Beaugas Orain Djoyum : « Le Salon E-Gov’A veut faire passer l’Afrique d’une administration de procédures à une administration de services »

Dans cet entretien, le promoteur du Salon E-Gov’A Africa Summit Expo and Awards, par ailleurs Directeur général de ICT Media Strategies, apporte des précisions sur cet événement dédié à la gouvernance électronique et la transformation digitale, et dont la première édition se déroule du 14 au 17 octobre 2026 au Palais des congrès Yaoundé .

La première édition d’E-Gov Africa Summit Expo and Awards s’attaque au triptyque « Sans cash, sans papier, sans rupture ». Quel a été le déclic pour lancer cet événement à Yaoundé en 2026 ?

Le déclic est parti d’un constat relativement simple : l’Afrique multiplie les initiatives de transformation numérique au sein de ses administrations, mais les citoyens ne ressentent pas toujours les bénéfices de ces investissements dans leur vie quotidienne. Aujourd’hui, dans plusieurs pays africains, il faut encore se déplacer physiquement, remplir des formulaires papier, multiplier les photocopies, effectuer des paiements en espèces et patienter pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour obtenir un document administratif qui pourrait être délivré en quelques minutes. Paradoxalement, nous disposons déjà, sur le continent, de technologies, d’entreprises et de compétences capables de résoudre une grande partie de ces difficultés. Le véritable défi n’est donc plus seulement technologique. Il est également organisationnel, institutionnel et stratégique. C’est précisément pour contribuer à relever ce défi que nous avons initié E-Gov’A, avec la conviction que l’Afrique doit accélérer le passage de la digitalisation des procédures à une véritable transformation de l’expérience des usagers des services publics.

Notre triptyque « Sans cash, sans papier, sans rupture » résume cette ambition. Sans cash, pour favoriser les paiements numériques et leur traçabilité. Sans papier, pour simplifier les démarches administratives. Sans rupture, pour permettre aux administrations, aux plateformes et aux systèmes informatiques de communiquer entre eux et de garantir la continuité des services. Le choix de Yaoundé n’est pas anodin. Le Cameroun dispose de plusieurs expériences intéressantes en matière de digitalisation des services publics, notamment dans les domaines de la fiscalité, de la protection sociale, des documents d’identité, des passeports et des visas. Nous voulons valoriser ces expériences, les confronter à celles d’autres pays africains et favoriser l’émergence de nouvelles collaborations. Notre ambition est de faire de Yaoundé, à travers E-Gov’A, un carrefour africain de réflexion, de démonstration et de coopération autour de l’administration publique du futur.

L’Intelligence artificielle est au cœur de votre thème. Comment l’IA peut-elle concrètement accélérer la digitalisation des services publics sur le continent africain ?

L’intelligence artificielle représente une formidable opportunité pour les administrations africaines. Mais il faut éviter de l’aborder uniquement comme une technologie à la mode. Ce qui nous intéresse à E-Gov’A, c’est son utilité concrète pour améliorer l’efficacité des services publics. Prenons quelques exemples. Grâce à l’IA, une administration peut automatiser le traitement de certaines demandes, analyser rapidement des milliers de dossiers, détecter les anomalies dans les déclarations fiscales, identifier des risques de fraude ou encore faciliter l’orientation des citoyens dans leurs démarches administratives.

Imaginez un citoyen qui souhaite obtenir un document administratif. Au lieu de parcourir plusieurs services pour savoir quelles pièces fournir, il pourrait dialoguer avec un assistant virtuel disponible 24 heures sur 24, capable de lui répondre dans une langue qu’il comprend, de l’orienter vers la procédure appropriée et de l’informer de l’avancement de son dossier. Dans le domaine de la santé, l’IA peut également contribuer à améliorer la gestion des ressources, la surveillance épidémiologique et l’organisation des services. Dans le domaine de l’éducation, elle peut accompagner la gestion administrative et l’amélioration des apprentissages.

Cependant, l’IA ne doit pas être utilisée pour automatiser la bureaucratie existante. Elle doit nous aider à repenser les services publics en fonction des besoins réels des citoyens. Cela suppose des données fiables, des infrastructures adaptées, des agents publics formés et une gouvernance responsable. Il faut également préserver la confidentialité des données personnelles, la transparence et le contrôle humain sur les décisions sensibles. C’est pourquoi E-Gov’A ne se limite pas à des conférences sur l’IA. Nous prévoyons des démonstrations de solutions numériques et des ateliers pratiques, notamment sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour automatiser certaines tâches administratives. L’objectif est que les participants repartent avec des connaissances et des solutions qu’ils pourront véritablement mettre en œuvre au sein de leurs institutions.

Le sommet bénéficie du patronage du ministère des Postes et Télécommunications du Cameroun. Quelle est la feuille de route conjointe pour passer des intentions politiques aux usages citoyens quotidiens ?

