Financement du développement : L’Afrique centrale a besoin de 42,9 milliards de dollars par an

C’est ce qui ressort du Rapport sur les Perspectives économiques régionales 2026 de la Banque africaine de développement.

L’Afrique centrale n’est pas à court de potentiel. Elle est surtout à court de financements pour transformer ce potentiel en développement. C’est tout le paradoxe qui ressort des Perspectives économiques régionales 2026 de la Banque africaine de développement (BAD). S’il est vrai que la région devrait voir sa croissance passer de 3,6% en 2025 à 3,8% en 2026, puis à 4,1% en 2027, cette trajectoire positive est encore trop modeste au regard des besoins sociaux, des déficits d’infrastructures et des ambitions de transformation structurelle.

En effet, pour accélérer cette transformation d’ici 2030, l’Afrique centrale aura besoin de 42,9 milliards de dollars, soit un peu plus de 25.000 milliards de Fcfa par an. Or, le déficit de financement atteindrait 35,6 milliards de dollars chaque année. Autrement dit, la région ne dispose aujourd’hui que d’une fraction des ressources nécessaires pour financer les investissements capables de soutenir durablement la croissance. Le problème n’est donc plus seulement de produire davantage, mais de trouver les capitaux permettant de transformer la production, les infrastructures, l’agriculture, l’énergie et les services.

Le cas du Cameroun illustre particulièrement cette équation. Les besoins de financement y sont évalués à 13,9 milliards de dollars par an, pour un déficit de 9,2 milliards à l’horizon 2030. Ces montants donnent une autre dimension aux débats sur le financement du développement. Ils montrent surtout que les ressources budgétaires traditionnelles et l’aide extérieure ne pourront, à elles seules, couvrir l’ampleur des investissements requis.

Cette contrainte financière intervient alors que la région reste exposée à de nombreux risques. Selon le Rapport de la BAD, le service de la dette représentait environ un tiers des recettes publiques en 2025, tandis que le durcissement des conditions de financement, l’exposition des banques au risque souverain, les crises sécuritaires et les chocs climatiques continuent de réduire les marges de manœuvre des États. La croissance annoncée doit donc être appréciée avec prudence, puisqu’elle ne garantit pas mécaniquement une amélioration du niveau de vie si elle ne s’accompagne pas d’une transformation productive suffisamment profonde

C’est précisément là que se situe l’enjeu majeur du rapport. La BAD invite de ce fait les États à sortir de la seule logique de mobilisation de financements extérieurs. L’urgence étant désormais de mobiliser l’épargne intérieure, renforcer les recettes publiques, attirer davantage de capitaux privés, approfondir les marchés financiers et mieux valoriser les ressources naturelles. Le capital de la diaspora constitue également une piste, tout comme les partenariats public-privé et les instruments financiers innovants.

Pour l’Afrique centrale, l’équation est donc claire. Avec une croissance attendue de 4,1 % en 2027, la région dispose d’une base sur laquelle construire. Mais sans infrastructures, énergie fiable, industrialisation, agriculture plus productive, capital humain et intégration régionale, cette croissance risque de rester en deçà des ambitions. Le défi des prochaines années ne sera dès lors pas simplement de trouver 35,6 milliards de dollars supplémentaires chaque année. Il sera de construire les mécanismes institutionnels, financiers et régionaux capables de faire de chaque dollar mobilisé un investissement créateur de valeur, d’emplois et de revenus.

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