Malgré un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, le durcissement des conditions financières et les incertitudes commerciales, la région devrait maintenir une croissance de 4,1% en 2026, un niveau identique à celui de 2025
La dernière édition des Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale publiée en juin dernier, apporte une note d’espoir mesurée pour l’Afrique subsaharienne. En effet, malgré un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, le durcissement des conditions financières et les incertitudes commerciales, la région devrait maintenir une croissance de 4,1% en 2026, un niveau identique à celui de 2025. Même si ce rythme demeure supérieur à la moyenne mondiale, il reste insuffisant pour répondre aux immenses défis de développement auxquels le continent est confronté.
À première vue, une croissance supérieure à 4% pourrait sembler satisfaisante. Pourtant, elle masque une réalité plus nuancée. Dans une région où la population augmente de près de 3% par an, cette progression ne génère qu’un faible gain de revenu par habitant. Autrement dit, la richesse créée peine encore à améliorer significativement les conditions de vie des populations. Plus préoccupant encore, la Banque mondiale a révisé sa prévision de croissance de 0,3 point par rapport à ses estimations précédentes, signe que les vents contraires restent puissants.
Les raisons de cette prudence sont connues. On peut citer entre autres, l’envolée des prix du pétrole, des engrais et des produits alimentaires, alimentée par les tensions au Moyen-Orient, renchérit les coûts de production et entretient les pressions inflationnistes. À cela s’ajoutent le poids toujours élevé de la dette publique, la faiblesse des investissements privés, les déficits d’infrastructures et une création d’emplois insuffisante pour absorber une jeunesse de plus en plus nombreuse.
L’Afrique subsaharienne conserve pourtant de solides atouts. Plusieurs économies poursuivent des réformes budgétaires, améliorent leur gouvernance et investissent davantage dans les infrastructures, l’énergie et le numérique. L’entrée en vigueur progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) offre également des perspectives prometteuses pour stimuler les échanges intra-africains et renforcer les chaînes de valeur régionales. Mais ces opportunités ne porteront pleinement leurs fruits que si elles s’accompagnent d’une accélération de la transformation industrielle et d’un meilleur climat des affaires.
Pour les pays d’Afrique centrale, notamment ceux de la Cémac, l’enjeu est désormais de convertir les revenus tirés des matières premières en investissements productifs. Les infrastructures, l’agriculture, les industries de transformation, le capital humain et le numérique doivent devenir les principaux moteurs d’une croissance moins dépendante des hydrocarbures et plus créatrice d’emplois.
Le constat est d’autant plus important que le contexte mondial demeure peu favorable. La Banque mondiale prévoit un ralentissement de la croissance mondiale à 2,5 % en 2026, contre 2,9 % en 2025, soit son niveau le plus faible depuis la pandémie de Covid-19. Les économies en développement devraient également enregistrer leur plus faible rythme de croissance depuis plusieurs années, tandis que l’inflation, les tensions géopolitiques et l’endettement continuent de peser sur l’activité économique.