L’accompagnement institutionnel du ministère des Postes et Télécommunications souligne l’importance de la transformation numérique de l’administration pour le Cameroun et témoigne de l’intérêt du gouvernement pour notre initiative. Nous remercions la ministre des Postes et Télécommunications pour son soutien.  Il faut toutefois préciser qu’E-Gov’A est avant tout une plateforme de dialogue, de coopération et de propositions. Nous n’avons pas vocation à nous substituer aux pouvoirs publics dans la définition ou l’exécution de leurs politiques nationales. Notre démarche consiste plutôt à créer les conditions d’une rencontre productive entre les décideurs publics, les administrations, les régulateurs, les entreprises technologiques, les investisseurs et les usagers des services publics.

Nous voulons notamment mettre en avant trois priorités. La première est l’interopérabilité des systèmes d’information publics. Il ne suffit plus que chaque administration développe sa propre plateforme numérique. Il faut également que ces plateformes puissent échanger des données de manière sécurisée, dans un cadre juridique et technique clairement défini. Le citoyen ne devrait pas être obligé de fournir à plusieurs reprises les mêmes informations à différentes administrations. La deuxième priorité concerne la valorisation des solutions qui fonctionnent déjà. Plusieurs administrations camerounaises ont engagé des initiatives intéressantes. Nous devons encourager le partage d’expériences, identifier les bonnes pratiques et réfléchir aux conditions de leur généralisation. La troisième priorité est le renforcement des compétences et de la coopération entre les secteurs public et privé. Les administrations ont besoin de compétences technologiques, mais aussi de méthodes de conduite du changement. Deux ateliers de formation payants seront animés sur l’usage de l’IA de manière optimale et sur les bonnes pratiques en matière de cybersécurité

À travers les différentes sessions d’E-Gov’A, nous souhaitons faire émerger des recommandations opérationnelles, des pistes de collaboration et des engagements susceptibles de prolonger les échanges au-delà du sommet. Nous envisageons également que les réflexions puissent contribuer à une Déclaration de Yaoundé sur l’e-gouvernance et l’intelligence artificielle en Afrique, afin de porter une ambition commune à l’échelle du continent. Notre conviction est simple : le succès d’une politique de transformation numérique ne se mesure pas seulement au nombre de plateformes mises en ligne, mais aussi à la facilité avec laquelle les citoyens peuvent effectivement accéder aux services publics.

La transition vers le « zéro papier » et le « zéro cash » soulève des questions d’inclusion numérique, de connectivité et de cybersécurité. Quels leviers allez-vous mettre en avant lors des panels pour lever ces freins ?

C’est une question fondamentale, car une transformation numérique qui exclut une partie de la population manquerait son objectif. Nous ne voulons surtout pas que le passage à une administration sans papier et sans espèces se traduise par de nouvelles barrières pour les citoyens vivant dans les zones rurales, disposant de revenus modestes ou ne maîtrisant pas suffisamment les outils numériques. C’est pourquoi nous avons structuré les panels d’E-Gov’A autour de plusieurs leviers complémentaires.

Le premier est la connectivité. Il est difficile de parler d’administration numérique si une partie importante de la population ne dispose pas d’un accès fiable et abordable à Internet. Nous devons réfléchir aux infrastructures, à la couverture territoriale, au coût des services et aux moyens de réduire les disparités numériques.

Le deuxième levier est l’inclusion. Les services publics numériques doivent être simples, accessibles sur téléphone mobile, compréhensibles et adaptés aux réalités linguistiques et sociales de nos populations. Il faut également prévoir des dispositifs d’accompagnement pour les personnes qui ne sont pas encore autonomes dans leurs usages numériques.

Le troisième levier est la confiance numérique. Les citoyens ne confieront leurs données personnelles aux plateformes publiques que s’ils ont la garantie qu’elles seront protégées. La cybersécurité, la protection des données, la résilience des infrastructures et la gestion des identités numériques seront donc au cœur de nos échanges.

Le quatrième levier concerne l’interopérabilité et les paiements numériques. Une administration véritablement cashless ne consiste pas simplement à remplacer le paiement en espèces par un paiement électronique. Il faut également assurer la fiabilité des transactions, la transparence, la traçabilité et l’intégration des moyens de paiement aux services administratifs.

Enfin, il y a la question du financement. Comment mobiliser les ressources nécessaires pour déployer durablement ces solutions ? Quel rôle pour les États, les institutions financières, les partenaires au développement et les investisseurs privés ?

Le message que nous voulons porter est clair : l’administration numérique doit être un facteur d’égalité d’accès aux services publics, et non un nouveau facteur d’exclusion. Et il faut ajouter que notre slogan « sans papier, sans cash, sans rupture » incarne notre orientation stratégique. Il ne s’agit pas de supprimer brutalement les alternatives physiques, mais d’organiser progressivement une transition inclusive, sécurisée et efficace.

