Alors que la cession transparente de la plantation d’Eséka par la Socapalm à Opalm est saluée comme un modèle de dialogue social et de relance économique, le Groupe Castel s’embourbe dans la vente des 88% des parts de la Sosucam. Entre opacité financière, mépris de la réglementation internationale et colère syndicale, la passation de pouvoir au profit de l’homme d’affaires Nkontchou vire à la crise sociale.
G.D et VT
Deux cessions, deux méthodes. D’un côté, le succès exemplaire du transfert d’actifs entre la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) et Opalm en février dernier, garantissant l’emploi et la paix sociale. De l’autre, la débâcle managériale de la Sosucam par le Groupe Castel, qui tente aujourd’hui de céder en catimini une entreprise au bord de la faillite.
Convoqué urgemment pour assister à la réunion du Comité stratégique créé par Arrêté du Premier Ministre, Chef du gouvernement, le 11 août 2026, le représentant des travailleurs Alouna Mvehe est resté sur sa faim concernant les attentes des masses laborieuses. Loin de refléter le modèle implémenté par la Socapalm pour stabiliser la production et optimiser la main d’œuvre tout en maintenant les acquis sociaux, la Sosucam S.A garde une stratégie dangereuse qui devrait faire exploser le climat social dans les prochains jours.
Le 18 février 2026, la cession de la plantation Socapalm-Eséka à Opalm a été actée sous la conduite de l’Etat. Le lancement de l’opérationnalisation du cahier de charges Etat du Cameroun/Opalm, s’est fait le 9 avril 2026. Au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée en toute clairvoyance, devant des travailleurs rassurés de ce que la cession par la Socapalm de la plantation d’Eséka à Opalm, ne signe pas la fin de leurs emplois, un climat de sérénité a pu être gardé jusqu’à aujourd’hui.
Avant cette cession, la Socapalm a initié moult rencontres d’informations et de sensibilisations avec les travailleurs. Cette agro-industrie n’a ni voulu tendre un traquenard aux employés, ni jouer les voleurs qui fuient sur la pointe des pieds.
Lors des réunions et dans les médias, le top management ressassait les raisons qui l’ont convaincue de céder Eséka à Opalm. Le véritable argument en faveur de ce changement réside dans le déploiement industriel massif de Opalm. L’entreprise ne se contente pas de reprendre les rênes ; elle change radicalement de paradigme productif. Pour les producteurs de seconde transformation, cette puissance de feu industrielle est une excellente nouvelle : elle promet une disponibilité accrue de la matière première et une réduction de la dépendance aux importations qui est d’environ 120.000tonnes/an.
Selon les chiffres de la Socapalm, sur son site de production à Eséka, la société produisait annuellement 7 000 tonnes. Le nouvel acquéreur, à savoir Opalm, promet de faire grimper cette production à 25 000 tonnes. Le top management d’Opalm avec à sa tête son président Tarek Daoud avait rassuré l’Etat, la Socapalm, les associations syndicales et les travailleurs quant à sa capacité à contribuer au développement de la filière palmier à huile, à l’amélioration de l’approvisionnement industriel, à la valorisation de la production locale et à la création de retombées économiques durables au bénéfice des territoires, des producteurs et de l’économie nationale. Le programme d’investissement de Opalm, évalué à 45 milliards de Fcfa, prévoit la réalisation de cinq unités industrielles de transformation des noix de palme en huile brute au Cameroun. À pleine capacité, ce programme vise une production annuelle de 108.000 tonnes, avec pour ambition de contribuer à la réduction du déficit structurel en huile de palme.
