Ils ont été adoptés par les acteurs publics et privés au terme des travaux préparatoires de la future Stratégie nationale de l’intelligence artificielle qui se sont déroulés à Libreville du 28 au 30 septembre 2026, sous la présidence du ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark-Alexandre Doumba.
Le Gabon vient de franchir une nouvelle étape dans la construction de sa politique nationale en matière d’intelligence artificielle (IA). Réunis pendant trois jours à Libreville, les représentants de l’administration, du secteur privé, du monde académique, des incubateurs et de la société civile ont en effet identifié 22 défis et formulé 36 recommandations devant alimenter la future Stratégie nationale de l’IA. Les travaux, conduits avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), ont été clôturés le 30 septembre par le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark-Alexandre Doumba.
L’ambition affichée à l’horizon 2030 est celle d’une « IA responsable au service de la souveraineté, de l’innovation et du développement du Gabon », apprend-on. Et pour y parvenir, les participants ont surtout insisté sur les fondations nécessaires au développement d’un écosystème national. La qualité et la disponibilité des données apparaissent ainsi comme un préalable majeur. Le diagnostic fait ressortir des difficultés liées au partage, à l’interopérabilité et à la sécurisation des données, alors que leur exploitation constitue l’un des principaux ressorts des applications d’IA.
Données et infrastructures au cœur des préoccupations
Sur ce volet, les recommandations portent notamment sur l’amélioration de la gouvernance des données, leur sécurisation et la mise en place de conditions favorisant leur circulation entre administrations et acteurs économiques. « Si la qualité des données est défaillante, l’IA va nous envoyer des informations défaillantes », a rappelé le ministre Mark-Alexandre Doumba. A côté, les infrastructures constituent un autre chantier prioritaire. Ici, les participants préconisent de valoriser les capacités existantes, mais aussi de développer les infrastructures nationales d’hébergement et de calcul nécessaires au déploiement de solutions d’IA. Cette orientation intervient alors que le Gabon travaille parallèlement au renforcement de ses capacités numériques et de stockage des données.
La question de la dépendance technologique figure également parmi les préoccupations. Les recommandations visent de ce fait à renforcer les capacités nationales afin de limiter la dépendance aux solutions étrangères, notamment pour les données sensibles et les applications stratégiques. Cette approche rejoint les orientations actuellement défendues par le Pnud en Afrique, qui met l’accent sur la constitution de capacités nationales permettant aux pays de faire leurs propres choix dans un écosystème mondial de l’IA.
Compétences, recherche et financement des startups
Le capital humain constitue le troisième pilier identifié dans cette Stratégie nationale de l’IA. Les participants recommandent donc de renforcer la formation, la recherche et les compétences spécialisées, aussi bien dans les administrations que dans les entreprises et les établissements d’enseignement supérieur. L’objectif est de disposer d’un vivier capable non seulement d’utiliser les outils d’IA, mais également de les concevoir, les adapter et les encadrer.
L’écosystème entrepreneurial devra lui aussi être davantage soutenu. Dans ce domaine, les recommandations prévoient de faciliter l’accès des startups au financement auprès des banques, du Fonds gabonais d’investissement stratégique (Fgis), de la Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon (Bceg), du capital-risque et des incubateurs. À travers ce volet, les participants cherchent à favoriser l’émergence d’entreprises capables de transformer la recherche et l’innovation en applications commerciales.
Une régulation adaptée aux usages sensibles
La régulation constitue enfin un axe transversal. Les travaux appellent à mettre en place un cadre permettant d’encadrer les usages de l’IA, particulièrement dans les domaines sensibles. La supervision humaine, la protection des données et la sécurisation des systèmes sont notamment présentées comme des garanties nécessaires.
Pour le ministre en charge de l’Economie numérique, l’IA ne peut toutefois être envisagée isolément. Son développement repose sur quatre préalables : la réglementation, les infrastructures numériques, la digitalisation des services publics, ainsi que l’innovation et l’écosystème. Le Pnud souligne également que les performances des systèmes d’IA dépendent autant des institutions, des données, des compétences et des infrastructures publiques numériques que de la technologie elle-même.
En somme, les conclusions de l’atelier ne constituent donc pas encore la stratégie nationale. Elles forment plutôt un diagnostic et un cadre d’orientation qui doivent désormais être approfondis. Le gouvernement gabonais et le Pnud devront traduire les 36 recommandations en actions, avant la rédaction du projet de stratégie, de son plan d’action, de son dispositif de financement et de ses indicateurs de suivi. La prochaine étape consistera désormais à transformer ces orientations en mesures opérationnelles, avec une échéance fixée à 2030 pour faire de l’IA un outil au service de l’innovation, de la transformation de l’administration et du développement économique du pays.