Transformation numérique : E-Gov’A veut accélérer la modernisation des administrations africaines

Réunis au Palais des Congrès de Yaoundé depuis le 15 octobre 2026, les acteurs publics et privés du numérique misent sur l’interopérabilité, l’intelligence artificielle et la dématérialisation pour améliorer l’efficacité des services publics. 

La transformation numérique des administrations africaines doit désormais se traduire par des changements concrets dans le quotidien des citoyens. C’est le principal message porté lors de l’ouverture officielle, le 15 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé, de la première édition du E-Gov’A Africa Summit Expo and Awards. Organisée par Digital Business Africa et l’association Smart Click Africa, sous le patronage du ministère des Postes et Télécommunications, cette rencontre qui connait la participation d’une délégation venue du Gabon, place l’intelligence artificielle (IA) et la gouvernance électronique au cœur de la modernisation des services publics africains.

Présent à la cérémonie, le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Lé, a notamment mis en avant « Aigles », l’Application informatique de gestion logique des effectifs et de la solde, comme une illustration de cette dynamique. Opérationnelle depuis le 1er janvier 2025 au sein de l’administration camerounaise, cette plateforme unifie la gestion des carrières et de la solde des agents publics, en remplacement des anciens systèmes «Sigipes» et «Antiloppe». Elle vise notamment à mieux maîtriser les effectifs et la masse salariale, à dématérialiser les procédures et à faciliter le suivi en ligne des dossiers de carrière et de pension.

Des technologies au service des usagers

Pour Beaugas Orain Djoyum, promoteur du salon et directeur général d’ICT Media Strategies, l’enjeu dépasse la multiplication des plateformes numériques. « La transformation numérique de l’État ne se mesure pas au nombre de plateformes créées. Elle se mesure au nombre de difficultés supprimées dans la vie des citoyens », a-t-il souligné dans son discours dans son allocution de circonstance. Il appelle ainsi à passer d’une administration organisée autour de ses procédures à des services davantage conçus en fonction des besoins des usagers.

L’un des principaux défis reste d’ailleurs l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité des systèmes informatiques publics à échanger des informations de manière sécurisée. L’objectif étant d’éviter aux citoyens de fournir plusieurs fois les mêmes documents ou de se déplacer entre différentes administrations pour accomplir une seule démarche. Les paiements électroniques, la dématérialisation des documents et l’automatisation de certaines opérations peuvent également réduire les délais, améliorer la traçabilité des recettes publiques et limiter les coûts administratifs.

Après l’ouverture des travaux, Minette Libom Li Likeng, ministre des Postes et Télécommunications, a toutefois appelé dans une interview accordée à la presse à la prudence face à l’adoption des nouvelles technologies. « L’un des premiers dangers avec ces innovations technologiques, c’est que nous avons tendance à acheter avant de comprendre », a-t-elle averti. Pour la membre du gouvernement, l’intelligence artificielle ne peut produire des résultats satisfaisants sans une digitalisation préalable et une simplification des procédures administratives. En somme, la transformation numérique exige donc une préparation rigoureuse, des compétences adaptées et un accompagnement des administrations.

Un enjeu de performance économique

Au-delà de l’amélioration du service public, E-Gov’A entend favoriser l’émergence d’un écosystème numérique africain capable de répondre aux besoins des administrations. Le programme prévoit des échanges entre membres du gouvernement, entreprises technologiques, startups et experts, ainsi que des démonstrations de solutions numériques et un hackathon destiné aux jeunes développeurs.

Pour les économies africaines, les gains attendus concernent la réduction des coûts de transaction, l’amélioration de la transparence et la simplification des démarches des entreprises. Une administration plus rapide et mieux connectée peut contribuer à améliorer le climat des affaires et la productivité. Encore faut-il garantir la sécurité des données, former les agents publics et assurer l’accès aux outils numériques.

À travers cette première édition qui s’achève le 17 octobre prochain, les organisateurs ambitionnent enfin de faire émerger des recommandations communes, notamment dans la perspective d’une Déclaration de Yaoundé sur l’e-gouvernance et l’intelligence artificielle en Afrique. L’enjeu sera de transformer les échanges en réformes mesurables, pour que l’innovation technologique se traduise effectivement par des services publics plus accessibles, plus transparents et plus performants.

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