Jeux de hasard : Quand l’espoir de gagner remplace l’espoir d’entreprendre en Afrique

Au fil des années, le jeu est devenu une industrie prospère, mondialisée, numérisée et particulièrement florissante sur le continent.

En quelques années, les paris sportifs et les jeux de hasard en ligne ont envahi les téléphones portables, les réseaux sociaux et les écrans publicitaires. Le phénomène est tel que, selon le cabinet Gaming Compliance International (GCI), le marché africain des jeux en ligne a généré 23 milliards de dollars (soit environ 13.225 milliards de Fcfa) de revenus bruts (Gross Gaming Revenue) en 2025, contre 20 milliards de dollars un an plus tôt. Un rythme de croissance qui ferait rêver bien des secteurs économiques.

Ces chiffres traduisent l’émergence d’un véritable pan de l’économie numérique. En effet, des milliers d’emplois sont créés dans les technologies, le marketing, les paiements électroniques ou les télécommunications. A côté, des États y voient également une nouvelle source de recettes fiscales. Plusieurs pays ont ainsi renforcé leurs dispositifs de régulation ou augmenté les taxes sur les opérateurs afin de mieux capter cette manne financière. L’Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Malawi ou encore le Sénégal figurent parmi les États ayant récemment durci leur fiscalité sur les jeux d’argent.

Mais derrière cette réussite économique se cache une réalité beaucoup moins reluisante, puisque dans de nombreux pays africains, les jeux de hasard prospèrent sur le terreau du chômage des jeunes, de la précarité et du désespoir social. Pour une partie de cette jeunesse, le pari sportif ou la loterie ne sont plus un simple loisir, mais sont devenus un projet de vie pour bon nombre d’individus. Chaque jour, des milliers de jeunes, débrouillards pour la plupart, misent le peu d’argent dont ils disposent avec l’espoir de décrocher le gros lot qui changera leur existence. Une illusion malheureusement entretenue par des campagnes publicitaires agressives de ces promoteurs de jeux de hasard issus pour la plupart d’Europe, d’Asie ou encore de la Russie, promettant des gains faciles et immédiats.

Seuls les opérateurs gagnent à long terme

D’après les experts des questions financières, l’économie du jeu repose sur une règle immuable qui stipule que ce soient les opérateurs qui gagnent à long terme. Les rares gagnants mis en avant servent surtout de vitrine à un système dont la rentabilité repose sur les pertes répétées de millions de joueurs. Pire encore, les Etats eux-même n’y gagnent pas grand chose. Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : 77% de marché du jeu échappe encore aux circuits réglementés, privant les pays africains de milliards de dollars de recettes fiscales et réduisant la protection des consommateurs.

Si l’Afrique ne peut donc pas diaboliser cette industrie qui appauvrit sa poplation, elle ne peut non plus la laisser prospérer davantage sans garde-fous. Et pour cela, il devient indispensable pour les pouvoirs publics africains de prendre des mesures draconiennes à savoir : réguler le secteur ; taxer davantage les bookmakers lorsque cela est pertinent ; lutter contre les plateformes illégales ; encadrer strictement la publicité ciblant les jeunes ; financer la prévention de l’addiction; ou encore renforcer l’éducation financière.

Car au final, le véritable pari de l’Afrique se gagnera par l’investissement dans une éducation de qualité, la création d’emplois décents, le développement de l’entrepreneuriat et l’innovation entre autres. Il ne peut se gagner ni sur un simple ticket de loterie, ni sur la cote d’un match de football, ni sur une course de chevaux, ni dans une machine de casino comme on peut le laisser croire. C’est sans doute là le plus grand risque que fait courir cette industrie à un continent dont le principal capital reste sa population jeune, qui est se retrouve malheureusement pervetie par les jeux de hasard.

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