Donald Trump a violé plusieurs fois et sans gêne, la charte de Nations Unies au cours de l’année 2026 avec la capture du président Maduro du Vénézuéla, l’agression israélo-américaine contre l’Iran, les velléités d’annexion du Canada, du Mexique et du Groenland, etc. Malgré toutes ces dérives, aucun de ces sujets n’était à l’ordre du jour de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies qui s’est terminée le 28 septembre 2026 à New York.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pour son 2e mandat le 20 janvier 2025, le monde assiste en spectateur à la violation flagrante des textes de l’Organisation des Nations Unies (ONU), du retrait des États-Unis des organismes de l’ONU, des menaces d’anéantissement des pays, mais aussi du trafic des migrants au mépris de toute décence humaine. De l’enlèvement de Nicolas Maduru en janvier 2026 à la guerre déclenchée contre l’Iran en février, en passant par la menace d’annexion du Canada, du Groenland et l’asphyxie de Cuba, aucune de ces violations du droit international n’a été abordé cette année, ni par le Conseil de sécurité ni par la dernière Assemblée générale de l’ONU qui s’est tenue du 8 au 28 septembre 2026.
La Charte de l’ONU
L’ONU est créée officiellement le 24 octobre 1945 par 51 États membres fondateurs. Elle a pour objectif d’assurer la paix du monde et de protéger les droits de l’Homme dans le monde entier. Elle regroupe depuis le 14 juillet 2011, 193 États membres.
Les principes fondamentaux de l’organisation sont définis à l’article 2 de la Charte des Nations-Unies : Égalité souveraine des États membres qui possèdent les mêmes droits et la même égalité souveraine sur la scène internationale ; bonne foi dans l’accomplissement des obligations de la Charte ; règlement pacifique des différends internationaux ; interdiction de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État ; assistance à l’ONU dans ses actions ; et Non-intervention de l’ONU dans les affaires qui relèvent de la compétence nationale d’un État.
Le Conseil de sécurité des Nations unies détient la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il compte 15 membres dont 5 permanents et 10 non-permanents élus pour deux ans. Pour être adoptée, une résolution doit réunir au moins 9 voix favorables sur 15. Les 5 membres permanents, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie possèdent un « droit de veto ». Si l’un d’eux vote contre, la résolution est rejetée, même si elle recueille 9 ou plus de voix favorables.
Donald Trump et son pouvoir
L’accession le 20 janvier 2025 de Donald Trump au trône des Etats-Unis pour son deuxième mandat à la Maison Blanche, est marqué par la signature de 26 décrets présidentiels au cours de cette première journée. S’agissant de l’une des grandes puissances politiques et économiques de notre planète, leur impact est mondial.
Il se pose dès lors le problème de l’étendue du pouvoir du président des USA sur ses concitoyens et sur le reste du monde. Car bien qu’élu président par les Américains seulement, les décisions, les menaces et les déclarations de Donald Trump s’étendent au-delà des frontières de son pays. Ce d’autant plus que ces multiples décisions concernent tous les domaines de la vie, l’humanitaire, le commercial, la diplomatique, le politique et même la souveraineté des Etats.
Sans être exhaustif, on peut citer la suspension de l’agence d’aide américaine, l’instauration unilatérale des droits de douane sur les produits importés aux USA, la sortie des USA de l’OMC, de l’OMS et de l’accord pour la lutte contre le changement climatique, les velléités d’annexion de plusieurs pays ainsi que le projet de déplacement des populations de Gaza. Un mélange de genre qui dépasse toute logique et tout entendement humain.
Les velléités d’annexion du Groenland
Jusqu’en septembre dernier, le Groenland était sous des menaces répétées de Donald Trump pour l’annexer. La crise diplomatique s’est apaisée par la signature d’un accord de sécurité trilatéral à l’ONU en septembre entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland. Cette convention formalise l’extension des droits militaires américains dans l’Arctique (accès à de nouvelles zones de défense) par le biais du droit des traités, préserve la souveraineté danoise et le droit des Groenlandais à l’autodétermination.
Bien qu’un consentement soit aujourd’hui trouvé, il est clair que les velléités d’annexion par les Etats-Unis violent l’article 2, alinéas 4 et 7 de la Charte des Nations Unies, qui interdit la menace ou l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État.
La souveraineté du Royaume du Danemark sur le Groenland est incontestable et solidement ancrée en droit international, formellement confirmée par un arrêt historique de la Cour permanente de justice internationale (CPJI) en 1933 (affaire du Groenland oriental). Cet nouvel accord consenti, dit-on sur « consentement mutuel » dans un territoire relevant de l’Union Européenne, montre à quel point cette union ne peut pas préserver le droit international, mais surtout son incapacité à résister aux menaces de Donald Trump.
Le cas du Mexique
Sous le prétexte de lutter contre les cartels de la drogue ou de résoudre les litiges sur le partage de l’eau, l’administration de Donald Trump a menacé d’intervenir directement sur le sol mexicain en violation du principe de souveraineté des Etats et de non-intervention, prévu par l’article 2, paragraphes 4 et 7 de la Charte de l’ONU.
