Adoptée le 17 octobre 2026 à Yaoundé, la Déclaration de Yaoundé sur l’E-gouvernance et l’Intelligence artificielle en Afrique, préconise des services publics interopérables, accessibles sans papier ni espèces, et une meilleure maîtrise des données. Un Observatoire africain devra suivre les engagements.
Améliorer les services publics rendus aux citoyens et aux entreprises, au-delà de la multiplication des plateformes. Tel est le principal objectif de la Déclaration de Yaoundé sur l’e-Gouvernance et l’Intelligence artificielle (IA) en Afrique, adoptée par les participants (représentants des gouvernements, administrations publiques, institutions africaines et internationales, collectivités territoriales, autorités de régulation, entreprises, partenaires au développement, universités, centres de recherche, startups, organisations professionnelles et organisations de la société civile) à l’issue du Sommet E-Gov’A (E-Gov Africa Summit, Expo & Awards), qui s’est tenu du 14 au 17 octobre au Palais des Congrès de Yaoundé.
Au termes de ces assises organisées par Digital Business Africa et Smart Click Africa, sous le parrainage du minstère des Postes et télécommunications, les États ont été appelés à simplifier les démarches et à réduire les déplacements et les délais. Le principe « Once Only » prévoit qu’une information déjà détenue par une administration ne soit plus demandée à l’usager lorsque son partage sécurisé est possible. L’ambition : des services « sans cash, sans papier, sans rupture ».
L’interopérabilité en priorité
Parmi les grandes priorités à retenir de la Déclaration de Yaoundé qui se décline en 29 articles, il a notamment été recommandé la mise en place des infrastructures communes autour de l’identité numérique, des paiements électroniques, des registres publics et de l’échange sécurisé de données. En claire, les administrations doivent sortir du fonctionnement en silos pour permettre à leurs systèmes de communiquer.
A côté, l’IA pourrait améliorer les services dans la santé, l’éducation, la fiscalité ou l’agriculture. Mais son utilisation devra respecter la transparence, la sécurité et la responsabilité, sous supervision humaine. « L’enjeu n’est plus seulement de multiplier les plateformes numériques. Nous devons construire des administrations capables d’échanger des données de manière sécurisée, d’interopérer et d’utiliser intelligemment les technologies émergentes », souligne le Pr Jean-Philippe Nguemeta, directeur scientifique d’e-Gov’A 2026.
La souveraineté des données en ligne de mire
Le texte encourage aussi les investissements dans les centres de données et le cloud en Afrique, selon le principe « Local First, African First ». L’hébergement national doit être privilégié et, si les capacités locales sont insuffisantes, les infrastructures africaines favorisées. Pour les données critiques ou souveraines, l’objectif est de tendre vers 100 % d’hébergement local d’ici 2030. Les administrations sont aussi invitées à mieux informer les usagers et à publier des résultats mesurables : nombre d’utilisateurs, économies réalisées et satisfaction des bénéficiaires.
Un Observatoire pour suivre les engagements
La Déclaration prévoit en outre la création de l’Observatoire de l’e-Gov et de l’IA en Afrique, chargé de suivre les politiques numériques, de documenter les bonnes pratiques et de mesurer les avancées. Son secrétariat permanent sera assuré par Smart Click Africa et Digital Business Africa. Quatre outils sont annoncés ) cet effet : un baromètre, un rapport annuel, une banque de bonnes pratiques et une cartographie de l’e-Gouvernement.
En somme, à travers la Déclaration de Yaoundé, les participants ont choisi de transformer les expériences nationales en connaissances partagées et les bonnes pratiques en acquis collectifs. De ce fait, chaque gouvernement ou organisation adhérant au texte est encouragé à retenir jusqu’à trois engagements mesurables avant la prochaine édition. « Nous ne voulons pas que la Déclaration de Yaoundé soit un texte de plus, adopté à la fin d’une conférence et oublié quelques semaines plus tard. L’Observatoire doit permettre de mesurer, de documenter et de partager les progrès. Si une administration africaine développe une solution qui fonctionne, cette expérience doit pouvoir être connue, étudiée et adaptée ailleurs sur le continent. Notre ambition est de transformer les bonnes pratiques isolées en acquis collectifs pour l’Afrique », a déclaré à cet effet Beaugas Orain Djoyum, président du comité d’organisation d’E-Gov’A. Reste à traduire cette feuille de route en résultats concrets pour les usagers.