Le programme intègre un espace expo et des awards. Quel sera le rôle des acteurs privés, des startups et des partenaires stratégiques dans ce forum ?

Nous avons voulu qu’E-Gov’A soit bien davantage qu’un espace de discours. Notre ambition est de réunir au même endroit ceux qui définissent les politiques publiques, ceux qui développent les technologies et ceux qui utilisent les services. L’espace expo occupe donc une place importante dans notre dispositif. Il permettra aux administrations, aux entreprises technologiques, aux startups et aux partenaires de présenter leurs solutions, innovations et projets de transformation numérique. Nous souhaitons notamment que les décideurs publics puissent découvrir des solutions déjà opérationnelles, échanger directement avec leurs concepteurs et identifier des opportunités de collaboration.

Nous avons également prévu des sessions de démonstration afin de permettre aux entreprises et aux administrations de présenter concrètement leurs solutions numériques. Il ne s’agit pas seulement d’expliquer ce qu’une technologie pourrait faire, mais aussi de montrer ce qu’elle permet déjà de réaliser. Les startups jouent également un rôle essentiel. L’innovation africaine doit pouvoir répondre aux problèmes africains. C’est tout le sens de notre E-Gov’A Startup Challenge, qui invite les jeunes, notamment les étudiants des universités et grandes écoles, à proposer des réponses technologiques à des défis concrets rencontrés par les administrations.

Quant aux E-Gov’A Awards, ils ont pour vocation de reconnaître et de valoriser les initiatives, les institutions et les solutions qui contribuent de manière significative à la modernisation des services publics en Afrique. Nous voulons mettre en lumière les bonnes pratiques, encourager l’excellence et susciter une saine émulation entre les différents acteurs de l’écosystème. Enfin, nos partenaires stratégiques jouent un rôle déterminant. E-Gov’A se tient dans le cadre du Cameroon International Tech Summit (Cits 2026), avec la collaboration d’acteurs de l’écosystème numérique, notamment le Reptic et le Cadit. Notre ambition est de faire d’E-Gov un espace où une administration confrontée à un problème puisse trouver une entreprise, une startup ou un partenaire capable d’y contribuer. C’est cette logique de mise en relation entre les besoins publics et les solutions disponibles qui constituent l’une des principales valeurs ajoutées de notre événement.

Quel est votre message principal pour inciter les décideurs, les experts et les citoyens à bloquer ces dates dans leur agenda ?

Mon premier message est que la transformation numérique de l’administration n’est plus une option. C’est une nécessité pour améliorer l’efficacité de l’action publique, renforcer la transparence et rapprocher les services des citoyens. Mais cette transformation ne peut pas être portée par les seuls gouvernements. Elle nécessite une mobilisation collective des administrations, des entreprises, des chercheurs, des startups, des partenaires au développement et des citoyens.

Du 14 au 17 octobre 2026, Yaoundé accueillera une diversité d’acteurs partageant cette ambition, à l’occasion de la première édition d’E-Gov’A, qui se tiendra au Palais des Congrès dans le cadre du Cameroon International Tech Summit. Nous invitons particulièrement les responsables des administrations publiques à venir présenter leurs initiatives, à partager leurs difficultés, à découvrir des solutions et à identifier des partenaires susceptibles de les accompagner. Aux entreprises technologiques et aux startups, nous disons : « Venez montrer ce que vous savez faire. L’Afrique a besoin de vos innovations pour accélérer sa transformation numérique. Aux experts, universitaires et partenaires au développement, nous lançons un appel à contribuer à une réflexion collective sur les politiques publiques, les technologies, les financements et les compétences nécessaires pour bâtir l’administration africaine de demain.

Et aux citoyens, nous disons que cette transformation les concerne directement. Ils doivent pouvoir comprendre les changements en cours, découvrir les services qui leur sont proposés et exprimer leurs attentes. Les conférences et l’exposition sont accessibles gratuitement, sur inscription préalable, dans la limite des places disponibles. Mon souhait est que chaque participant reparte d’E-Gov’A avec au moins une idée, une solution, une compétence ou un contact susceptible de contribuer concrètement à l’amélioration d’un service public.

Car, au fond, notre ambition ne consiste pas simplement à organiser un grand sommet international à Yaoundé. Nous voulons contribuer à faire émerger une nouvelle génération de services publics africains : plus simples, plus rapides, plus accessibles, plus transparents et davantage centrés sur les besoins des citoyens. C’est tout le sens de notre signature : « Sans cash. Sans papier. Sans rupture. » Rendez-vous à Yaoundé pour construire ensemble cette ambition, et j’invite les passionnés du numérique et de l’e-Gov, ainsi que le public, à s’inscrire sur www.e-gov.africa. 

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