Compte unique du Trésor : Le Minfi recense les fonds des projets publics détenus dans les banques

L’opération de 20 jours lancée le 29 septembre 2026 à Yaoundé par le ministre des Finances vise à donner au Trésor une meilleure visibilité sur les ressources publiques disponibles, à améliorer la gestion de la trésorerie et à renforcer la traçabilité des fonds.

Dans le cadre des réformes engagées par le gouvernement en matière de modernisation de la gestion des finances publiques, l’État du Cameroun s’est engagé à procéder au recensement des comptes des administrations publiques ouverts auprès des banques commerciales, en vue du rapatriement des disponibilités concernées dans le Compte unique du Trésor (CUT). C’est tout le sens de l’atelier organisé le 29 septembre 2026 par le ministère des Finances à Yaoundé. Présidé par Louis Paul Motaze, ministre des Finances (Minfi), il a réuni le Directeur national de la Beac au Cameroun, la Cobac, les banques, l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (Apeccam) et d’autres entités publiques. Cette rencontre précède une mission de 20 jours auprès des établissements de crédit à cet effet. « Il nous faut donc disposer aujourd’hui d’une situation actualisée, précise, exhaustive et documentée des comptes concernés, de leurs titulaires, de leur nature, de leurs soldes et, autant que possible, des conditions et contraintes qui entourent leur éventuel rapatriement », a lancé le ministre Louis Paul Motaze à l’ouverture des travaux.

Les échanges qui ont suivi ont permis à la Direction nationale de la Beac au Cameroun d’apporter son éclairage sur la situation des dépôts des administrations publiques dans le système bancaire. Ensuite, les différents établissements de crédit ont été invités à présenter, chacun pour ce qui le concerne, la situation des dépôts des administrations publiques ouverts dans leurs livres. Des informations qui n’ont pas été dévoilées à la presse. La Caisse autonome d’amortissement (CAA), quant à elle, s’est chargée d’apporter des éléments relatifs aux ressources provenant des financements extérieurs et conservées dans les établissements bancaires. Cet exercice a permis au Trésor public de disposer d’une photographie actualisée de la situation et, surtout, de passer d’un simple constat à une véritable feuille de route.

Les enjeux

Un premier exercice de recensement conduit en 2022 avait permis d’identifier un volume de dépôts de l’ordre de 450 milliards de FCFA dans les établissements bancaires, selon le ministre des Finances. « Cette première photographie nous avait permis de mesurer l’importance des ressources publiques qui demeuraient dispersées en dehors du circuit central de la trésorerie de l’État. Mais quatre années se sont écoulées depuis cet exercice. La situation a nécessairement évolué », renseigne-t-il.

D’autre part, la réforme du Compte unique du Trésor, conduite dans le cadre communautaire sous l’impulsion de la Beac, a enregistré des avancées significatives et les prérequis nécessaires à sa mise en œuvre sont désormais largement engagés. Le calendrier de bascule, initialement envisagé pour septembre 2026 et désormais reporté à la fin de l’année, offre aux pouvoirs publics un délai supplémentaire pour s’assurer que le Cameroun sera pleinement préparé. « Nous devons être prêts. Prêts sur le plan juridique, prêts sur le plan organisationnel, prêts sur le plan technique, prêts sur le plan informatique. Mais surtout, prêts sur le plan opérationnel, afin que la réforme puisse produire tous ses effets, sans rupture dans le fonctionnement des administrations publiques et dans la qualité des services rendus aux usagers », martèle le Minfi.

Le défi de la modernisation et de la célérité du Compte unique du Trésor

Toutefois, la réussite du Compte unique du Trésor ne dépend pas uniquement du rapatriement des fonds. Elle dépend également de la capacité du Trésor public à offrir aux administrations et aux usagers une qualité de service comparable à celle dont ils bénéficient aujourd’hui auprès des établissements bancaires.

Pour les experts, la centralisation des ressources ne devrait pas être perçue comme une simple opération comptable ou financière. Le Compte unique du Trésor doit être l’un des instruments d’un Trésor public moderne, performant, accessible et sécurisé. Cela suppose que les prérequis nécessaires soient effectivement réunis au niveau du Trésor public afin de garantir la traçabilité des fonds transférés, leur disponibilité à vue, la célérité des opérations et la sécurité des transactions.

Cela suppose également de poursuivre résolument la transformation numérique des services. À cet égard, le ministère des Finances met en avant le déploiement de l’application « TrésorPay », qui, selon lui, constitue une avancée importante dans la réduction progressive des paiements en espèces et dans la promotion des paiements digitaux.

La modernisation du système devra également s’appuyer sur l’utilisation des cartes du Trésor et leur interopérabilité avec les cartes utilisées dans le système bancaire. Pour ce faire, le Trésor public est appelé à travailler simultanément sur la modernisation des instruments de paiement, la digitalisation des opérations, l’amélioration de l’accueil des usagers et la qualité globale du service public financier. Ce n’est qu’à cette condition que pourra véritablement être consacrée la fonction de « Trésor public banquier ».

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