Services de paiement instantanés : Hausse de 35% des transactions en Afrique en 2024

Le rapport 2025 d’AfricaNenda publié le 13 novembre 2025, révèle que leur valeur totale a enregistré un taux de croissance annuel moyen de 26%, passant de 775,5 milliards d’USD en 2020 à 1 980,62 milliards d’USD l’année dernière.

Selon l’état des lieux des systèmes de paiement instantané inclusifs en Afrique (Siips) 2025 publié le 13 novembre dernier en Eswatini par AfricaNenda, l’adoption des services de paiement instantanés (SPI) en Afrique enregistre une croissance solide. Celle-ci s’illustre par la hausse continue des volumes et des valeurs de transactions. « Entre 2020 et 2024, le volume total des transactions a progressé à un taux de croissance annuel moyen de 35 %, culminant à plus de 64 milliards d’opérations en 2024 », indique le rapport sus évoqué. D’après le document consulté par LFA, les SPI d’argent mobile continuent de traiter la plus grande part des volumes de transactions, tandis que les SPI bancaires sont ceux qui ont enregistré la croissance la plus rapide entre 2023 et 2024 (50 %).

La valeur totale des transactions a elle aussi continué de croître, avec un taux de croissance annuel moyen de 26 %, passant de 775,5 milliards d’USD en 2020 à 1 980,62 milliards d’USD en 2024. Les SPI bancaires ont tiré cette croissance, avec une hausse de 28 % de la valeur des transactions entre 2023 et 2024, suivis des SPI multisectoriels (+9 %) et des SPI d’argent mobile (+7 %). Ces derniers ont conservé une valeur moyenne de transaction faible avoisinant les 11 USD, un montant cohérent avec la nature des opérations qu’ils traitent : nombreuses, mais de faible montant. En 2024, la valeur moyenne des transactions transitant via les SPI multisectoriels a baissé à 95 USD, témoignant d’une diversification des usages et d’une adoption accrue pour les paiements de plus faible montant. Ces systèmes ont, sur l’année écoulée, concentré la plus grande part de la valeur totale des transactions.

Multiplication des canaux et instruments utilisés

Selon les experts d’AfricaNenda, les SPI créent les conditions d’une adoption plus large, et donc, d’une plus grande inclusivité, lorsqu’ils diversifient les canaux, instruments et cas d’utilisation qu’ils prennent en charge. Le rapport Siips 2025 fait état de progrès constants dans ces trois dimensions : « Les applications pour téléphone mobile demeurent le canal le plus largement pris en charge, puisque 33 systèmes les intègrent désormais. Cette tendance traduit une évolution plus large vers des modèles conçus autour du smartphone, en phase avec la progression continue du taux de pénétration de ces appareils en Afrique subsaharienne, aujourd’hui estimé à 54 % », note le document susmentionné. Les canaux Ussd et la banque en ligne accessible depuis un navigateur demeurent essentiels dans les zones où les téléphones aux fonctionnalités basiques restent majoritaires, se classant respectivement aux deuxième et troisième rangs des canaux les plus fréquemment pris en charge. La prise en charge des paiements par code QR a nettement gagné du terrain, tandis que celle des canaux assistés par un agent a reculé, même si ces derniers demeurent indispensables pour les utilisateurs aux compétences numériques ou financières limitées.
En outre, les transferts électroniques de fonds (TEF) de crédit et la monnaie électronique restent les instruments les plus répandus, un nombre égal de 23 SPI acceptant désormais chacun d’eux. 14 SPI prennent en charge les TEF de débit, et 13 acceptent les instruments de paiement par carte. Un seul SPI, « eNaira », prend en charge une monnaie numérique de banque centrale.

La plupart des SPI prennent en charge les paiements de particulier à particulier (P2P), et un nombre croissant d’entre eux autorisent désormais les paiements de particulier à entreprise (P2B), de gouvernement à particulier (G2P) et transfrontaliers. Enfin, les innovations centrées sur l’utilisateur, telles que la possibilité d’initier une demande de paiement, les connexions tierces, la confirmation de paiement en temps réel et la validation des transactions, renforcent l’inclusivité des SPI en améliorant l’expérience utilisateur, en consolidant la confiance et en encourageant l’adoption, en particulier parmi les populations mal desservies.

