La question sera au centre du Forum sur le développement du commerce en Afrique prévu les 23 et 24 novembre à Addis-Abeba.
Le commerce africain souffre d’un paradoxe. Jamais le continent n’a affiché autant d’ambitions en matière d’intégration économique, avec la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) comme fer de lance. Et pourtant, les échanges intra-africains peinent toujours à décoller. Si le débat mondial s’est récemment focalisé sur la hausse des droits de douane et le retour du protectionnisme, l’Afrique fait face à un défi bien plus insidieux : celui des barrières non tarifaires.
C’est tout l’enjeu du Forum sur le développement du commerce en Afrique (Atdf 2026), prévu les 23 et 24 novembre à Addis-Abeba. En réunissant gouvernements, industriels, investisseurs et partenaires techniques, cette rencontre entend déplacer le débat vers les véritables freins qui pénalisent la compétitivité des entreprises africaines. Car le problème n’est plus seulement d’accéder aux marchés ; encore faut-il être capable d’y vendre des produits conformes aux exigences internationales.
Aujourd’hui, les obstacles au commerce africain sont multiples. Procédures administratives complexes, certifications coûteuses, contrôles phytosanitaires disparates, faibles capacités des laboratoires d’essais, lenteurs douanières, infrastructures logistiques insuffisantes, coûts élevés du transport, accès limité au financement du commerce… autant de contraintes qui alourdissent le coût des exportations africaines. Selon les estimations citées par les organisateurs du forum, ces barrières non tarifaires renchérissent les échanges régionaux de 15 à 30%, bien plus que certains droits de douane. Dans ces conditions, produire en Afrique ne suffit plus. Il faut également prouver, documents à l’appui, que les produits répondent aux normes des marchés de destination.
Le constat est d’autant plus préoccupant que l’Afrique exporte encore majoritairement des matières premières peu transformées. La faible industrialisation limite sa capacité à créer de la valeur ajoutée, tandis que les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu économique, disposent rarement des moyens techniques et financiers nécessaires pour satisfaire aux exigences de certification imposées par les grands marchés internationaux.
Pourtant, les solutions existent. La première consiste à harmoniser les normes techniques entre les pays africains afin d’éviter que chaque frontière ne devienne un nouveau centre de contrôle. La deuxième est d’investir massivement dans les infrastructures de qualité : laboratoires accrédités, organismes de certification, systèmes de traçabilité, plateformes numériques de dédouanement et guichets uniques. Il devient également indispensable de faciliter l’accès des entreprises au financement du commerce et aux assurances à l’exportation, tout en accélérant la modernisation des corridors routiers, ferroviaires et portuaires.
Mais au-delà des investissements, c’est une véritable gouvernance du commerce qu’il faut bâtir. La réussite de la Zlecaf dépendra moins de la suppression des tarifs douaniers que de la capacité des États à simplifier les procédures, à renforcer la confiance entre administrations et à faire converger leurs réglementations. Sans cette convergence, le marché unique africain risque de demeurer une ambition politique davantage qu’une réalité économique.