Le projet de loi modifiant certaines dispositions de la Constitution adopté le 4 avril 2026 par l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en Congrès à Yaoundé à l’initiative du chef de l’Etat, Paul Biya, répond à la volonté d’amélioration des institutions pour le Gouvernement, tandis que l’opposition y voit une organisation de la succession sous le contrôle exclusif du pouvoir en place.
Le président de la République, Paul Biya, vient de ressusciter le poste de vice-président de la République, institué en 1961 sous la République fédérale puis supprimé en 1972 avec l’avènement de l’Etat unitaire. Le projet de loi modifiant certaines dispositions de la Constitution a été adopté le 4 avril 2026 à la majorité des voix par les députés et sénateurs réunis en Congrès, sous la présidence du très honorable Théodore Datouo.
Selon le texte, le vice-président est nommé par le chef de l’Etat, qui peut également mettre fin à ses fonctions. Ses attributions sont celles que lui confère le président dans le cadre d’une délégation expresse. La durée de ses fonctions ne peut excéder celle du mandat présidentiel.
Le dauphin constitutionnel du Président de la République en cas de vacance
Le vice-président devient le dauphin constitutionnel du chef de l’Etat. En cas de vacance, il achève le mandat après prestation de serment dans les mêmes conditions que le président de la République. Il nomme alors à son tour un vice-président pour l’assister. Si le vice-président est empêché ou si le poste n’est pas pourvu, une élection présidentielle est organisée, l’intérim étant assuré par le président du Sénat.
Le vice-président est soumis au même régime d’incompatibilités que le chef de l’Etat, justiciable de la Haute Cour de justice et astreint à la déclaration de ses biens. Le régime des immunités, privilèges et avantages sera fixé par une loi ultérieure.
Un projet de loi qui divise
Le texte suscite des réactions contrastées. Devant la commission spéciale, le gouvernement, représenté par le ministre d’Etat chargé de la Justice, Laurent Esso, souligne que la création du poste permettrait de renforcer l’efficacité de l’exécutif, d’assurer la continuité de l’Etat et d’éviter l’organisation d’un scrutin coûteux en cas de vacance. Il s’agirait aussi de maintenir un mécanisme de suppléance interne à l’exécutif. Pour Théodore Datouo, cette initiative traduit la volonté d’adapter les institutions aux exigences actuelles.
Les députés de l’opposition montent au créneau
L’opposition dénonce pour sa part un recul démocratique. Sur les réseaux sociaux, Cabral Libii, président du PCRN et député, regrette que le texte ne traite pas de la limitation des mandats, de la transparence du pouvoir ou de l’indépendance des institutions. Bénilde Djeumeni du SDF évoque « un assassinat de la démocratie ».
Lors d’une conférence de presse le 3 avril 2026, Joshua Osih a également contesté la procédure d’adoption, affirmant que les parlementaires ont disposé de moins de deux heures pour examiner le texte. Le président du SDF propose que le président et le vice-président soient élus conjointement sur un même ticket, reflétant la réalité historique entre l’ancien Cameroun occidental et oriental, ou que cet équilibre soit garanti dans la composition de l’exécutif.