Monnaie fiduciaire : Une usine clandestine de fausses pièces Beac découverte à Douala

En réaction, Yvon Sana Bangui, gouverneur de l’institut d’émission de la Cemac, appelle la population à plus de vigilance.

La découverte d’une « banque centrale » d’un autre genre dans un conteneur à Douala, en début de semaine, continue de défrayer la chronique. L’intervention des éléments de la Gendarmerie nationale a permis de mettre la main sur un important dispositif de fabrication de fausse monnaie. L’usine clandestine, qui appartiendrait à un expatrié, était spécialisée dans la production de pièces de monnaie (80%) et de billets de banque (20%), selon des sources officielles concordantes.

Informé de la situation, Yvon Sana Bangui, gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), alors en déplacement à Malabo, en Guinée équatoriale, où il a eu un échange avec le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a tenu à remercier les forces de l’ordre pour leur professionnalisme. Il a également appelé la population à davantage de vigilance, tout en lui exprimant sa gratitude pour sa précieuse collaboration dans le cadre de cette opération de lutte contre la falsification monétaire.

Les pièces de monnaie, nouvelle cible des contrefacteurs

Contrairement aux billets de banque de la gamme « Type 2020 », qui ont déjà fait l’objet de contrefaçons répétées depuis leur mise en circulation le 15 décembre 2022, c’est la première fois qu’un cas de contrefaçon de pièces de monnaie à grande échelle est enregistré depuis leur dévoilement par la banque centrale le 2 avril 2025.

Leur exportation clandestine massive à d’autres fins était à l’origine de pénuries récurrentes, mettant ainsi à mal l’économie de la sous-région Cemac. C’est pour endiguer ce phénomène que la Beac a lancé une nouvelle gamme de pièces de monnaie en modifiant les métaux et alliages utilisés. Cette stratégie visait non seulement à renforcer leur sécurité, mais également à décourager leur exportation en réduisant l’intérêt économique lié à la valeur marchande des matériaux qui les composent.

À ce stade, il demeure difficile de déterminer depuis combien de temps cette unité frauduleuse était opérationnelle et quel volume de fausses pièces a pu être mis en circulation.

Les sanctions pénales prévues à l’encontre des contrefacteurs

Les législations en vigueur dans les six pays de la Cemac répriment sévèrement les auteurs de falsification et de contrefaçon de billets de banque et de pièces de monnaie, ainsi que leurs complices.

Est notamment puni le fait de détenir, d’importer, d’exporter, de transporter, de recevoir ou de se procurer de la fausse monnaie dans le but de la mettre en circulation, en toute connaissance de cause. S’y ajoute la reproduction de signes monétaires, c’est-à-dire la création de toute image tangible ou intangible présentant une ressemblance avec un billet de banque ou une pièce de monnaie, quels que soient sa taille, les matériaux, les instruments ou les techniques utilisés pour sa réalisation, et indépendamment du fait que les motifs, lettres ou symboles aient été modifiés ou non.

Par ailleurs, la falsification de signes monétaires, c’est-à-dire l’altération d’un signe monétaire visant à modifier sa substance ou son poids, ainsi que la fabrication, la détention, la réception ou l’acquisition d’instruments, d’objets, de programmes informatiques ou de tout autre procédé destinés à la fabrication de fausse monnaie, à l’altération des monnaies ou à la reproduction d’éléments de sécurité des signes monétaires, sont également passibles de lourdes sanctions pénales.

La Beac renforce son arsenal contre les faux billets et les fausses pièces

Face à la recrudescence du faux monnayage, particulièrement préjudiciable à l’économie en général et aux personnes qui en sont victimes en particulier, la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) invite sa clientèle institutionnelle et le grand public, qui constituent les premières barrières de détection de la fausse monnaie, à faire preuve de la plus grande vigilance.

Elle recommande de vérifier systématiquement, pour chaque billet et chaque pièce de monnaie, la présence des signes de sécurité et d’authentification destinés au grand public. Ces dispositifs sont notamment présentés dans l’application mobile d’aide à l’authentification des billets de la gamme 2020, dénommée « Beac NG 2020 », téléchargeable sur les plateformes de téléchargement mobiles, ainsi que sur le site internet de la banque centrale.

En dépit de la psychose que suscite ce phénomène au sein de l’opinion publique, la banque centrale se veut rassurante quant à la fiabilité de la monnaie qu’elle émet. Selon elle, la nouvelle gamme de billets et de pièces comporte des signes de sécurité renforcés reposant sur les technologies les plus avancées, ce qui les rend particulièrement difficiles à contrefaire et permet aux utilisateurs avertis de détecter plus facilement les tentatives de falsification.

L’institution souligne par ailleurs que les cas de contrefaçon observés demeurent extrêmement faibles, voire marginaux, au regard du volume global des billets et pièces actuellement en circulation.

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