Pro Meet Up 2026 : La Cemac mise sur les corridors intégrateurs pour structurer ses chaînes de valeur

Réunis à Yaoundé le 1er juin dernier à l’occasion du lancement institutionnel de la 5ème édition de cet évènement, responsables publics, institutions communautaires et acteurs du secteur privé ont plaidé pour une nouvelle génération de corridors régionaux capables de soutenir l’industrialisation, la transformation locale des ressources et le développement des échanges intra-communautaires.

Les infrastructures de transport ne doivent plus être perçues comme de simples voies de transit. C’est le message porté le 1er juin 2026 à Yaoundé lors du lancement institutionnel régional et national de la 5èmeédition du Pro Meet Up (PML5), placée sous le thème : « Corridors intégrateurs, catalyseurs de développement des chaînes de valeur sous-régionales ».

Dans un contexte marqué par la faible intégration économique de l’Afrique centrale et la dépendance persistante aux exportations de matières premières brutes, les participants ont défendu une approche plus ambitieuse des corridors régionaux. L’objectif étant de transformer ces infrastructures en véritables leviers d’industrialisation, de création de valeur ajoutée et de compétitivité économique.

Pour Carole Mbessa Elongo, promotrice du Pro Meet Up, les corridors constituent désormais les artères du développement économique régional. « Sans des corridors performants, il ne peut y avoir de chaînes de valeur performantes. Sans chaînes de valeur performantes, il ne peut y avoir d’industrialisation durable », a-t-elle déclaré. Selon elle, l’ambition consiste à accompagner concrètement la vision d’intégration économique portée depuis plusieurs années par les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).

Cette démarche se matérialise notamment par l’identification d’un corridor pilote reliant Douala, N’Djamena, Bangui et Port-Gentil. Le projet qui relie quatre pays de l’Afrique centrale (Cameroun, Tchad, RCA et Gabon) vise à mettre en réseau des économies aux avantages comparatifs complémentaires, afin de favoriser l’émergence de chaînes de valeur régionales dans plusieurs secteurs productifs.

Le vice-président de la Commission de la Cemac, Charles Assamba Ongodo, voit pour sa part dans cette initiative une évolution majeure des politiques communautaires. « Le principal mérite de la réflexion portée aujourd’hui est de proposer une nouvelle lecture stratégique du corridor régional », a-t-il indiqué. Pour le responsable communautaire, un corridor moderne doit désormais « connecter des bassins de production, structurer les filières industrielles, faciliter la transformation locale et créer des écosystèmes économiques transfrontaliers ».

Un enjeu d’autant plus important que l’Afrique centrale dispose d’importantes ressources agricoles, minières, forestières et énergétiques dont la valorisation demeure limitée par les insuffisances logistiques et infrastructurelles. « Nos matières premières continuent, pour une large part, d’être exportées à l’état brut », a regretté Charles Assamba Ongodo, estimant que cette situation freine la création d’emplois industriels et la diversification des économies de la sous-région.

Le gouvernement camerounais partage d’ailleurs cette vision communautaire. Représentant le Premier ministre à cette rencontre, le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, a rappelé que les corridors de transport sont devenus des « leviers stratégiques de compétitivité, d’industrialisation, de fluidification des échanges et de création de richesses ». Le membre du gouvernement a ainsi mis en avant les investissements engagés dans les infrastructures portuaires, routières, ferroviaires et logistiques, notamment autour des corridors Douala-N’Djamena, Douala-Bangui, Kribi-N’Djamena et Kribi-Bangui. Il a également insisté sur la nécessité de poursuivre les efforts visant à réduire les coûts de transit, accélérer la digitalisation des procédures logistiques et renforcer l’interconnexion des infrastructures régionales.

Au-delà des échanges, les travaux ont débouché sur la mise en place officielle d’un Comité d’experts chargé d’accompagner la réflexion sur les corridors intégrateurs et les chaînes de valeur sous-régionales. Cette structure devra alimenter les travaux préparatoires du Pro Meet Up 2027 prévu du 14 au 16 septembre prochain.

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