Malgré les assurances sur le niveau des stocks centraux, la rareté du gaz domestique frappe les ménages à Douala, Yaoundé et Kribi. La Fondation camerounaise des consommateurs exige un contrôle strict des prix officiels fixés et la priorité d’approvisionnement pour les foyers.
Tension sur la chaîne de distribution du gaz de pétrole liquéfié au Cameroun. Les métropoles de Douala, Yaoundé et Kribi font face à des perturbations majeures d’approvisionnement depuis le début du mois de septembre en cours. Sur le terrain, les emballages de 12,5 kilogrammes des marques Sctm, Bocom, Tradex et Total manquent dans les comptoirs de vente usuels. Cette situation force les ménages à multiplier les trajets urbains dans l’espoir de dégoter une recharge.
Dans un communiqué publié le 14 septembre 2026 à Douala, la Fondation camerounaise des consommateurs (Focaco) interpelle la Société nationale de dépôts pétroliers (Scdp) et exige le strict respect de la réglementation sur les prix. Le régulateur citoyen met en lumière l’écart constaté entre les discours rassurants des structures publiques et l’épreuve subie par la population.
La version institutionnelle délivrée par la Société nationale de dépôts pétroliers met en avant une gestion sous contrôle. Les responsables du secteur évoquent la hausse de la capacité du dépôt de Bonabéri, passée de 2 500 à 3 500 tonnes, ainsi qu’un volume global distribué de 132 902 tonnes au cours de l’année 2026, contre 125 085 tonnes durant l’exercice 2025. Ces chiffres traduisent une hausse théorique des flux. L’organisme de gestion rappelle également le retrait intervenu en juillet 2026 du navire-usine Hilli Episeyo au large de Kribi. Cette infrastructure flottante assurait à elle seule le tiers de la consommation nationale en gaz domestique. Pour combler ce vide structurel, les autorités ont lancé un appel d’offres international visant l’importation de 60 000 tonnes métriques de butane.
La Focaco pour sa part souligne le « hiatus profond » entre ces prévisions logistiques théoriques et la pénurie observée au bas de la chaîne commerciale. Les dépôts centraux affichent des stocks enregistrés, mais les étals des détaillants restent vides. Cette carence sur les marchés de Douala, Yaoundé et Kribi bouscule le cadre juridique en vigueur. La loi-cadre n°2011/012 du 6 mai 2011 portant protection du consommateur garantit, en son article 3, le droit à la satisfaction des besoins de base. L’accès à une source d’énergie propre pour la cuisson entre directement dans cette catégorie.
L’article 5 de ce texte protège les intérêts économiques des usagers. Le tarif officiel fixé par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures reste maintenu à 6 500 Fcfa pour la bouteille de 12,5 kilogrammes. Or, la rareté du produit alimente la spéculation sur le marché informel. Des revendeurs appliquent des tarifs fluctuant entre 10 000 et 15 000 Fcfa le rechargement, violant la réglementation administrative.
Sur le plan sanitaire et environnemental, l’article 7 garantit le droit à la sécurité. L’absence de butane pousse de nombreuses familles vers des modes de cuisson de substitution. Le retour au bois de chauffe et au charbon de bois expose les ménages à la fumée toxique, cause connue d’infections respiratoires aiguës. La pénurie engendre aussi des pratiques risquées, notamment le transvasement clandestin de bouteille à bouteille. Ces manipulations artisanales augmentent les risques d’explosion et d’incendie dans les zones d’habitation.
Instaurer un suivi quotidien de la disponibilité réelle des stocks
Face à ces dérives, la Focaco formule des demandes précises adressées aux décideurs et aux acteurs du marché. Le gouvernement et la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (Csph) doivent instaurer un suivi quotidien de la disponibilité réelle des stocks par marque. Ces entités ont le devoir de traquer et de sanctionner les circuits de spéculation tarifaire. La Société nationale de dépôts pétroliers et les compagnies de distribution doivent fluidifier l’acheminement des produits jusqu’aux détaillants de quartier. La Focaco demande d’accorder la priorité aux bouteilles ménagères par rapport aux usages industriels et exige la publication d’un calendrier précis des livraisons.
Les consommateurs sont invités à refuser toute tarification supérieure au montant de 6 500 Fcfa et à dénoncer systématiquement les commerçants véreux auprès des autorités de régulation. Le gaz domestique représente un bien d’intérêt public fondamental pour la santé des ménages. Le rétablissement du flux logistique s’impose afin de préserver le pouvoir d’achat et la sécurité des populations.