Face à la presse le 29 juin 2026, lors de la 2e session ordinaire du Comité de politique monétaire de cette institution, Yvon Sana Bangui a expliqué que la mesure vise notamment à évaluer ce mécanisme afin de renforcer son efficacité, sa cohérence et son adéquation au contexte économique et financier de la Cemac.
Face au tollé médiatique qu’a suscité le gel des opérations du Guichet spécial de refinancement de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), décidé le 2 avril 2026, Yvon Sana Bangui, son gouverneur, a tenu à apporter des clarifications. Au cours de la conférence de presse organisée à l’issue de la session du Comité de politique monétaire (CPM), le 29 juin dernier, il a présenté les raisons ayant conduit à cette décision. « Je tiens à rappeler avec clarté que le Guichet spécial de refinancement de la banque centrale n’a pas été supprimé. Il demeure au service du développement économique de notre sous-région », a-t-il précisé d’entrée de jeu. En effet, la mesure prise par le CPM de geler les nouvelles opérations s’inscrit dans une logique d’évaluation de ce mécanisme, dans l’optique d’en renforcer son efficacité, sa cohérence et son adéquation au contexte économique et financier de la Cemac.
Une quête d’équilibre entre le soutien à l’économie réelle et la stabilité financière
Par ailleurs, comme toute banque centrale, la Beac entend veiller à ce que les instruments dont elle dispose demeurent compatibles avec ses objectifs de stabilité monétaire, de préservation des équilibres macroéconomiques et de soutien harmonieux au développement économique des six pays de cet espace monétaire. L’action de la banque centrale repose donc sur la recherche permanente d’un équilibre entre le soutien au financement de l’économie réelle et la préservation des conditions nécessaires à la stabilité monétaire ainsi qu’à la solidité du système financier. « Le financement de l’investissement productif demeure, pour la banque centrale, l’une de nos priorités. C’est à travers ce mécanisme que plusieurs projets structurants ont pu bénéficier de financements dans divers secteurs stratégiques comme l’agro-industrie, les télécommunications, les mines et les transports. L’évaluation actuelle de ce dispositif, déjà engagée par nos services, vise donc à renforcer son efficacité et à apporter les adaptations nécessaires afin d’améliorer son articulation avec les autres instruments de financement et de garantir son alignement avec les objectifs de la politique monétaire », explique Yvon Sana Bangui.
Les conclusions de cette étude seront soumises au Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac) au cours du second semestre 2027. « Pour terminer, je tiens à réaffirmer l’engagement constant de la Beac à agir avec beaucoup de vigilance, de pragmatisme et de responsabilité afin de préserver durablement la stabilité monétaire de la zone Cemac, de consolider la résilience de nos économies et de contribuer à la croissance que nous voulons tous, forte, inclusive et durable, au bénéfice des populations », a conclu le gouverneur.
Un guichet dédié à l’investissement productif en Cemac
Instrument réservé au refinancement des crédits à moyen terme destinés à l’investissement productif, le Guichet spécial de refinancement de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), encore appelé « Guichet B », a validé, pour la seule année 2025, le refinancement de crédits représentant 41,2 milliards de Fcfa pour le projet minier de Bipindi-Grand Zambi et 31,3 milliards de Fcfa pour le programme d’investissement de l’opérateur historique des télécommunications, Camtel. À cela s’ajoutent les 30 milliards de Fcfa mobilisés pour un projet minier au Congo, ainsi que les 20 milliards de Fcfa accordés à Afriland First Bank pour le financement de la Société de développement du coton (Sodecoton).
Le système de refinancement de la Beac
Le système de refinancement de la Beac est organisé à deux niveaux. Le niveau 1 correspond au compartiment interbancaire. Le marché interbancaire est un compartiment spécifique du marché monétaire sur lequel un nombre limité d’intervenants échangent entre eux des liquidités en compte à la banque centrale, à des conditions de montant (en millions de Fcfa), de taux, de durée et, éventuellement, de garanties librement débattues, sans l’interférence de l’institut d’émission. Ce compartiment a une vocation nationale, mais les participants sont libres d’effectuer des prêts transnationaux à l’intérieur de la zone d’émission. Les taux sur le marché interbancaire s’établissent à des conditions librement négociées, suivant la loi de l’offre et de la demande. Le Taux interbancaire moyen pondéré (Timp) est calculé chaque jour par la Beac pour les différentes durées des opérations.
Le niveau 2, quant à lui, se rapporte aux interventions de la Beac effectuées à travers deux guichets (A et B) en faveur des établissements de crédit éligibles. Compte tenu des orientations de politique monétaire et de crédit, d’une part, et de l’évolution des facteurs de la liquidité bancaire, d’autre part, la banque centrale peut être amenée à intervenir pour refinancer le système bancaire. L’accès aux guichets de la Beac dans le cadre du marché monétaire est réservé aux établissements de crédit éligibles (pour les avances) et à ces mêmes établissements, auxquels s’ajoutent certains organismes financiers (pour les placements). S’agissant des interventions proprement dites, les concours de la banque centrale aux établissements de crédit empruntent deux canaux : le guichet A, ou canal principal, et le guichet B, ou canal spécial, institué pour tenir compte des crédits à moyen terme irrévocables (anciens et nouveaux) et des avances assimilées.