Cameroon Business Forum 2026 : Les trois exigences du Gecam pour améliorer le climat des affaires au Cameroun

Six ans après la précédente session du Cameroon Business Forum, le patronat a dressé un bilan critique de l’environnement économique devant le Premier ministre Joseph Dion Ngute, réclamanr des engagements assortis d’échéances et d’indicateurs de résultats.

Le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) a dressé un constat sévère de l’environnement des affaires devant le Premier ministre Joseph Dion Ngute, à l’occasion de la 12e édition du Cameroon Business Forum (CBF), ouverte le 22 octobre 2026 à Douala sous le thème « Zlecaf et transformation productive ». Interrogé sur l’évolution du climat des affaires depuis 2020, son président, Célestin Tawamba, a répondu sans détour : la situation s’est dégradée.

Créé en janvier 2009 avec l’appui de la Société financière internationale, le CBF constitue le cadre de dialogue entre l’État et le secteur privé. La précédente session s’était tenue le 22 octobre 2020 à Yaoundé. Six années, plusieurs reports et des recommandations dont une grande partie serait restée sans suite séparent les deux rendez-vous, selon le patronat.

En 2019, le Premier ministre avait indiqué que le forum avait formulé près de 200 recommandations, dont 150 exécutées et près de 90 ayant débouché sur des réformes. Le Gecam justifie son retrait de la plateforme à partir de 2021 par le faible niveau d’exécution des engagements pris.

Dans son intervention, Célestin Tawamba a également évoqué les conséquences des crises internationales, notamment la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient, la hausse du prix du pétrole et celle du fret maritime. Alors que le Cameroun exporte du pétrole brut et importe des carburants, les gains pétroliers sont, selon lui, absorbés par les subventions, réduisant les marges de manœuvre budgétaires de l’État. Les entreprises et les ménages subissent parallèlement les effets de l’inflation importée. Pour le président du Gecam, ces contraintes extérieures rendent d’autant plus nécessaire l’action sur les facteurs internes qui dégradent la compétitivité de l’économie.

Routes, énergie, fiscalité : les principaux points de blocage

Sur le réseau routier, il a notamment cité les axes Douala-Yaoundé, Douala-Bafoussam, Édéa-Kribi et Ngaoundéré-Kousseri. « Qui pouvait imaginer qu’il faudrait six à huit heures pour relier Douala à Yaoundé, huit à dix heures pour Bafoussam ? », s’est interrogé Célestin Tawamba. Il a également évoqué les embouteillages sur la Nationale n° 3, où des usagers auraient passé la nuit sur la route entre Douala et Édéa la semaine précédant le forum.

Le patronat dénonce par ailleurs la perception de péages sur des tronçons fortement dégradés, alors que certains équipements de péage automatique restent inutilisés. Selon les chiffres présentés, les coûts de transport ont progressé de 11,5% en 2023, de 12,3% en 2024 et de plus de 15% en 2025.

Dans le secteur énergétique, Célestin Tawamba a souligné le paradoxe entre les investissements consentis dans les barrages et les infrastructures de production, estimés à plus de 2 000 milliards de Fcfa, et les difficultés persistantes d’approvisionnement des entreprises. Citant la Banque mondiale, il a indiqué que 65% des entreprises recourent à des groupes électrogènes et paient leur kilowattheure entre deux et sept fois plus cher. Les coupures d’électricité entraîneraient des pertes équivalant à 2% à 4% du PIB.

Sur le plan fiscal, le président du Gecam a relevé que l’objectif de recettes pour 2026 augmente de 12,5%, contre une croissance économique annoncée de 3,5%. Il estime que cette évolution accentue la pression sur les mêmes contribuables. Il a également critiqué la taxation du chiffre d’affaires plutôt que du bénéfice, tout en saluant la concertation engagée par le ministre des Finances, qu’il considère comme un espoir de réforme.

L’accès au financement demeure un autre obstacle. Les PME peinent à obtenir des crédits, tandis que l’État, actionnaire de huit des 19 banques du pays selon les données présentées, est aussi un emprunteur majeur et un débiteur dont les retards de paiement fragilisent les entreprises. Le patronat déplore également les délais de remboursement des crédits de TVA.

En matière judiciaire, les procédures longues et l’imprévisibilité de certaines décisions compliqueraient le recouvrement des créances. Les reports de délibérés offriraient notamment à certains débiteurs le temps d’organiser leur insolvabilité.

Le foncier n’est pas épargné par ces critiques. Célestin Tawamba a évoqué des situations dans lesquelles des titres fonciers, pourtant réputés inattaquables par la loi, sont retirés puis rétablis avant d’être à nouveau annulés. Il a précisé que cette observation émanait du Premier président de la Cour suprême. Selon lui, ces incertitudes fragilisent les garanties bancaires, limitent le financement de l’économie et peuvent menacer la cohésion sociale.

La Zlecaf, un marché difficilement accessible

Ces difficultés compromettent, selon le Gecam, la capacité des entreprises camerounaises à tirer profit de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Alors que la baisse des droits de douane est engagée depuis le 1er janvier 2026 et que leur suppression est annoncée pour 2033, les entreprises restent confrontées à des contraintes logistiques, énergétiques et fiscales.

Pour Célestin Tawamba, il est difficile d’envisager des exportations vers des marchés comme Abidjan ou Lagos lorsque les entreprises peinent à assurer leurs livraisons, à supporter leurs charges et à préserver leur équilibre financier.

Trois décisions attendues du gouvernement

Face à cette situation, le Gecam affirme ne pas venir au forum avec un simple cahier de doléances. Il demande trois décisions qu’il juge réalisables sans nouvelle loi ni financement extérieur.

La première concerne la méthode de travail du CBF. Le patronat propose de limiter les engagements à une dizaine de recommandations, chacune assortie d’un responsable désigné, d’une échéance et d’un indicateur de suivi. Un bilan public devrait être présenté six mois plus tard.

La deuxième porte sur la préparation de la loi de finances 2027. Le Gecam souhaite que les dépenses d’investissement progressent plus rapidement que les dépenses de fonctionnement, une évolution qui, selon lui, ne se serait pas produite depuis dix ans. La troisième vise à améliorer la trésorerie des entreprises par l’adoption d’un calendrier d’apurement des arriérés de l’État et le remboursement des crédits de TVA dans les délais légaux.

Près d’un an après l’élection présidentielle, le président du Gecam estime que les entreprises attendent toujours des arbitrages et des réformes plus rapides. En janvier 2026, l’organisation patronale avait déjà lancé un appel en faveur d’un gouvernement d’action et du rétablissement de la confiance. Son message au terme du forum reste le même : « Les diagnostics, nous les avons. Les actes, nous les attendons. »

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