Alain Symphorien Ndzana Biloa : « Mon ouvrage est une revue documentée des impôts, taxes et prélèvements obligatoires au Cameroun »

Tout en donnant aux lecteurs les clés de compréhension de son ouvrage intitulé « La fiscalité camerounaise au scalpel », l’expert en fiscalité relève également dans cet entretien 164 prélèvements obligatoires dont les recettes sont mobilisées par plusieurs administrations, tandis que le ratio impôts/PIB du Cameroun est de 14%, inférieur au taux de convergence de 17% fixé par les instances de la Cemac.

À travers votre nouvel ouvrage intitulé La fiscalité camerounaise au scalpel, que voulez-vous concrètement démontrer aux lecteurs ?

La problématique de l’impôt fait couler beaucoup d’encre et de salive au Cameroun depuis plusieurs années. Le problème est que, jusqu’ici, la plupart des conclusions reposent sur des analyses parcellaires ou sommaires, ne permettant ni de mesurer l’effort de contribution demandé aux Camerounais ni d’évaluer notre système fiscal dans son ensemble. Les réformes réalisées par le gouvernement, tout comme les récriminations des contribuables, notamment du patronat, souffrent de ce défaut congénital. C’est ce qui est à l’origine du dialogue de sourds entre le gouvernement et le patronat.

L’ouvrage La fiscalité camerounaise au scalpel est donc consacré au système fiscal camerounais dans son ensemble, au-delà des clivages et des chapelles (fiscalité interne, fiscalité de porte, fiscalité locale, fiscalité nationale, fiscalité sociale, parafiscalité). Il constitue une revue documentée des impôts, taxes et autres prélèvements obligatoires en vigueur au Cameroun, des administrations compétentes dans la mobilisation des recettes fiscales et des bénéficiaires desdites ressources, ainsi que des procédures mises en œuvre.

De l’avis de beaucoup d’observateurs, la fiscalité camerounaise serait inefficace. Sur quels indicateurs vous appuyez-vous pour apprécier sa performance ?

Tous les observateurs avertis, y compris les autorités gouvernantes, s’appuient aussi bien sur des indicateurs quantitatifs que qualitatifs. Sur le plan quantitatif, le ratio impôts/PIB permet de comparer la productivité de la fiscalité camerounaise avec celle d’autres pays, qu’ils soient pauvres ou riches, et de l’apprécier sur différentes périodes, fastes ou difficiles. C’est la donnée macroéconomique la plus à même de refléter sa capacité d’extraction fiscale, car elle permet d’évaluer la part des ressources que l’État et ses démembrements prélèvent sur la richesse créée afin de couvrir les dépenses publiques et de redistribuer les revenus.

Avec environ 164 prélèvements obligatoires dont les recettes sont mobilisées par plusieurs administrations, le ratio impôts/PIB du Cameroun est de 14 %. Ce niveau demeure inférieur au taux de convergence de 17 % fixé par les instances de la Cemac, à la moyenne africaine de 16%, à celui des pays à revenu intermédiaire (15,7 %) ainsi qu’à celui de certains pays africains de niveau de développement comparable, tels que le Kenya (16,8 %), le Togo (17,4%), le Rwanda (16,5 %), le Sénégal (19,8 %) ou encore le Mali (17,9 %).

Sur le plan qualitatif, je me suis appuyé sur la perception de la fiscalité camerounaise par les autorités publiques, les contribuables et, notamment, le patronat. Ma réflexion a également été nourrie par les appréciations plus techniques et parfois thématiques résultant des audits et évaluations réalisés par les partenaires techniques au développement, qui permettent d’apprécier la fiscalité camerounaise sous d’autres angles. Le moins que l’on puisse dire est que le système fiscal camerounais a encore du chemin à parcourir pour se conformer aux bonnes pratiques internationales en matière de gestion de l’impôt et se hisser au rang des fiscalités performantes.

Face à la suspicion des contribuables vis-à-vis de l’impôt, que suggérez-vous pour une fiscalité camerounaise efficace ?

Toute une partie de l’ouvrage est consacrée au regard critique de l’auteur, avec des propositions de réformes pour une fiscalité camerounaise plus efficace. Pour y parvenir, il faut renforcer à la fois l’efficacité budgétaire et l’efficacité économique du prélèvement fiscal. L’élargissement de l’assiette fiscale engagé par les autorités doit être associé à la poursuite de la modernisation de l’administration fiscale, au sens large du terme, à une meilleure articulation de la fiscalité avec les politiques sectorielles et à une rationalisation de l’ensemble des prélèvements obligatoires en vigueur au Cameroun.

Il est également nécessaire de mettre un accent particulier sur l’amélioration de la qualité de la relation entre l’administration fiscale et le contribuable, mais aussi sur la satisfaction quant à l’utilisation des fonds publics. Car, comme le rappelle l’adage, « les impôts ne sont que de l’argent prêté ; ils viennent du peuple, il faut qu’ils retournent au peuple ».

Comment peut-on se procurer l’ouvrage et à quel prix ?

L’ouvrage a été publié en versions papier et numérique. Il coûte 30 000 Fcfa pour la version papier et 18 500 Fcfa pour la version numérique. Il peut être obtenu directement auprès de l’auteur et sera prochainement disponible dans certaines librairies pour ce qui est du format papier. Les versions numérique et papier seront également accessibles en ligne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *