La chute brutale du prix du cacao, passé d’environ 6000 Fcfa le kilogramme en 2024, à seulement à peine 800 Fcfa le kilogramme actuellement, agit comme un électrochoc au Cameroun depuis la fin de la campagne écoulée.
Avec cette baisse drastique des prix bord champ de l’or brun constatée non seulement dans le pays et dans les autres grands bassins de production en Afrique comme la Côte d’Ivoire et le Ghana, c’est toute une économie rurale qui vacille. Symbole de ce désarroi, cette vidéo virale d’un jeune planteur camerounais du Mbam-et-Kim dans la région du Centre, filmé en train de détruire sa cacaoyère, illustre une détresse devenue collective.
En effet, après l’euphorie des campagnes des deux dernières années, marquées par des prix historiquement élevés, la réalité du marché a brutalement rattrapé les producteurs. Attirés par cette embellie, de nombreux agriculteurs, parfois novices, se sont lancés dans la culture du cacao, souvent au prix d’un fort endettement. Aujourd’hui, ces investissements se sont transformés en pièges financiers. Les dettes contractées en début de campagne étranglent désormais les exploitants, incapables de rembourser avec des revenus divisés par cinq voire six. A titre d’exemple, certains producteurs, qui avaient engrangé jusqu’à 12 millions de Fcfa lors des campagnes précédentes, sont repartis cette année avec à peine 2 millions.
Sur les causes de cette dégringolade des prix du cacao, l’expert Edward George, consultant indépendant et fondateur de la firme Kleos Advisory, explique dans un entretien avec le journal Ecofin : « le marché du cacao est clairement entré dans un nouveau cycle. L’an dernier, les fèves étaient rares. Aujourd’hui, il y a beaucoup de cacao disponible sur le marché. Ce n’est pas la première fois que nous observons cela. Nous avons déjà connu des situations similaires dans des cycles d’environ 10 à 15 ans. Et malheureusement, l’histoire se répète, cette fois avec un impact très lourd ».
A côté, l’on évoque également un affaiblissement de la demande de cacao, en particulier dans les grandes régions consommatrices, marqué par un recul net du broyage et de l’utilisation du cacao en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. D’ailleurs, les industriels du chocolat utilisent moins de cacao et trouvent des formulations alternatives.
Repenser le modèle de gestion de la filière cacao
En somme, cette crise met en lumière la vulnérabilité structurelle des économies cacaoyères africaines, trop dépendantes des fluctuations du marché international. L’urgence est désormais de repenser le modèle. L’industrialisation apparaît comme une voie incontournable. Car transformer localement une part significative de la production sur place au Cameroun, permettrait de capter davantage de valeur et de réduire l’exposition aux chocs extérieurs. A titre d’illustration, le Ghana ambitionne de transformer 50% de sa récolte d’ici 2026/2027, tandis que la Côte d’Ivoire multiplie les initiatives pour renforcer sa capacité de broyage.
Mais au-delà de la transformation, il faut aussi protéger les producteurs. A ce sujet, des mécanismes de stabilisation des revenus, des outils d’éducation financière et des politiques d’épargne agricole deviennent essentiels pour amortir les cycles. Enfin, la création d’une bourse africaine du cacao, portée par l’Organisation internationale du cacao, pourrait rééquilibrer les rapports de force et garantir des prix plus justes.