Projet de réhabilitation de la Sonara: Les recommandations des financiers, traders pétroliers et industriels au Gouvernement

Lors du Market Sounding des 29 et 30 juin 2026, ils ont formulé des pistes devant permettre un meilleur montage du projet ainsi que sa rentabilité avant le lancement de l’appel à manifestation d’intérêt pour la sélection d’une entreprise privée devant réaliser les travaux.

Confronter le projet de réhabilitation et de modernisation de la Société nationale de raffinage (Sonara) à l’appréciation du marché afin d’en évaluer la pertinence et de mesurer son attractivité auprès des constructeurs, investisseurs, établissements financiers, etc. Tel a été l’objectif de la consultation du marché (Market Sounding) de deux jours présidée par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, en présence des membres du Gouvernement, les 29 et 30 juin 2026 à Yaoundé. Elle a réuni 167 participants représentant l’ensemble de la chaîne de valeur du projet, notamment 27 opérateurs OPC, 23 industriels opérationnels, 21 conseils financiers et arrangeurs, 8 traders pétroliers, 7 institutions bancaires, 26 institutionnels, 3 conseils juridiques et 44 autres acteurs. La qualité des échanges, la diversité des profils et le niveau d’expertise des parties prenantes témoignent de l’intérêt suscité par l’initiative, selon le coordonnateur de la plateforme interministérielle dédiée au projet.

Outre la présentation du projet, il a aussi été question d’identifier les principaux points de vigilance et de recueillir des recommandations susceptibles d’en renforcer la rentabilité, préalablement au lancement de l’appel à manifestation d’intérêt pour le recrutement d’une entreprise devant réaliser le projet en mode partenariat public-privé (PPP). Au terme des échanges, il est ressorti un certain nombre de recommandations pour la suite du projet. Les participants ont reconnu le caractère stratégique de la Sonara dans la sécurité énergétique du Cameroun et pour l’approvisionnement de la sous-région. Selon eux, le projet repose sur une demande locale croissante et un soutien clairement affiché de l’État. Il a été précisé que les réserves portant sur 80 % du marché concernent la demande nationale actuelle, estimée à 2,1 millions de tonnes métriques par an, et non la capacité totale, évaluée en son temps à 3,5 millions de tonnes métriques par an.

Les leviers d’attractivité de la nouvelle raffinerie

D’autre part, la forte implication des pouvoirs publics à travers la signature d’un contrat entre l’État et la Sonara a été saluée. Aussi, la capacité du Cameroun à mobiliser des ressources financières à l’international est citée comme un levier de confiance pour les investisseurs. Cette confiance, selon les traders pétroliers, devra s’accompagner d’une intensification de la communication relative à la montée en puissance de la raffinerie et à ses hypothèses de marge. Cela est susceptible d’accroître l’attractivité du projet après plusieurs années d’interruption des activités de raffinage. Ces derniers ont également relevé que la capacité de raffinage projetée à 3,5 millions de tonnes métriques par an ne permettrait pas d’assurer la rentabilité du projet. Les standards internationaux suggèrent une capacité de 5 millions de tonnes métriques par an. Le deuxième enseignement de ce Market Sounding a trait à la capacité intrinsèque du projet à mobiliser des financements, sous réserve de quelques ajustements destinés à renforcer sa rentabilité.

Les garanties financières

Sur le plan financier, les échanges ont mis en évidence un consensus autour de la nécessité d’ajuster la méthode de structuration. Les établissements financiers ont estimé que la détermination des conditions financières devrait intervenir après celle de la structure des financements, conformément aux pratiques internationales en matière de financement de projets. Deux points ont été relevés. Le premier est l’absence de période de grâce pendant la phase de construction, ainsi que des intérêts décadaires sur 36 mois susceptibles d’atteindre un montant considérable. Le second porte sur le calendrier annoncé pour le bouclage financier. Le délai de six mois suggéré après la signature du contrat État-Sonara a été jugé insuffisant. Les participants proposent de le porter entre 12 et 18 mois.

Le troisième enseignement concerne le renforcement du dispositif de garanties. Les acteurs ont salué l’architecture générale du projet et l’efficacité de sa sécurisation financière, basée sur la mobilisation de la ligne 30 destinée à alimenter un compte de réserve ainsi que sur la mise en place d’un compte commercial. Néanmoins, ils recommandent de renforcer l’ancrage juridique de la ligne 30 destinée au projet de réhabilitation et de modernisation de la Sonara, ainsi que la mise en place d’une banque de garanties réglementaire. À cela s’ajoutent la nécessité de traiter le risque de change et de constituer, avant le bouclage financier, un fonds de réserve dédié à la maintenance. Les opérateurs d’OPC ont estimé que les équipements sinistrés devraient être remplacés plutôt que réutilisés. Seule une expertise indépendante permettra d’apprécier les installations en distinguant les unités sinistrées de celles non sinistrées, ainsi que celles en cours de construction.

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