La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a systématiquement rejeté toute velléité d’intervention militaire américaine sur son territoire. Pour éviter de donner un prétexte à une intervention, son gouvernement a privilégié la coopération sécuritaire factuelle par des exercices conjoints anti narcotrafic le long du Rio Grande et le renforcement de la frontière.
Le cas du Canada
En janvier 2025 au lendemain de l’imposition de droits de douane sur le Canada, Donald Trump déclare sur son réseau Truth Social que « le Canada doit devenir notre cher 51eÉtat ». Il avait même poussé l’audace jusqu’à appeler le premier ministre d’alors du Canada, sur son réseau social, «le gouverneur Justin Trudeau du Grand État du Canada».
Cette blague de mauvais goût à l’endroit d’un pays plus vaste que les EtatsUnis a été rejetée par plus de 90% de Canadiens. Ces velléités d’ingérence et de pression économique violent les principes fondamentaux du droit international public, notamment la souveraineté et l’intégrité territoriale du Canada interdit par l’article 2 alinéa 4 et 7 de la Charte des Nations Unies. Outre la charte de l’ONU, il y a aussi le non-respect des traités commerciaux entre les deux pays qui, en plus du Mexique, sont liés par l’Aceum (Accord Canada–États-Unis–Mexique).
L’enlèvement du président Maduro du Vénézela
Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire au Venezuela, aboutissant à l’arrestation du président Nicolás Maduro, suivi de son transfert à New York pour y être jugé au mépris du droit international. L’ONU, la Russie, la Chine, Cuba, plusieurs gouvernements africains et latino-américains et même européens ont dénoncé un acte illégal sapant l’ordre international. Cette opération militaire américaine, menée sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU ni consentement du gouvernement vénézuélien, enfreint le principe d’intégrité territoriale et d’indépendance politique.
L’interdiction du recours à la force, le règlement pacifique des différends et le principe de non-ingérence sont encadrés à l’article 2 alinéas 3, 4 et 7 de la charte des Nations Unies. Outre la violation de la charte de l’ONU, il y a aussi la question de l’immunité d’un chef d’État en exercice.
Attaque Israélo-américaine contre l’Iran
Le 28 février 2026, les États-Unis et d’Israël ont lancé des frappes aériennes en Iran, en visant plusieurs sites à Téhéran et dans plusieurs villes. L’ayatollah Ali Khamenei et plusieurs hauts responsables ont été tués. Le régime iranien a répliqué en envoyant des missiles vers l’État hébreu et des bases américaines au Moyen-Orient, notamment au Qatar, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à Bahreïn.
Le recours à la force est strictement interdit entre les États, selon l’article 2 paragraphe 4 de la Charte des Nations unies. De même que le droit international humanitaire sur la protection des civils relève des conventions de Genève de 1949. Au-delà des conséquences politiques et humaines, cette agression a des conséquences économiques qui n’épargnent aucun pays avec des répercutions sociales importantes.
Le monde à l’état de nature
Comme on peut le constater, en moins de deux ans, le nombre de violations du droit international par Trump est incomptable devant une communauté internationale inactive. Si la riposte individuelle est impossible du fait de l’état belliqueux de l’homme, une réplique collective est nécessaire pour sauver le multilatéralisme qui protège les pays pauvres et fragiles.
La difficulté d’action vient aussi du fait que son pays dispose du droit de véto au Conseil de sécurité et n’est pas sanctionnable. Ce droit absolu n’est plus opérant dans le monde actuel. A 81 ans le 24 octobre prochain, l’ONU a vécu et son fondateur a sonné le glas de sa mort.
L’impact des décisions de Trump traduit à suffisance l’étendu du pouvoir qu’un dirigeant peut avoir non seulement sur sa population, mais sur l’ensemble de la planète, sans qu’un autre contrepouvoir puisse l’arrêter. Cette situation pose le problème de l’équilibre des pouvoirs à l’international dans ce monde où la raison du plus fort est la meilleure.
Cette attitude impérialiste des Etats-Unis pourrait susciter ou réveiller les élans de domination chez certains habitués de cette pratique d’un autre âge. Car faute de pouvoir convaincre les Etats faibles sur le terrain de la négociation, les puissances vont user la force des armes. Mais désormais les peuples savent où sont leurs intérêts.
Notre planète est revenue à l’état de nature, et il y a lieu de s’interroger sur l’avenir de l’Afrique, fractionnée en 54 Etats, quand la puissante Union Européenne à 27 Etats, nantie de deux membres permanents du Conseil de sécurité, disposant du droit de véto, n’arrive pas à ramener à l’ordre les Etats-Unis.
Pour mémoire, l’état de nature est une hypothèse philosophique qui imagine la condition de vie des êtres humains avant l’apparition d’une société des lois et des normes. Le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679) a exposé cette théorique dans son ouvrage « Léviathan » où il décrit la condition humaine en l’absence d’État, de lois et d’institutions. Selon lui, l’état de nature se caractérise par une insécurité totale, une « guerre de tous contre tous », et la formule selon laquelle « l’homme est un loup pour l’homme ». En sommes-nous si éloignés ?