Cemac : Entre redressement macroéconomique et lenteurs dans la mise en œuvre des réformes

La sixième session extraordinaire du Comité de pilotage du Pref-Cemac, tenue le 8 avril 2026 à N’Djamena, a acté une nouvelle phase d’exigence dans la conduite des réformes communautaires.

Réunis en format hybride sous la présidence du ministre congolais des Finances, Christian Yoka, les ministres des Finances et de l’Économie de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) ont examiné le 8 avril dernier, dans le cadre de la sixième session extraordinaire du Comité de pilotage du Programme des réformes économiques et financières de la Cemac (Pref-Cemac), le rapport de suivi-évaluation du premier trimestre 2026 relatif a la mise en œuvre des dix mesures prioritaires prescrites par Ia Conférence des Chefs d’Etat, réunies le 22 janvier 2026 à Brazzaville au Congo.

Cette rencontre au sommet avait ainsi permis aux dirigeants communautaires, de mettre en évidence des lenteurs persistantes ayant contribué à fragiliser davantage les équilibrés macroéconomiques de la sous-région, d’où l’adoption de dix mesures prioritaires visant à restaurer la stabilité macroéconomique et financière de la Cemac. Ainsi, « Le President du Copil a indiqué que la présente session s’inscrit pleinement dans cette dynamique d’exigence et de responsabilité, dans un environnement international marque par des incertitudes persistantes, alors même que les économies de la Cemac demeurent confrontées à des contraintes structurelles profondes, en dépit d’une résilience relative », peut-on lire dans le communiqué final des travaux parvenu à notre rédaction.

Plus concrètement, le Copil du Pref-Cemac a indiqué que l’examen de la situation macroéconomique de la sous-région révèle une amélioration en demi-teinte. En 2025, la croissance s’est établie à 3,5% contre 3,3% un an plus tôt, tandis que l’inflation est restée maîtrisée à 2,1%, en dessous du seuil communautaire. Toutefois, la communauté demeure confrontée à une dégradation des réserves de change, couvrant désormais 4,2 mois d’importations, conséquence notamment du recul des termes de l’échange et des faiblesses dans le rapatriement des recettes d’exportation.

Pour les responsables communautaires, ces performances restent insuffisantes. « Les résultats obtenus ne permettent pas encore d’enclencher une transformation structurelle durable (…) du fait de la persistance des déséquilibres budgétaires et des tensions sur la dette publique », apprend-on.

Des réformes en progression, mais inégalement appliquées

Trois mois après le sommet de Brazzaville, le rapport de suivi-évaluation adopté par le Copil met ainsi en évidence des avancées réelles dans la mise en œuvre des réformes. Parmi les progrès notables figurent le renforcement de la coopération avec le Fonds monétaire international (FMI), l’amélioration de la supervision bancaire ainsi que la digitalisation progressive des finances publiques.

Cependant, les responsables reconnaissent un rythme d’exécution encore insuffisant. Le gap entre les décisions politiques et leur mise en œuvre étant toujours préoccupant, à cause des disparités entre États membres et des lenteurs administratives persistantes. Parallèlement, les chantiers structurants accusent également des retards, notamment le rapatriement des avoirs extérieurs et la stratégie d’import-substitution.

Des recommandations pour accélérer la transformation

Face à ces constats, le Copil a formulé une série de recommandations fortes à l’endroit des États et institutions communautaires. Celles-ci portent notamment sur l’accélération de la digitalisation des finances publiques et la mise en place effective du Compte unique du Trésor, la finalisation du Tableau des opérations financières de l’État (Tofe) conforme au standard du Manuel de statistiques de finances publiques (Msfp 2014), ainsi que le renforcement du rapatriement des devises issues du secteur extractif.

Le Comité appelle également à intensifier l’apurement de la dette intérieure, à encadrer plus strictement l’exposition des banques au risque souverain et à accélérer la restructuration des établissements fragiles.

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