Transformation digitale : Une bibliothèque numérique pour démocratiser l’accès au savoir et stimuler l’entrepreneuriat jeunes

Lancée officiellement le 28 mai 2026 à Yaoundé, la plateforme Añdjeun portée par l’entreprise camerounaise ITGStore, ambitionne de faire de la lecture un levier de développement économique et sociale.

C’est dans une salle de l’hôtel Starland de Yaoundé remplie d’universitaires, d’écrivains, de journalistes et d’acteurs culturels que la plateforme numérique Añdjeun a été officiellement lancée le 28 mai 2026 à Yaoundé. Derrière cette initiative qui a fait ses premiers pas à Douala en début du mois, se trouve Gabriel Fopa, ingénieur informaticien et artiste, qui entend faire de la culture et de la formation des outils de création de richesse.

Accessible partout au Cameroun et à l’international, cette bibliothèque virtuelle propose déjà plus de 4000 livres dans plusieurs domaines ainsi qu’un catalogue de formations axées notamment sur l’agriculture, l’aquaculture, la pisciculture, l’apiculture, l’élevage d’escargots et la culture du champignon. Pour son promoteur, il s’agit de permettre aux jeunes de développer des activités génératrices de revenus à partir des ressources locales. « Un jeune au fin fond d’un village camerounais peut, avec deux ou trois de ces disciplines agricoles, générer des revenus allant jusqu’à 400.000 ou 500. 000 Fcfa », a expliqué Gabriel Fopa. Toujours selon le chef d’entreprise, cette initiative vise aussi à lutter contre « l’extraversion » et le complexe d’infériorité qui poussent de nombreux jeunes à penser que « la solution est toujours ailleurs ».

Au-delà de la dimension culturelle, le projet met en avant un modèle économique basé sur un accès plus aisé à la lecture. En effet, l’abonnement annuel est fixé à 5000 Fcfa pour les adultes et à 2500 Fcfa pour les détenteurs de la carte jeune biométrique, un outil d’identification officiel délivré par le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique (Minjec), et destinée aux citoyens âgés de 15 à 35 ans et valable. Il faut rappeler que ce document offre à ses détenteurs des réductions sur divers services et un accès préférentiel à des financements.

D’ailleurs, cette tarification a été jugée particulièrement compétitive par plusieurs intervenants. Membre du panel qui a entretenu le public, le Pr Paul Abouna, chef du département d’Anthropologie à l’Université de Yaoundé I, estime d’ailleurs que cette plateforme pourrait considérablement réduire les coûts d’accès à la documentation universitaire. « Les étudiants dépensent parfois jusqu’à 75 000 Fcfa pour accéder à certains sites de recherche. A côté il y a des bibliothèques à Yaoundé où l’accès est conditionné à 15.000 F par mois. Si vous avez quatre bibliothèques comme celle-là, vous êtes à 60.000 Fcfa. Avec Añdjeun, ils disposent d’un contenu dix fois plus riche à un coût largement inférieur », a-t-il souligné. Pour l’enseignant d’université, cette bibliothèque numérique constitue également une opportunité pour les chercheurs camerounais de diffuser leurs travaux à l’échelle mondiale.

Même lecture chez Mbombog Mbog Bassong, géologue, planétologue et écrivain, qui voit dans cette initiative un instrument de valorisation des savoir-faire locaux. « Cette plateforme peut contribuer à transformer notre économie informelle en économie de production (…) Elle pourrait aider à reconnecter les jeunes aux métiers traditionnels et aux ressources locales », a indiqué pour sa part cet expert.

« Une véritable pépite de renaissance »

A noter que le lancement de la bibliothèque numérique Añdjeun, qui signifie source d’eau potable en langue Bulu, a également été marqué par des interventions de plusieurs personnalités du monde intellectuel et culturel, parmi lesquelles François Bingono Bingono, journaliste et écrivain, le Pr Hilaire Essoh Ngome, égyptologue, ainsi qu’Evelyne Pèlerin Ngo Maa, poétesse et auteure de contes pour enfants, intervenue depuis la France. Cette dernière a salué « une véritable pépite de renaissance » permettant aux enfants du monde entier d’accéder à « la parole africaine ».

Soutenu par l’Etat du Cameroun à travers le Minjec, représenté à la cérémonie par le Secrétaire permanent de l’Observatoire national de la jeunesse, le projet Añdjeun ambitionne désormais de s’imposer comme un outil de démocratisation du savoir, mais aussi comme un incubateur de compétences et d’initiatives économiques locales.

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