Outre le déploiement sur ke terrain du Projet d’appui à la relance de la filière café (Parf Café), son Coordonnateur donne dans cette interview des explications sur l’embellie constatée dernièrement dans ce secteur au Cameroun, sans oublier les outils mis en place pour l’encadrement des producteurs.
Monsieur le Coordonnateur, il y a quelques années, la filière café a traversé une zone de turbulence. Qu’est-ce qui explique cette embellie observée actuellement dans cette culture de rente ?
Avant de répondre à votre question, permettez-moi d’abord de signifier mon admiration pour l’intérêt que vous portez à la filière café et plus précisément au projet d’appui à la relance de cette culture de rente du ministère de l’Agriculture et du Développement rural. D’entrée de jeu, je dirai qu’il y a deux éléments majeurs à prendre en compte. Premièrement, il y a l’institutionnalisation réelle de la relance de la filière et, deuxièmement, la professionnalisation des acteurs dans la production d’un café de qualité. D’après les chiffres que nous disposons, au cours de la campagne 2022-2023, le café commercialisé était de 10 953 tonnes, contre 11 637 tonnes pour la campagne 2024-2025. Si on regarde en termes de production, nous sommes à peu près à 18 000 tonnes produites pour la campagne 2024-2025. Au niveau des prix, en 2022-2023, le café robusta au port de Douala affichait une moyenne oscillant entre 900 et 2 100 Fcfa, et entre 2 000 et 2 750 Fcfa pour le café arabica.
S’agissant de l’apport du projet dans cette transformation de la filière que l’on observe, il faut dire que les premiers résultats palpables ont été enregistrés depuis janvier 2025, où le projet a réalisé une augmentation de plus de 1 180 tonnes, avec une hausse de 50 tonnes de l’arabica et 1 100 tonnes du robusta. Nous avons produit plus de 5 000 tonnes au niveau du projet, et c’est dans ces 5 000 tonnes qu’il y a 1 180 tonnes qui constituent l’augmentation de la production. Actuellement, nous visons un objectif de 2 500 tonnes pour la campagne 2025-2026.
Concrètement, comment le projet accompagne-t-il les producteurs sur le terrain ?
D’abord, on cible et on identifie un leader dans le village, qui a des capacités de transmission et le background nécessaire. Généralement, ce sont des personnes ayant au moins le Bac, du moins capables de transmettre. Celui-ci est formé par des experts à travers le « faire-faire » que nous appliquons dans nos formations. Cela dit, nous avons besoin de personnes capables de former sur des aspects précis liés au café, puisque nous connaissons déjà l’objectif : l’augmentation de la production, l’amélioration de la qualité ainsi que la réduction des coûts. Cette formation dure 15 jours, répartis en deux sessions : la première de 9 jours et la deuxième de 5 jours modulables. Après ces 15 jours, les formateurs descendent sur le terrain et regroupent les producteurs dans un champ présentant des difficultés, puis commencent à leur apprendre de nouvelles méthodes pour résoudre ces problèmes. Chaque « champ école » reçoit environ 30 producteurs au maximum. Les cours se font de manière pratique pendant dix mois. C’est une formation qui suit le producteur jusqu’à la fin du processus, précisément jusqu’à l’obtention du café.
Actuellement, nous avons à peu près 100 facilitateurs sur le terrain, coachés par environ 11 superviseurs. À ce jour, le Parf Café a déjà formé près de 9 000 producteurs. Pour le moment, nous avons une moyenne d’une demi tonne par hectare pour une production de 2 000 tonnes.
Quels sont les outils qui entrent dans l’encadrement des producteurs afin d’améliorer la qualité de la production ?
Cette question me permet de dévoiler la structuration du projet d’appui à la relance de la filière café. Créé en 2020, le Parf Café est structuré en quatre composantes. Une première composante est chargée du matériel végétal. Et dans ce domaine, comme le Parf Café fonctionne selon l’approche du « faire-faire », nous faisons appel à des pépiniéristes professionnels reconnus par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural afin qu’ils produisent. Ils expriment leurs desiderata et nous leur apportons des appuis en termes de sachets, de petits matériels et d’intrants.
À travers ces appuis, en amont, nous devons préparer le matériel végétal de base. Cela se passe dans ce qu’on appelle les parcs à bois pour les boutures et les champs semenciers pour les graines. Ce matériel végétal de base a subi des brûlures. Ce qui fait que, par moment, le Parf Café se rapproche du champ semencier de Foumbot, malgré le fait qu’il a été détruit à 90 % par les feux de brousse, qui ont ravagé près de 7 hectares. On a quand même la possibilité d’obtenir 100 kilos, soit environ 200 000 plants attendus.
Pour les autres sites, nous avons un parc à bois à Afia, à Abong-Bang, capable de produire près de 5 millions de boutures par an. Mais actuellement, ce n’est pas possible à cause des feux de brousse qui ont détruit près de la moitié du parc, et nous oscillons entre 1 200 et 1 500 boutures.
Nous les appuyons également pour l’entretien de ces espaces et nous envisageons de réhabiliter certains sites afin d’augmenter le cheptel. Bien plus, nous envisageons également de réhabiliter le champ semencier de Foumbot pour accroître sa capacité. Dans la même veine, nous avons aussi le champ semencier de Bouroukou, situé dans le Moungo, région du Littoral, déjà privatisé mais qui bénéficie du soutien du projet compte tenu de la demande.