Les banques commerciales majoritaires parmi les participants directs aux SPI

La participation directe aux SPI reste dominée par les banques commerciales, même si l’inclusivité s’élargit progressivement aux fournisseurs de service de paiement (FSP) non bancaires. « En 2025, on recensait 1 800 participants aux SPI, dont 42 % sous forme directe et 59 % via des mécanismes indirects », indique le rapport 2025 d’Africa Nenda. Ces données excluent eNaira et la solution d’argent mobile du Nigéria, Papss (SPI à l’échelle du continent), la solution d’argent mobile de Madagascar, Switch Mobile (Algérie), LYPay (Libye), ainsi que la solution d’argent mobile d’Ouganda, en raison de l’indisponibilité du nombre total de participants à ces systèmes. Le système NIP du Nigéria concentrait à lui seul 39 % de l’ensemble des participants, suivi de GIP au Ghana et de « Gimacpay » du Groupement interbancaire et monétique de l’Afrique centrale (Gimac) dans la Cemac. Les banques constituent toujours la majorité des participants directs (463), mais quinze SPI autorisent désormais la participation des émetteurs de monnaie électronique et des IMF: KWiK (Angola), Meeza Digital (Égypte), EthSwitch (Éthiopie), Gamswitch (Gambie), GIP (Ghana), PesaLink (Kenya), MauCAS (Maurice), Swam (Maroc), Simo (Mozambique), eKash (Rwanda), Tips et solution d’argent mobile en Tanzanie; solution d’argent mobile en Tunisie, National Financial Switch (Zambie) et Zipit (Zimbabwe). Ces évolutions traduisent une volonté croissante de rendre la gouvernance et les opérations des SPI plus inclusives, afin d’y associer un plus grand nombre d’acteurs de l’écosystème.
Les degrés d’inclusivité des SPI en Afrique

Pour Africa Nenda, l’inclusivité d’un SPI découle des effets combinés de sa gouvernance, de sa structure, de son interopérabilité, ainsi que de l’étendue des canaux pris en charge, des fonctionnalités qu’il assure et des cas d’utilisation gérés. L’Échelle d’inclusivité AfricaNenda 2025 classe les systèmes selon trois niveaux dans l’ordre, « élémentaire », « avancé » et « mature » qui rendent compte du degré d’inclusivité de chaque SPI sur la base de critères précis. Ainsi, 15 SPI se situent au niveau d’inclusivité « élémentaire ». Ces systèmes prennent en charge les paiements P2P et P2B et assurent l’accès au canal le plus utilisé dans leur pays. Les SPI d’argent mobile et les SPI bancaires ne peuvent, à eux seuls, progresser au-delà de ce niveau, faute d’une interopérabilité complète entre tous les acteurs. Six SPI parmi ceux relevant du niveau « élémentaire » sont multisectoriels et pourraient accéder au niveau supérieur en intégrant les paiements P2B (marchands).

Dix SPI ont atteint le niveau d’inclusivité « avancé ». En plus de répondre aux critères du niveau « élémentaire », ces systèmes adoptent un modèle multisectoriel ouvert à l’ensemble des FSP agréés et opèrent selon un schéma de gouvernance favorable aux populations défavorisées, fondé sur un processus décisionnel inclusif auquel participe la banque centrale. Au Ghana, GIP et Mobile Money Interoperability assurent conjointement une interopérabilité entre tous grâce à l’intégration mutuelle des deux dispositifs, qui se hissent ainsi tous deux au niveau d’inclusivité « avancé ». Les systèmes de niveau « mature » remplissent l’ensemble des critères des niveaux « élémentaire » et « avancé », tout en couvrant la plupart des cas d’utilisation. Ils opèrent selon des principes à but non lucratif ou non déficitaires, de manière à garantir aux utilisateurs finaux des frais de transaction aussi faibles que possible. Le système NIP au Nigéria est le premier SPI d’Afrique à atteindre un niveau d’inclusivité « mature ». Les principaux défis rencontrés par les systèmes avancés pour atteindre ce stade résident dans l’augmentation des cas d’utilisation et la mise en place de mécanismes de recours supplémentaires.

Dix SPI ne sont toujours pas classés pour plusieurs raisons : « Ils ne prennent pas en charge la fonctionnalité P2B, ne disposent pas des canaux minimaux requis ou alors n’ont pas fourni suffisamment de données pour permettre leur évaluation », explique le rapport 2025 d’AfricaNenda. Bien que le nombre de systèmes non classés demeure inchangé par rapport à l’édition 2024, l’arrivée de nouveaux dispositifs et les progrès observés toutes catégories de l’échelle confondues témoignent de réelles avancées.

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