérêt du partenariat réside dans la rencontre de ces deux atouts.
En termes de bilan, les 20 dernières années montrent déjà que cette coopération peut produire des effets concrets. Le Fonds fiduciaire Koafec, créé en 2007, a consacré quelque 50 millions de dollars à la préparation de projets qui ont contribué à catalyser un portefeuille d’investissements de plus de 6 milliards de dollars et à mobiliser environ 4 milliards de dollars de financements. Plus de 1 300 start-up et entrepreneurs ont également été accompagnés, tandis que plus de 1 200 entreprises ont bénéficié du partenariat et que plus de 5 000 emplois ont été créés.
Bien que ces résultats soient significatifs, ils posent en même temps la question de l’étape suivante. Car l’Afrique ne manque pas seulement de projets : elle manque surtout de capacités à les financer, les industrialiser et les inscrire dans des chaînes de valeur durables. Car aec un déficit annuel de financement du développement supérieur à 400 milliards de dollars, aucune coopération extérieure, aussi solide soit-elle, ne pourra suffire.
La 8e Koafec devra donc éviter le piège des grandes déclarations. Le futur Plan d’action 2027-2028 devra dire comment passer du partenariat à la production. En somme, il s’agit de produire davantage d’énergie, de données, de technologies, de biens industriels et de compétences sur le continent. Et surtout, comment faire en sorte que les investissements étrangers s’articulent avec les capitaux africains, plutôt que de s’y substituer. Plus concrètement, si la Corée peut apporter les technologies, l’expertise et les capitaux, lAfrique doit, de son côté, apporter ses marchés, ses talents et ses ressources, mais aussi défendre une ambition claire de souveraineté économique et technologique.