Afin de préparer cette opération annoncée pour le mois prochain, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a présidé une séance de travail le 2 août 2026.
Le gouvernement gabonais s’apprête à passer au crible les multiples mécanismes d’exonérations et de dérogations fiscales et douanières, accordés aux entreprises et aux investisseurs. La séance de travail présidée le 2 août dernier par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a en effet permis de faire le point sur les dispositifs existants et de préparer l’audit annoncé pour septembre 2026. L’opération devra notamment apprécier leur efficacité, leur conformité aux textes et leur impact sur les finances publiques.
L’enjeu de l’audit sera donc moins de supprimer indistinctement les avantages que de mesurer leur rendement économique et social. Les autorités devront déterminer si les recettes abandonnées sont compensées par les investissements, les emplois, la production locale, les exportations et les retombées fiscales futures générés par les bénéficiaires. À défaut, certaines exonérations pourraient apparaître comme des niches coûteuses, susceptibles de réduire l’espace budgétaire de l’État et de créer des distorsions entre opérateurs.
La future revue devrait ainsi contribuer à mieux cibler les exonérations, renforcer leur traçabilité et conditionner davantage les avantages fiscaux et douaniers à des résultats économiques vérifiables.
Les différentes étapes de l’audit
Les travaux préparatoires de l’audit, conduits par la Direction générale des impôts (DGI) et la Direction générale des douanes et des droits indirects (Dgddi), porteront d’abord sur le cadre juridique. Il s’agira de recenser les textes accordant des avantages, de vérifier leur cohérence avec les réglementations sectorielles et d’identifier les éventuelles contradictions. Un contrôle sur le terrain devra ensuite permettre de vérifier si les bénéficiaires ont effectivement respecté leurs engagements en matière d’investissement et de réalisation des projets.
En matière douanière, la Dgddi recense notamment des franchises et des régimes suspensifs, ainsi que des incitations destinées à certains secteurs. Le pétrole bénéficie, en phase de recherche, de l’exonération des matériels et produits nécessaires à la prospection et, en phase d’exploitation, d’un taux global réduit de 5% sur certains équipements et produits directement nécessaires à la production des hydrocarbures. Le secteur minier bénéficie également d’exonérations sur les équipements et matériels nécessaires à la recherche géologique et minière, selon le Code minier.
L’agriculture figure aussi parmi les secteurs privilégiés. Les matériels, machines, équipements, engrais, aliments destinés à l’élevage ainsi que certains produits phytosanitaires et zoosanitaires sont exonérés de droits et taxes à l’importation, sous conditions. Les Zones d’investissement spéciales (ZIS), notamment la Zone économique spéciale de Nkok, bénéficient quant à elles d’un régime particulièrement incitatif portant notamment sur les droits de douane, la TVA et l’impôt sur les sociétés.
Sur le plan fiscal, les exonérations concernent également plusieurs activités et produits. Le texte prévoit par ailleurs l’exonération de TVA pour les véhicules fonctionnant exclusivement à l’électricité, afin d’encourager une mobilité moins carbonée.
Entre attractivité et manque à gagner
L’audit intervient dans un contexte où le gouvernement gabonais cherche à accroître la mobilisation des recettes intérieures. Les exonérations constituent en effet une dépense fiscale. De ce fait, elles peuvent soutenir l’investissement, la compétitivité, l’industrialisation, l’agriculture ou encore la protection du pouvoir d’achat, mais elles privent simultanément l’État de recettes immédiates.
Une étude consacrée au Gabon estime ainsi les dépenses fiscales à environ 352 milliards de Fcfa en 2023, soit 2,8% du PIB et 19% des recettes fiscales. Elle souligne notamment le poids des avantages accordés à certains secteurs et des exonérations liées à la lutte contre la vie chère.