Le constat dressé par l’Indice de l’industrialisation en Afrique 2025 de la BAD publié 24 mai dernier en marge de ses Assemblées annuelles, est à la fois encourageant et préoccupant.
En matière d’industrialisation, l’Afrique avance. Mais elle avance encore trop lentement dans ce secteur où se joue l’essentiel de sa transformation économique. Le constat dressé par l’Indice de l’industrialisation en Afrique 2025 de la Banque africaine de développement (BAD) publié 24 mai dernier en marge de ses Assemblées annuelles, est à la fois encourageant et préoccupant. Encourageant parce que le continent enregistre des progrès réels. Préoccupant parce qu’il reste largement en marge de la production manufacturière mondiale.
Les chiffres parlent en effet d’eux-mêmes. La valeur ajoutée manufacturière de l’Afrique est passée de 285 milliards de dollars en 2020 à 351 milliards de dollars en 2025. En même temps, sur les 54 pays évalués par la BAD dans le rapport, 41 ont amélioré leur niveau d’industrialisation entre 2010 et 2024. Pourtant, malgré ces avancées, l’Afrique ne représente encore que moins de 2% de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4% des exportations mondiales de produits manufacturés.
Cette réalité rappelle que le continent demeure essentiellement un fournisseur de matières premières. Pétrole, minerais, cacao, café, coton, bois ou produits agricoles continuent d’être exportés à l’état brut avant de revenir sur les marchés africains sous forme de produits transformés et finis, vendus à des prix bien plus élevés. Ce modèle économique limite la création de richesse, entretient la dépendance extérieure et prive les États de milliers d’emplois potentiels.
L’industrialisation constitue pourtant l’un des leviers les plus puissants du développement socioéconomique. Aucun pays dans le monde n’a réussi à atteindre un niveau élevé de prospérité sans bâtir un tissu industriel solide. Faut-il le rappeler, l’industrie crée des emplois qualifiés, stimule l’innovation, favorise le transfert de technologies et renforce la compétitivité des économies. Elle contribue également à l’élargissement de l’assiette fiscale, permettant aux États de financer davantage d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux et de services publics.
L’enjeu d’une industrialisation de l’Afrique est d’autant plus crucial que la région comptera près de 2,5 milliards d’habitants à l’horizon 2050. Et chaque année, des millions de jeunes arrivent sur le marché du travail. Or, les secteurs extractifs et le commerce informel ne pourront à eux seuls absorber cette pression démographique. Seule une industrialisation soutenue permettra de créer les emplois nécessaires pour transformer cette croissance démographique en dividende économique.
Le rapport de la BAD souligne également une autre faiblesse : le commerce intra-africain ne représente que 14,4 % du commerce total du continent. Cette situation traduit la faiblesse des chaînes de valeur régionales et l’insuffisance des échanges de produits manufacturés entre pays africains. L’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) offre pourtant une opportunité historique de construire un marché intégré de plus de 1,4 milliard de consommateurs.
L’exemple du Maroc, qui occupe désormais la première place de l’indice africain de l’industrialisation, démontre qu’une stratégie cohérente fondée sur la transformation locale, les infrastructures et l’attraction des investissements peut produire des résultats tangibles.
L’Afrique n’a donc plus le choix. La transformation locale des matières premières, le développement des chaînes de valeur régionales, l’investissement dans l’énergie, les infrastructures et le capital humain doivent devenir des priorités absolues.