Réunis à Malabo du 27 au 29 mars 2026, les chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ont voulu marquer un tournant décisif dans le cadre de la coopération Sud-Sud.
Cinquante ans après sa création, l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Oeacp) ne cherche plus seulement à exister, mais à peser davantage dans la sphère géopolitique mondiale. De ce fait, les recommandations issues du 11e sommet des chefs d’État et de gouvernement membres de cette organisation traduisent une ambition claire : repositionner le Sud global dans une gouvernance planétaire en recomposition.
Ainsi, au cœur des décisions adoptées dans la capitale équato-guinéenne, la mobilisation d’investissements privés durables apparaît comme un levier stratégique majeur. Des secteurs comme les infrastructures, l’énergie verte et l’éducation entre autres, traduisent ainsi une volonté de sortir d’une dépendance chronique à l’aide publique pour privilégier des partenariats économiques structurants. L’objectif étant ici d’attirer des capitaux tout en garantissant qu’ils servent réellement le développement local. C’est là que réside toute la difficulté, entre attractivité économique et souveraineté des États.
L’autre axe central de l’Oeacp est la résilience climatique. Car pour des pays parmi les plus exposés aux effets du dérèglement climatique, il ne s’agit plus d’un agenda secondaire. L’Organisation dont le Secrétariat général est basé à Bruxelles, en Belgique, entend désormais parler d’une seule voix pour exiger des mécanismes de financement adaptés et une justice climatique plus tangible pour ses Etats membres. Cette orientation s’inscrit dans une dynamique plus large de redéfinition du multilatéralisme, où les pays du Sud refusent d’être de simples exécutants des décisions prises ailleurs.
Le sommet de Malabo a également mis en lumière la montée en puissance de la coopération Sud-Sud et triangulaire. L’exemple du Maroc, qui revendique une coopération pragmatique fondée sur le partage des conaissances et de savoir-faire, illustre cette tendance. De même, la prise de parole coordonnée des pays du Sahel traduit une volonté d’affirmation politique collective dans un contexte international incertain.
Mais au-delà des déclarations, une question demeure : l’Oeacp peut-elle réellement transformer ces nouvelles visées en réalité ? De manière concrète, l’organisation dispose d’un atout indéniable : elle regroupe 79 États aux réalités diverses mais aux intérêts souvent convergents. Toutefois, son efficacité dépendra de sa capacité à dépasser les logiques déclaratives pour mettre en œuvre des actions concrètes, mesurables et coordonnées.
Ce 11e sommet aura au moins eu le mérite de poser les bases d’un renouveau stratégique. Dans un monde marqué par les rivalités géopolitiques et les transitions économiques et climatiques, l’Oeacp n’a plus le luxe de l’attentisme. Elle doit devenir un acteur de proposition, capable d’influencer les règles du jeu international.