Alors que certains élèves retrouvent le chemin des salles de classe ce jour, des parents d’élèves aux revenus modestes, peinent encore à trouver des places pour leurs enfants dans des lycées et collèges publics dont les frais de scolarité sont accessibles par rapport aux collèges privés laïcs et confessionnels.
Janyce B, qui a réussi avec brio, son Certificat d’études primaire (CEP) bien qu’ayant échoué le concours d’entrée en 6ème dans un lycée de la ville de Yaoundé, n’ira pas à l’école ce 7 septembre, jour de rentrée scolaire pour l’année 2026-2027 au Cameroun. Contrairement à sa sœur cadette admise au Common entrance (équivalent du concours d’entrée en 6ème dans le sous-système anglophone), elle va attendre que son père, employé dans une petite société de la place, parvienne à lui trouver une place dans un lycée de la place. Sous anonymat, il confie qu’il lui a été proposé de débourser entre 100.000 et 150.000 Fcfa sans compter les frais d’Apee (association des parents d’élèves et enseignants) qui s’élèvent à 25.000 Fcfa plus les 7500 Fcfa de frais de scolarité une fois que le matricule sera octroyé à sa fille au cas où, il parviendrait à un accord avec les démarcheurs auprès des dirigeants des établissements sollicités.
Si les négociations s’avèrent concluantes, cet homme au revenu modeste, devra débourser 132.000 et 182.000 Fcfa pour l’inscription d’un enfant hormis l’achat de la tenue de classe, des fournitures scolaires et des manuels exigés. Face à cette addition salée, ce père de famille songe à contre-cœur, envoyer sa progéniture fréquenter chez sa grand-mère en zone rurale à défaut de lui faire passer une année blanche. Comme lui, ils sont nombreux ces parents d’élèves qui doivent résoudre cette difficile équation.
Des accusations réfutées par les responsables d’établissements scolaires
De leur côté, les responsables d’établissements scolaires publics ignorent la pratique du « monnayage » des places qui remonte aux temps anciens selon eux. Le ministère des Enseignements secondaires (Minesec) veille au grain et n’hésite pas à sanctionner des responsables impliqués dans la pratique du monnayage des places au sein de leurs lycées et collèges. Par contre, ils évoquent plusieurs raisons pour justifier la limitation du nombre d’élèves par salle de classe. Outre le meilleur suivi des enfants, il y a également le confort des apprenants ainsi que leur sécurité.
Pourtant, même au niveau des instances dirigeantes, la place est bien connue. La preuve, dans une correspondance du 12 septembre 2017 adressée aux délégués régionaux des Enseignements secondaires, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, alors Minesec, indiquait déjà que « les pratiques de monnayage avaient cours dans les établissements scolaires relevant de leur ressort territorial ». Tout en dénonçant cette manière qui relève d’une autre époque, il s’est insurgé fortement en brandissant des sanctions disciplinaires sévères à l’encontre « de toute personne impliquée de près ou de loin dans ces pratiques qui ternissent l’image de notre système éducatif en même temps qu’elles sont un frein à son émergence ». L’actuelle ministre, Pr Pauline Nalova Lyonga semble être dans la même mouvance en relevant de leurs fonctions certains proviseurs de lycées en pleine rentrée scolaire.
Les causes et le mode opératoire
Malgré ces mesures, les habitudes semblent avoir la peau dure. La rareté des places au sein des lycées et collèges publics entraîne des pratiques illégales de « monnayage des recrutements ». Des frais non officiels ou des pots-de-vin sont parfois exigés pour obtenir une admission. A cela s’ajoute l’intervention de réseaux. Car, les intermédiaires ou encore démarcheurs, se trouvent parfois au sein même des comités de gestion des recrutements ou des associations de parents d’élèves (Apee), monnayent l’accès aux listes d’attente. Dans ce cas, il est difficile pour des institutions comme la Commission nationale anti-corruption (Conac) qui ne se limite qu’à la sensibilisation et la dénonciation et non à la répression, d’endiguer ce phénomène.
Pour cause, le manque d’infrastructures. En effet, le nombre d’établissements publics s’avère insuffisant face à une population jeune qui grandit très vite dans les grandes villes comme Yaoundé ou Douala. Au-delà, la réputation des grands lycées aguiche bon nombre de parents souhaitent y inscrire leurs enfants. Toute chose à la base du dépassement rapide de la capacité d’accueil desdits établissements. L’autre raison et non la moindre, est l’insécurité dans certaines régions comme le Nord-Ouest, le Sud Ouest et l’Extrême Nord principalement, qui pousse de nombreuses familles à déplacer leurs enfants vers d’autres villes, augmentant ainsi, la pression au sein des lycées et collèges publics. Par conséquent, l’on se retrouve avec des salles de classe surchargées, exposant ainsi les apprenants et enseignants à l’inconfort, l’insécurité, et toutes sortes de déviances.