Le Port autonome de Kribi et Kribi Oil and Grain Terminal ont signé un mémorandum d’entente pour la réalisation d’un terminal de stockage de céréales. Les travaux sont annoncés pour 2027, avec une mise en service prévue en 2029.
Le Port autonome de Kribi (PAK) s’apprête à renforcer ses capacités de stockage et de traitement des produits agricoles. L’infrastructure portuaire et Kribi Oil and Grain Terminal (KOGT S.A.) ont signé un mémorandum d’entente en vue de la construction d’un terminal dédié aux produits agricoles et agro-industriels. L’investissement prévisionnel est évalué à 50 milliards de Fcfa.
KOGT S.A. est un consortium réunissant des entreprises camerounaises, suisses et turques. Dans le cadre du projet, BGFI Bank Cameroun intervient comme banque partenaire exclusive pour la structuration financière et la coordination des financements. Le futur terminal occupera une superficie de 9,20 hectares au sein du complexe industriel et portuaire de Kribi. Il s’appuiera sur le quai multicanal du port, dont le tirant d’eau varie entre 16 et 18 mètres et qui peut accueillir des navires de 50 000 tonnes.
L’infrastructure comprendra notamment un terminal céréalier de 2,50 hectares, doté de 17 silos de 6 000 tonnes chacun, pour une capacité totale de stockage de 102 000 tonnes. Un laboratoire de contrôle de la qualité et une tour de manutention compléteront cet ensemble.
Le projet prévoit également deux blocs d’entrepôts couvrant 3,20 hectares, avec quatre surfaces de 5 000 m² et une capacité annoncée de 30 000 à 40 000 palettes. Un parking de 2 hectares pourra accueillir entre 120 et 150 camions. Une station de services logistiques de 1 hectare comprendra des îlots de distribution de carburants, un dispositif de distribution d’AdBlue, un atelier, une aire de lavage et un espace de restauration. Enfin, un entrepôt d’exploitation de 0,50 hectare sera affecté à la maintenance, au stockage des pièces détachées et aux opérations de contrôle.
Un financement encore à boucler
Le projet repose sur une autorisation d’occupation temporaire de 20 ans, renouvelable, délivrée par le PAK. Les promoteurs prévoient d’apporter 20 % du financement sous forme de fonds propres, soit environ 10 milliards de Fcfa. Le solde, estimé à près de 40 milliards de Fcfa, devra être mobilisé auprès de bailleurs de fonds.
Le calendrier annoncé prévoit un bouclage du financement sur 24 mois, un démarrage des travaux en 2027 et une mise en service en 2029. Ces échéances restent tributaires de l’aboutissement des procédures techniques, administratives, financières et réglementaires. Le chantier devrait générer entre 600 et 800 emplois pendant la construction, puis près de 200 emplois en phase d’exploitation.
Un port en pleine montée en puissance
Ce projet intervient dans un contexte de progression de l’activité portuaire. En 2025, le port de Kribi a manutentionné 555 398 équivalents vingt pieds (EVP), en hausse de 82,4 %. Le volume global des marchandises a atteint 12 millions de tonnes, pour 559 escales. Mis en service en 2025, le deuxième terminal à conteneurs permet désormais l’accueil régulier de navires de type Megamax. Des travaux visant à ajouter 8 hectares de stockage au terminal à conteneurs sont également annoncés, avec un démarrage prévu à partir de juillet 2026. Le terminal polyvalent, consacré aux marchandises hors conteneurs, connaît lui aussi une progression de son activité. Ses volumes sont passés de 240 000 tonnes en 2018 à 1,27 million de tonnes en 2025.
Sur le plan financier, le PAK a enregistré un bénéfice net de 4,02 milliards de Fcfa en 2025, contre un peu plus de 3,4 milliards un an auparavant. Les recettes douanières générées par le port ont atteint 335 milliards de Fcfe en 2025 et environ 1 000 milliards depuis mars 2018. L’arrivée d’un terminal céréalier devrait diversifier davantage les flux de marchandises traités sur la plateforme.
Réduire les contraintes liées aux importations céréalières
L’un des enjeux du projet réside dans la dépendance du Cameroun aux importations de céréales. En 2025, celles-ci ont représenté une facture de 466,9 milliards de Fcfa, dont 268,7 milliards pour le riz et 187,8 milliards pour le blé et le méteil. Le Cameroun importe chaque année plus d’un million de tonnes de blé. En 2023, les importations de cette céréale ont atteint 887 000 tonnes, pour une valeur de 178 milliards de Fcfa. À titre indicatif, une capacité de stockage de 102 000 tonnes équivaut à environ 10 % d’un volume annuel d’un million de tonnes. Cette comparaison ne tient toutefois pas compte de la rotation des stocks, qui peut permettre de traiter des volumes supérieurs à la capacité physique des silos.
Le maïs constitue un autre enjeu. En 2025, les importations ont atteint 72 586 tonnes, pour une valeur de 10,2 milliards de Fcfa. Face à cette situation, le ministre du Commerce a réuni les acteurs de la filière pour examiner une suspension des importations, dans le but de favoriser l’écoulement de la production locale.
Si un terminal céréalier facilite le stockage des produits importés, il peut également accueillir des grains produits au Cameroun, selon les choix des opérateurs. Cette perspective rejoint le plan triennal de 30,9 milliards de Fcfa lancé par le gouvernement pour produire 180 000 tonnes de blé local d’ici à 2027. Le futur terminal de Kribi devra ainsi répondre aux besoins des importateurs tout en s’adaptant à l’évolution de la production céréalière nationale et aux ambitions de substitution aux importations.