Le rapport publié en fin mai dernier évalue les performances industrielles de 54 pays africains à travers plusieurs dimensions liées à la capacité de production, la compétitivité, l’intégration dans les chaînes de valeur, aux infrastructures, au financement et à l’environnement des affaires.
Le récent Indice de l’industrialisation en Afrique publié en fin mai dernier par la Banque africaine de développement (BAD) consacre un nouveau leader continental. Pour la première fois depuis la création de cet outil de mesure, le Maroc un score de 0,8415, prend la tête du classement devant l’Afrique du Sud. Une performance qui illustre les profondes mutations en cours dans le paysage industriel africain, où les écarts entre régions demeurent toutefois importants.
Le royaume chérifien récolte les fruits d’une stratégie industrielle menée depuis plus d’une décennie autour de secteurs tels que l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables et l’agro-industrie. L’Afrique du Nord confirme ainsi son statut de principal pôle industriel du continent avec quatre représentants dans le Top 10 : le Maroc, l’Égypte, la Tunisie et l’Algérie.
À l’inverse, l’Afrique centrale peine à suivre le rythme. Aucun pays de la sous-région ne figure dans les dix premières places du classement. Le Cameroun apparaît comme la première économie avec une 21e position continentale. Derrière lui se trouvent le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République centrafricaine. En effet, malgré leurs importantes ressources naturelles, les pays de la Cemac restent fortement dépendants des exportations de produits bruts, notamment le pétrole, le gaz, le bois et les minerais.
Cette situation traduit les difficultés persistantes de la sous-région à développer des chaînes de transformation locales compétitives. Les insuffisances énergétiques, le déficit d’infrastructures logistiques, l’accès limité aux financements industriels et la faiblesse de l’intégration régionale continuent de freiner l’émergence d’un tissu manufacturier robuste.
Il faut rappeler que l’indice 2025 de la BAD évalue les performances industrielles de 54 pays africains à travers plusieurs dimensions liées à la capacité de production, à la compétitivité, à l’intégration dans les chaînes de valeur, aux infrastructures, au financement et à l’environnement des affaires. L’objectif est de mesurer non seulement le poids de l’industrie manufacturière dans l’économie, mais aussi la capacité des pays à transformer localement leurs ressources et à créer davantage de valeur ajoutée.
Un levier de transformation économique du continent
Pour la BAD, l’industrialisation demeure pourtant l’un des principaux leviers de transformation économique du continent. Elle permet d’accroître la productivité, de diversifier les sources de revenus, de réduire la dépendance aux matières premières et de créer des emplois qualifiés. Les pays les mieux classés sont généralement ceux qui enregistrent une plus forte résilience face aux chocs extérieurs et une meilleure capacité à capter les investissements.
Au-delà du classement, l’institution financière révèle que la richesse durable ne repose pas uniquement sur l’abondance des ressources naturelles, mais sur la capacité à les transformer localement. Dans un contexte marqué par les tensions commerciales mondiales et la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine, l’industrialisation apparaît plus que jamais comme une condition essentielle de la souveraineté économique des États africains.