Malgré son renouvellement il y a quelques par le Sénat américain, le Cameroun est toujours privé de cet accès préférentiel au marché américain suite, à son exclusion depuis le 1er janvier 2020 pour des raisons de gouvernance.
Le Sénat américain a donné, le 8 août dernier, un nouveau sursis à l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), en votant à une large majorité la prolongation du dispositif jusqu’au 31 décembre 2028. L’adoption survenue trois jours plus tard, est intervenue après une période d’incertitude qui avait suivi l’expiration du programme en septembre 2025. Toutefois, le texte doit encore franchir les dernières étapes de la procédure législative américaine. Si pour les 32 pays africains qui en bénéficient actuellement, cette prolongation offre surtout de la visibilité aux exportateurs et aux investisseurs, pour le Cameroun, elle rappelle surtout un rendez-vous économique manqué.
En effet, depuis le 1er janvier 2020, le Cameroun est privé de cet accès préférentiel au marché américain. Une exclusion qui n’est pas liée à ses performances commerciales, mais à des considérations de gouvernance. En mettant fin à son éligibilité en octobre 2019, l’administration Trump avait invoqué des « violations graves et persistantes » des droits humains imputées aux forces de sécurité camerounaises, notamment des exécutions extrajudiciaires, des détentions arbitraires et des actes de torture. La décision intervenait dans le contexte de la crise anglophone et des violences dans la région de l’Extrême-Nord.
Six années plus tard, il est difficile de mesurer exactement ce que le Cameroun aurait gagné en restant dans ce dispositif créé en 2000 sous l’administration de Bill Clinton. Mais le manque à gagner potentiel est loin d’être négligeable. L’Agoa ouvre en effet aux pays éligibles un accès en franchise de droits à plus de 1 800 produits, en complément de ceux couverts par le système généralisé de préférences. Pour une économie camerounaise qui cherche à diversifier ses exportations, cet avantage aurait pu soutenir davantage le cacao transformé, le bois, le textile-habillement, le coton, les produits agroalimentaires ou encore certaines productions manufacturières. En 2019, dernière année avant l’exclusion, les États-Unis absorbaient déjà 5,9% des exportations camerounaises et le pays y vendait notamment du pétrole, de la pâte de cacao et du bois scié.
Au-delà des recettes immédiatement perdues, c’est surtout l’opportunité de conquérir durablement le marché américain qui a été compromise. Car l’exonération douanière réduit le coût d’entrée, améliore la compétitivité et peut encourager les investissements destinés à produire pour l’exportation. Autrement dit, l’Agoa ne représente pas seulement un avantage tarifaire : elle peut devenir un levier d’industrialisation et de diversification. Encore faut-il disposer d’une offre compétitive, de normes adaptées et d’une stratégie d’exportation.
Le Cameroun n’est d’ailleurs pas le seul à être tenu à l’écart. Pour 2026, la liste des pays non éligibles comprend notamment le Burkina Faso, le Burundi, la Centrafrique, l’Érythrée, l’Éthiopie, la Guinée, le Mali, le Niger, l’Ouganda, le Soudan du Sud, le Soudan et le Zimbabwe. Les motifs varient selon les pays : droits humains, État de droit, violences politiques ou autres critères prévus par la législation américaine. Le Gabon, lui, a retrouvé son éligibilité depuis 1er janvier 2026, après en avoir été privé à la suite du changement anticonstitutionnel de gouvernement de 2023.
En créant l’Agoa il y a 26 ans, les Etats-Unis entendaient accroître les échanges et les investissements avec l’Afrique subsaharienne, mais aussi favoriser la croissance tirée par le secteur privé, réduire la pauvreté et encourager les réformes économiques et politiques. En échange de cet accès privilégié, les pays bénéficiaires doivent progresser en matière d’économie de marché, d’État de droit, de pluralisme politique, de lutte contre la corruption et de protection des droits humains.