Socapalm et l’Etat avaient été stricts et le repreneur Opalm a tout validé
Côté emplois, Socapalm et l’Etat avaient été stricts et le repreneur Opalm a tout validé : l’opération s’accompagne de la préservation intégrale des postes de travail, ainsi que du maintien de l’ensemble des droits acquis par les collaborateurs : ancienneté, catégorie professionnelle, fonctions et responsabilités. À cela s’est ajouté le versement d’une prime de transition, ainsi que des perspectives de développement professionnel renforcées, le repreneur ayant annoncé un programme d’investissements significatifs destiné à moderniser et développer l’activité. Durant tout le processus, Socapalm, Opalm, l’Etat du Cameroun ont travaillé avec les contractuels, les planteurs villageois (PV), les PPE ainsi que les communautés riveraines. Résultat des courses, cession pleinement maîtrisée et réussie.
Socapalm a cédé la plantation d’Eséka à Opalm, dans le souci de booster la production nationale d’huile de palme. Ce n’était pas pour une quelconque crise. A contrario, le Groupe Castel est en train de céder ses 88% des parts de la Sosucam au milliardaire Camerounais Nkontchou, parce que sous son règne, la Sosucam a touché le fonds. Chiffres à l’appui : lorsque le Groupe Castel prend le monopole de la Somdiaa en 2022, Alexandre Vilgrain est directement remplacé par Olivier Parent. Alexandre Vilgrain ayant dirigé la société de 1995 jusqu’en 2022 cumulait 27 ans d’expérience. Malheureusement, son remplaçant moins expérimenté, va appliquer de mauvaises réformes, renvoyer des employés pour les remplacer par des machines. Lors de la campagne sucrière 2023, les travailleurs entrent en grève pour réclamer de meilleurs traitements. La société va annoncer avoir subi des pertes à hauteur de 15 milliards de Fcfa. En 2024, les mêmes causes produiront les mêmes effets, la société annoncera en fin de campagne sucrière avoir perdu 22 milliards de Fcfa. En 2025, ce sera 5 milliards de Fcfa et 970 hectares de plantations de cannes brûlées. Les conclusions sur la gestion du Groupe Castel coulent de source.
Le Groupe Castel a négocié sous cape le rachat de cette Sosucam désormais en faillite. Le nom de l’homme d’affaires Camerounais Nkontchou est cité comme le repreneur, celui-là qui doit relever cette entreprise jadis florissante, qui est morte parce qu’on pensait que les machines pouvaient être plus performantes dans les champs, que les Hommes. Si dans la cession de la plantation d’Eséka, tout était su, sans opacité aucune, ici, le géant Castel donne l’impression de fuir une situation qu’il a créé. Tout est fait en sourdine.
Les travailleurs craignent de se retrouver ballotés
Selon la Convention 158 de l’Organisation Internationale du Travail, lorsque la cessation de la relation de travail est du fait de l’employeur, une série d’obligations doit être mise en œuvre. Les travailleurs craignent de se retrouver ballotés entre deux feux concernant l’apurement de leurs droits et l’entrée en relation de travail avec les nouveaux actionnaires. Suite aux dénonciations des syndicats des travailleurs, le Premier Ministre Joseph Dion Ngute a mis sur pied un comité stratégique. Qui, en violation à la Convention 158 de l’OIT, n’a pas intégré lesdits syndicats. Par la suite, les nombreuses correspondances de ces organisations syndicales au gouvernement ont visiblement obtenu un écho favorable, puisque ce mardi 11 août 2026, elles ont été associées à la rencontre à huis clos au Premier Ministère. Même si les représentants des travailleurs restent dubitatifs.
Les attitudes du Groupe Castel ne sont pas pour rassurer les travailleurs. Est-ce que le Groupe a signé des clauses avec le repreneur, pour le maintien des emplois, la protection des droits inhérents à une cession ? Certains observateurs pensent d’ailleurs que Castel qui est néophyte dans l’activité sucrière, avait juste racheté la Sosucam pour ravitailler ses Brasseries. L’expertise zéro dans la production du sucre a conduit Sosucam à la faillite. Est-ce que tout est pour autant perdu ? Les prochains jours nous le diront.