La création d’un écosystème de confiance, la réduction des créances douteuses, la simplification des procédures, l’allègement fiscal et la formalisation des entrepreneurs en sont quelques-unes, énumérées lors de la première édition de la Journée Promote de la finance et du développement organisée le 18 juin dernier par Le Financier d’Afrique sous la présidence du Gouverneur de la Beac, Yvon Sana Bangui.
Pour sa toute première édition, la Journée Promote de la finance et du développement a réuni, le 18 juin 2026, dans le cadre du 10e Salon Promote, des banques, des microfinances, des sociétés de bourse et de gestion d’actifs (OPC), ainsi que des acteurs de la finance islamique, des universitaires et le ministère des Finances (Minfi). Les travaux, présidés par le Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), ont porté sur le thème : « Comment densifier l’intermédiation et l’inclusion financière en zone Cemac ? » Une thématique qui, selon Boniface Tchuenkam, directeur de publication du journal Le Financier d’Afrique, organisateur de l’évènement, dépasse le cadre d’un simple débat pour adresser une problématique stratégique pour l’avenir de la sous-région Cemac. « La qualité d’un système financier se mesure moins à l’abondance de ses ressources qu’à sa capacité d’orienter efficacement l’épargne vers l’investissement productif et à accompagner les entrepreneurs, entre autres », lance-t-il. Pour Eric Pokem, haut cadre à la Direction générale du Trésor, de la coopération financière et monétaire (Dgtcfm) du ministère des Finances (Minfi), représentant le ministre empêché, ce thème interpelle la capacité de notre système financier à accompagner notre économie.
En effet, si l’accès aux services financiers connaît une expansion remarquable, l’intermédiation financière, entendue comme la capacité du système financier à soutenir l’investissement productif, demeure encore insuffisamment développée. Ce, malgré la montée en puissance du paiement électronique, notamment du mobile money, porté par un taux de pénétration de la téléphonie mobile estimé à 80%. Les données de la banque centrale, citées par la Dgtcfm du Minfi, notent que le Cameroun comptait près de 24,9 millions de comptes électroniques en 2023 contre seulement 2,2 millions de comptes bancaires classiques, tandis que l’inclusion financière a désormais franchi le seuil de 50% grâce au mobile money. Entre-temps, l’accès à l’épargne formelle reste limité.
Les recommandations pour booster l’intermédiation et l’inclusion financière
Pour renforcer la confiance et densifier l’intermédiation financière, les participants recommandent un certain nombre de pistes, parmi lesquelles le développement de produits et services innovants par les banquiers et autres pourvoyeurs de services financiers agréés. Aux entrepreneurs, il est demandé de formaliser leurs activités et de tenir une comptabilité rigoureuse. Dans la même veine, les pouvoirs publics devraient non seulement simplifier les procédures, mais aussi alléger la fiscalité qui pousse bon nombre d’entreprises à demeurer dans l’informel. Certains participants, à l’instar de l’organisateur, plaident pour la création d’un guichet d’opérations intersectoriel pour une meilleure intégration financière en zone Cemac.
Les nouveaux mécanismes de lutte contre les créances douteuses en Cemac
Toutefois, le développement de l’intermédiation et de l’inclusion financière requiert une lutte contre les créances douteuses, dont le taux dans la sous-région est estimé à 16%, soit 2 500 milliards de Fcfa selon la Beac. Pour éradiquer ce phénomène qui met à mal l’ensemble du système financier, le Comité interministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac) a instauré, fin décembre 2025, la mise en index des clients défaillants. La mesure est entrée en vigueur en janvier 2026. Elle stipule que tout emprunteur qui ne rembourse pas son crédit se voit interdire toute opération de débit sur l’ensemble de ses comptes bancaires dans tous les établissements de crédit de la Cemac jusqu’à la régularisation de sa situation. Seules les opérations de remboursement sont autorisées. Elle est assortie de sanctions pénales allant du paiement d’une amende pouvant atteindre 5 millions de Fcfa à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans. Pour l’emprunteur vertueux, il s’agit d’une opération supplémentaire qui vient assainir le marché du crédit et éviter que les mauvais payeurs ne pénalisent et n’exposent l’ensemble du système bancaire et financier.
Par ailleurs, la Beac a créé, avec la SFI, un Bureau d’information sur le crédit (BIC) pour réduire l’asymétrie d’information entre prêteurs et emprunteurs, tout en procédant, depuis janvier 2026, à l’entrée en production de la Centrale des risques bancaires dans l’ensemble des pays de la Cemac. Depuis lors, toutes les banques déclarent tous les engagements significatifs dès les incidents de paiement. Des résultats concrets sont attendus pour mettre un terme au phénomène des emprunteurs surendettés et réduire de manière significative le taux des créances douteuses dans les banques afin de les rendre plus saines et de leur permettre de prêter davantage aux PME et aux particuliers. « Cette centrale n’est pas seulement un guichet des mauvais payeurs, c’est aussi, pour la banque, un outil de protection et d’accompagnement de l’économie réelle », a déclaré le Gouverneur de la Beac, qui mise sur ces trois dispositifs pour créer un écosystème de confiance. Dans cet élan, le Gimac joue aussi un rôle important dans l’interopérabilité des systèmes de paiement, réduisant les coûts des transactions et accélérant, de ce fait, l’inclusion financière.